La tombe de la princesse Khnoumit a été mise au jour à Dahchour, le 16 février 1895, par l'égyptologue français Jacques de Morgan. C'est au nord-ouest de la pyramide blanche de son père, Amenemhat II, souverain de la XIIe dynastie (1932 - 1898 av. J.-C.), que reposait celle qui fut aussi, selon certaines sources, la femme de son fils et successeur, le roi Sesostris II.
"Le sarcophage avait été mis en place en même temps que le tombeau avait été construit. Peut-être même que le cercueil de bois qu'il renfermait avait, lui aussi, été placé avant la mort du personnage, de telle sorte qu'il ne restait plus au jour de l'ensevelissement qu'à déposer dans le tombeau le corps et les offrandes" relate le découvreur dans "Fouilles à Dahchour, 1894-1895".
Plan de la tombe de la Princesse Khnoumit publié par Jacques de Morgan dans "Fouilles à Dahchour", 1895 |
Il apporte ces précisions sur la façon dont lui apparut la dépouille de la princesse : "La momie recouverte d'un enduit de bitume, était autrefois peinte. Son masque, doré, était orné de dessins rouge, bleu et or, et de deux yeux montés en argent".
De somptueux bijoux l'accompagnaient pour son éternité : colliers, bracelets, en or, incrustés de cornaline, d'émeraude et de lapis-lazuli, … Il ajoute aussi que la chambre des offrandes recelait un véritable trésor : "Des vases de terre cuite remplis des débris des offrandes couvraient le dallage au milieu d'un lit de poussière blanche accumulée par les siècles. A droite, le long de la paroi située entre les deux portes se trouvait un amas d'ossements de bœufs et d'oies, restes des provisions déposées jadis près du mort. Au long de la paroi orientale et presqu'en son milieu était le coffret fermé des parfums, plus loin une planchette carrée, le brûle-parfums de bronze et enfin la caisse des canopes qui occupait presque en entier le fond de la chambre. Tous ces objets étaient couverts de poussière et, par suite, dans l'obscurité où je me trouvais il était difficile d'en distinguer le détail ; mais, après avoir enlevé les vases, je fus fort surpris de rencontrer quelques bijoux d'or près de la cassette aux parfums".
Ces nombreuses parures, faites de perles, de pendentifs, d'amulettes avaient souffert des siècles : les cordons d'enfilage s'étaient délités et les éléments qui les composaient furent découverts "en vrac". Comme le précise Emile Vernier : "Quoi qu'il en soit, les bijoux que nous voyons en ce moment sont des colliers factices, constitués après la trouvaille, parce que c'était un moyen simple et élégant de présenter ces éléments… Mais cette lacune ne saurait constituer un grief contre l'authenticité de ces objets, dont la provenance est indiscutable".
Il en va ainsi de ce ravissant collier de type "ousekh", large de sept rangs, que Khnoumit portait à son cou et qui fut reconstitué par Jacques de Morgan…
Zahi Hawass l'a ainsi décrit dans le "Catalogue de l'exposition Ramsès & l'or des pharaons" (lui attribuant les n° d'inventaire Musée du Caire CG 52893.C, SR 1/6028, SR 1/6029) : "Des rangs de perles d'or sphériques, discoïdales, et ovoïdes alternent avec des rangs d'éléments décoratifs cloisonnés prenant la forme des symboles hiéroglyphiques de la vie (ankh), de la stabilité (djed), et du pouvoir (was). Les pierres semi-précieuses utilisées dans ce collier sont la cornaline, le lapis-lazuli, la turquoise et le microcline vert ou amazonite".
Suspendues à espacements plutôt réguliers aux rangs de perles d'or, ce sont pas moins de cent deux amulettes (36 signes ankh, 32 sceptres ouas, 34 piliers djed) qui sont déclinées en or cloisonné incrusté de pierres semi-précieuses ou de pâte de verre. Elles répètent avec constance, comme une prière récitée à l'infini, la formule de protection ankh - ouas djed : vie, force, stabilité...
