Du 8 décembre 1921 au 11 février 1922 l'égyptologue britannique William Matthew Flinders Petrie et ses collaborateurs de la British School of Archeology sont de retour sur le site d'Abydos. C'est un endroit qu'ils connaissent bien pour y avoir notamment fouillé les tombeaux royaux en 1900-1901. Ils pensaient alors avoir "épuisé" le site et les travaux ultérieurs effectués par d'autres équipes n'avaient guère permis de découvrir davantage… A l'exception cependant que, en 1911 : "un autre archéologue avait découvert, à environ un kilomètre des tombeaux royaux, une série de tombes de la Ire dynastie, mais n'avait pas poursuivi les fouilles. En 1921, aucune autre investigation n'ayant été entreprise sur ce site, je l'ai classé comme relevant de la British School" précise Petrie dans "Tombs of the Courtiers and Oxyrhynkhos", 1925.
C'est sur cette nécropole de l'époque protodynastique qu'il concentre alors ses travaux. De cette Ire dynastie (vers 3100 - 2900 av. J.-C.), une dizaine de rois sont connus parmi lesquels : Horus, Narmer, Aha, Djer, Djet, Den, Adjib, Semerket et Qâa…
"Nous avons dû creuser des tranchées dans toutes les directions pour atteindre les nombreuses rangées de tombes que nous avons découvertes. Nous avons ainsi mis au jour trois grands carrés de tombes… Le groupe nord-est contenait dans une tombe deux étiquettes en ivoire de Zer, dans d'autres tombes le grand peigne en ivoire du roi Zet, et deux outils en cuivre lui ayant appartenu"…
La partie supérieure du peigne décline, en son centre, un décor composé de plusieurs éléments. En haut se trouve une barque à la proue nettement levée et sur la cabine de laquelle a pris place un faucon. Elle semble voguer sur des ailes de grande envergure, incurvées vers le bas … "Il s'agit de la plus ancienne représentation connue du ciel, symbolisé par les ailes déployées d'un faucon" analyse le Musée égyptien du Caire où le peigne est exposé sous le n° JE 47176. Dessous se trouve un serekh - décor représentant une façade de palais - surmonté d'un faucon, à l'intérieur duquel est inscrit le nom de Djet.
Dans "The Serekh as an Aspect of the Iconography of Early Kingship", Alexandra A. O'Brien nous donne ces précieuses explications : "Le serekh est une façon d'écrire le nom du roi. Il est généralement constitué de trois éléments : en bas, une partie de façade en niche ; au-dessus, un panneau sur lequel est écrit le nom du roi, et, assis dessus, un faucon. Il s'agit du modèle 'classique'. Parfois, le faucon est rejoint par un animal séthien ou est remplacé par un autre, ou totalement absent, ou est rejoint par un deuxième faucon. Cela peut sembler un motif simple, car l’implication de chaque élément est assez facile à expliquer. La façade des niches représente probablement un grand bâtiment associé au roi - son palais peut-être ou son tombeau, et l'un ou l'autre servirait à représenter la richesse, le pouvoir et l'autorité du monarque"…
Le serekh est flanqué de deux sceptres ouas, symboles de pouvoir, alors qu'à droite figure également un signe-ankh.
Cette "combinaison" d'images, de signes et de symboles semble bien être annonciatrice de notions et de formules qui prendront ensuite toute leur place … Ainsi note Petrie : "Le remarquable décor de la partie supérieure est nouveau pour nous. La barque du faucon solaire, Horakhti, présente un pan de tissu pendant à l'avant et des objets incurvés au-dessus, qui semblent semblables à ceux de la poupe de la barque. La structure sous le faucon évoque le réceptacle d'un faucon momifié... Jusqu'ici, le décor n'a rien d'inhabituel ; mais l'idée d'une barque solaire est ensuite combinée au vol du faucon par la présence d'une paire d'ailes sous la barque. Et dessous figure le nom de Zet (ou Uazet) surmonté du faucon, précédé de l'ankh. Ceci suggère la formule habituelle de l'inscription plus tardive : 'que vive l'Horus'. Tout ce que nous pouvons observer dans ces inscriptions anciennes est d'une grande valeur, car cela nous donne les formes originales dont sont dérivées les expressions bien connues des temps ultérieurs"...
Et, dans "The Egyptian Hieroglyphic Sign for the Sky", Philippe Collombert, fait cette analyse : "Sur le célèbre peigne en ivoire daté du règne du roi Djet, le ciel semble représenté par une paire d'ailes incurvées, dont l'évolution se poursuit jusqu'au fameux disque solaire ailé des époques ultérieures. Au-dessus navigue une barque divine transportant un dieu faucon. Sous l'extrémité des ailes, de part et d'autre, deux signes ouas rappellent ceux que l'on trouve, plus tard, en bordure du cadre, sous le signe du ciel"...
