mardi 24 janvier 2017

Les mosaïques romaines de la "Villa des Oiseaux" : l'une des "gloires" d'Alexandrie


Située dans l’enceinte de Kom al-Dikka, la Villa des Oiseaux complète l’attrait de ce site touristique d’Alexandrie qui propose également à la visite un théâtre et des thermes romains. On peut y admirer de splendides panneaux de mosaïques, réalisés sous le règne de l'empereur Hadrien (117-138), l'un d'entre eux représentant différentes espèces d'oiseaux. D'où le nom de "Villa el-Touyour" (des Oiseaux) sous lequel elle est connue.

Les travaux de fouilles et d’inventaire archéologique du site dans sa totalité débutent dans les années 1960. Ils sont entrepris par le Centre polonais d'Archéologie méditerranéenne de I'Université de Varsovie. Du 1er mai au 15 juillet 1998, les travaux sont centrés sur la Villa des Oiseaux : nettoyage des mosaïques et préparation de leur conservation. Ils sont poursuivis en janvier-février 1999. Cette campagne est menée sous la direction de Grzegorz Majcherek, pour l'équipe de fouilles, et de Wojciech Kolataj pour l'équipe de restauration, en étroit partenariat avec le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes, l’American Research Center in Egypt (ARCE) et l’United States Agency for International Development (USAID). L’équipe inclut également les conservateurs Ewa Parandowska et Essam Mursi.

La Villa des Oiseaux a vraisemblablement été construite au milieu du Ier siècle de notre ère. Elle comporte quatre pièces principales, en plus d’une cour, la plus grande mesurant 7.50 m sur 6.20 m. Y ont été découverts 110 m² de mosaïques, répartis dans les différentes pièces. Entre autres éléments décoratifs : une rosace à 6 feuilles bi-chrome (noir et blanc), inscrite dans un cercle de 1,22 m de diamètre. 

Un autre opus sectile, également daté du IIe siècle, représente les oiseaux qui contribuent à la célébrité du lieu. Cette mosaïque, de 2.26 m par 2.26 m, comprenait 9 panneaux carrés d’approximativement 45 cm². Seuls subsistent 7 panneaux, où l’on peut admirer divers volatiles : caille (ou perdrix), perroquet, talève violacée, canard, paon, pigeons. Particulièrement remarquables deux oiseaux perchés sur les bords d’une coupe pour s’abreuver. Les spécialistes nous informent qu’une telle décoration laisse à penser que la pièce a servi de "cubiculum"(chambre à coucher).

Les tesselles utilisées pour la réalisation des motifs décoratifs sont en marbre, pâte de verre ou faïence. Elles témoignent d’une grande adresse à la fois dans le dessin et l’utilisation d’un cercle chromatique où figurent le blanc, le gris, le jaune, le noir, le bleu, le rouge, le vert. On en dénombre environ 150 par décimètre carré.

Ayant été lourdement endommagée par un incendie, voire détruite à la fin du IIIe siècle, suite aux troubles de l’ère d’Aurélien ou lors d’un long siège de la ville par Dioclétien, la villa a été ensevelie sous des constructions byzantines à la fin du Ve siècle.

Ce sont ces vestiges qui seront inventoriés, identifiés et restaurés par l’équipe des archéologues polonais, la décision ayant été prise de conserver les mosaïques "in situ" : "avec un minimum d’intervention", précise Grzegorz Majcherek. Afin de préserver le site des intempéries et autres dommages éventuels, une structure vitrée de 180 m² est construite pour le recouvrir entièrement et un système d’aération souterrain destiné à atténuer l’humidité ambiante est mis en place. Une passerelle en bois est également installée à un mètre au-dessus des "peintures pour l’éternité" (selon l’expression de Domenico Ghirlandaio - XVe s. - pour définir les mosaïques), afin de permettre aux visiteurs de les admirer dans les meilleures conditions. 

Durant les travaux d’aménagement, les archéologues découvriront une autre splendide mosaïque, représentant une panthère aux aguets, faite de très petits cubes de marbre, pierre et pâte de verre. Les cornes d'une proie vaincue sont encore visibles près des pattes antérieures du félin. La proie a été délibérément effacée de la scène lors de réparations anciennes.

L'ouverture officielle du site aux visiteurs a lieu le 22 janvier 2000. Il fait partie d’une richesse archéologique témoignant notamment de la diversité des cultures qu’a accueillies la deuxième capitale égyptienne. 

Outre l’inventaire de la Villa des Oiseaux, Alexandrie est en effet riche d’un patrimoine constitué de : "presque 850 ans d’histoire de la mosaïque", ce qui amène le ministère des Antiquités égyptien à envisager d’y créer prochainement un centre spécialisé en restauration des mosaïques. On peut ainsi admirer au Musée gréco-romain (lorsque celui-ci sera enfin rouvert aux visites !), complétant celles laissées en leur emplacement d’origine dans l’enceinte de Kom al-Dikka, des mosaïques qui ont été créées du IVe siècle av. J.-C. aux VIIe-VIIIe siècles ap. J.-C., au point que cet art décoratif est considéré comme une spécialité de la ville. Mieux, pour reprendre le titre d’une exposition tenue au Musée du Petit-Palais à Paris du 7 mai au 26 juillet 1998 : comme la "Gloire d’Alexandrie" !

Marc Chartier

sources :
The villa called The Villa of the Birds, by Naglaa Habib El Zahlawi
Mosaïque méditerranéenne, par 
Amira Samir, Samar Zarée
Alexandria: Kom el-Dikka (Egypt), Centrum Archeologii Śródziemnomorskiej
Un Musée pour les mosaïques à Alexandrie, par Jean-Yves Empereur
Villa Of The Birds, by Wojciech Kołątaj, Grzegorz Majcherek, Ewa Parandowska, American University in Cairo Press, 2007

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