Les n° d'inventaire SR 1/6028, SR 1/6029 que mentionne Zahi Hawass semblent correspondre aux deux têtes d'épervier en or décrites si précisément au n° 1 du "Catalogue des objets provenant du tombeau de la princesse Khnoumit" par Georges Legrain" (dans "Fouilles a Dahchour : 1894 - 1895 Jacques de Morgan) : "Ces ornements terminaient le collier ousekh qui couvrait la gorge de la princesse Khnoumit. Ces belles pièces d'orfèvrerie, dont la forme était déjà connue par d'analogues ayant appartenu à Aah-hotep et à Noub-hotep, sont d'une facture de beaucoup supérieure aux précédentes. Elles sont détaillées par des minéraux enchâssés qui font valoir la finesse de la ciselure. Les yeux sont d'une si belle couleur qu'on les croirait plus volontiers de rubis que de cornaline. Le bec et le larmier sont de lapis-lazuli taillé et modelé selon la place et la forme convenues. Enfin un croissant d'émeraude et une petite poire de cornaline se voient à l'arrière de la tête. Ces pièces, comme leur semblables, sont creuses. Un trou est percé à la partie cervicale pour laisser passer le fil d'attache. A l'intérieur se trouve l'étrier à la partie horizontale duquel venaient, par sept trous inégalement espacés, s'attacher les fils de suspension du collier…" Même si l'illustration en planche V de l'ouvrage semble aller en ce sens, il ne faut cependant pas occulter la réserve émise par Silvia Einaudi dans "Les merveilles du musée égyptien du Caire" : "Les fermoirs à tête de faucon de ce large collier semblent trop étroites ce qui permet de douter de l'exactitude de la restauration"…
Ces pièces orfèvrerie datant du Moyen-Empire, de la XIIe dynastie ont près de 4000 ans… Comment ne pas s'émerveiller de leur qualité et de la technicité de leur facture ?
Dans son ouvrage "Sesostris III et la fin de la XIIe dynastie", Pierre Tallet fait ce constat inconditionnel : "Un dernier domaine où la XIIe dynastie finissante semble avoir tout particulièrement excellé est celui de la bijouterie. Les nécropoles royales de cette période ont ainsi livré la première collection véritablement importante de bijoux égyptiens, pour la plupart destinés à des femmes de l'entourage de pharaon … Ces différents lots d'objets précieux, où abondent l'or, l'argent et différentes pierres fines comme le lapis-lazuli, la turquoise, l'améthyste et la cornaline, donnent une idée du faste dans lequel vivait la famille royale. Ces bijoux font appel à une grande maîtrise de la part des artisans égyptiens…".
marie grillot
sources :
Jacques de Morgan, Fouilles à Dahchour, mars - juin 1894, Adolphe Holzhausen, Vienne, 1895
https://archive.org/details/fouillesdahcho01morg/page/n7/mode/2up
http://dlib.nyu.edu/awdl/sites/dl-pa.home.nyu.edu.awdl/files/fouillesdahcho01morg/fouillesdahcho01morg.pdf
Jacques de Morgan, Lettre sur sa seconde campagne de fouilles en Égypte, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1895, 39-2 pp. 169-179
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1895_num_39_2_70560?_Prescripts_Search_tabs1=standard&
Jacques de Morgan, Fouilles à Dahchour : 1894-1895, Adolphe Holzhausen, Vienne, 1903
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/morgan1903/0049
Émile Vernier, Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire, Bijoux et orfèvreries, Fascicule 3, Numéro 52640-53171, IFAO, Le Caire, 1925
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57740426/f96.item.r=52859.texteImage
Francesco Tiradritti, Trésors d'Egypte - Les merveilles du musée égyptien du Caire, Gründ, 1999
Guide National Geographic, Les Trésors de l'Egypte ancienne au musée égyptien du Caire, 2004
Pierre Tallet, Sesostris III et la fin de la XIIe dynastie, Pygmalion, 2015
Zahi Hawass, Catalogue de l'exposition Ramsès & l'or des pharaons, Laboratoriorosso, 2021
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