Parfaitement dessiné par son découvreur, en haut à droite de la planche XII de son ouvrage "Tombs of the Courtiers", cet artefact portant un nom royal a été découvert, rappelons-le, dans l'une des tombes de courtisans, de proches du roi, dans cette zone que Petrie a située "West of Shunet el-Zebib" et dénommée "Wazit (Zet)-Group." … Il faut se souvenir que c'est l'égyptologue français Émile Amélineau, qui avait mis au jour, lors de fouilles menées en 1895 - 1896 dans la nécropole d'El-Araba el-Madfouna, "Oumm el-Qaab" (la "Mère des cruches", ou "Mère des pots"), la tombe du roi. C'est : "A l'ouest de la grande colline, presque perpendiculairement au tombeau d'Osiris et en première ligne" qu'il découvrit la demeure d'éternité de celui qu'il identifiera comme "le roi Serpent, que d'autres ont appelé Dja, ou même Djet" (Émile Amélineau, "Les nouvelles fouilles d'Abydos"). La sépulture de ce fils et successeur de Djer, quatrième souverain de la Ire dynastie, père de Den auquel il laissera le pouvoir, sera plus tard référencée "Z"…
marie grillot
sources :
Peigne en ivoire portant le nom du roi Djet
https://egypt-museum.com/ivory-comb-king-djet/
Émile Amélineau, Les nouvelles fouilles d'Abydos, Compte rendu des fouilles d'Abydos, 1896-1898, Imprimerie A. Burdin, Angers, 1896
https://archive.org/details/lesnouvellesfoui00am/page/n5/mode/2up
Émile Amélineau, Mission Amélineau. Les nouvelles fouilles d'Abydos, 1895-1896, compte-rendu in-extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (1er septembre 1898)
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58048302/f438.item.r=jeu
Émile Amélineau, Nouvelles fouilles d'Abydos ... compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts, Ernest Leroux Editeur, Paris, 1899
https://archive.org/details/nouvellesfouille00amel/page/n11/mode/2up
Diospolis Parva : the cemeteries of Abadiyeh and Hu, 1898-9, The Egypt Exploration Found, London, 1901
https://ia801605.us.archive.org/0/items/diospolisparvace00petr/diospolisparvace00petr.pdf
Bertha Porter and Rosalind L. B. Moss, Topographical Bibliography of Ancient Egyptian Hieroglyphic Texts, Reliefs, and Paintings - V. Upper Egypt : Sites (Deir Rifa to Aswan, Excluding Thebes and the Temples of Abydos, Dendera, Esna, Edfu, Kom Ombo and Philae), Griffith Institute, Ashmolean Museum Oxford, First published 1937 by the Oxford University Press Re-issued by the Griffith Institute 1962
http://www.griffith.ox.ac.uk/topbib/pdf/pm5.pdf
William Matthew Flinders Petrie, Alan Gardiner, Hilda Petrie, Margaret Alice Murray, Tombs of the Courtiers and Oxyrhynkhos, British School of Archaeology in Egypt, London,1925
https://archive.org/details/tombs-of-the-courtiers-and-oxyrhynkhos_202104/page/n47/mode/2up
Alexandra A. O'Brien, The Serekh as an Aspect of the Iconography of Early Kingship, Journal of the American Research Center in Egypt, Vol. 33, 1996, pp. 123-138 (16 pages)
https://www.jstor.org/stable/40000610
Laurel Bestock, The Early Dynastic Funerary Enclosures of Abydos, Archéo-Nil, Revue de la société pour l'étude des cultures prépharaoniques de la vallée du Nil, n°18, 2008, La naissance de l'architecture funéraire. pp. 42-59
https://doi.org/10.3406/arnil.2008.956;
https://www.persee.fr/doc/arnil_1161-0492_2008_num_18_1_956;
The Egyptian Hieroglyphic Sign for the Sky, Philippe Collombert, Hieroglyphs, 2023
https://www.google.fr/url?esrc=s&q=&rct=j&sa=U&url=http://cipl-cloud37.segi.ulg.ac.be/index.php/hieroglyphs/article/download/5/11&ved=2ahUKEwiRwZipka6RAxUSKvsDHdZLMVo4ChAWegQICBAC&usg=AOvVaw0JIuoZzDr_9dLavJgHM-4C
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