Ce bracelet de cheville de la princesse Sat-Hathor-Iounet (Sithathoryunet) est d'une féminité, d'une beauté et d'une douceur indicibles. Il est composé de deux rangs identiques de perles d'améthyste à la douce couleur lilas foncé, subtilement transparente, et de quelques perles d'or dont la blondeur apporte un charmant contraste.
Au centre du bracelet se trouve une griffe de félin en or, surmontée de deux perles d'or soudées. De ce pendentif, les perles sont enfilées de la même façon de chaque côté : une perle d'or suivie de cinq d'améthyste, puis une perle d'or et à nouveau cinq d'améthyste, et à nouveau une perle d'or. Le fermoir, d'une dimension parfaitement adaptée, est en or joliment "tressé" ; il est composé de deux parties qui s'emboîtent très précisément en son épaisseur.
Ce magnifique ornement témoigne du haut degré de savoir-faire qu'avaient atteint, au Moyen Empire, orfèvres et bijoutiers. Dans son ouvrage "Sesostris III et la fin de la XIIe dynastie", Pierre Tallet le souligne ainsi : "Un dernier domaine où la XIIe dynastie finissante semble avoir tout particulièrement excellé est celui de la bijouterie. Les nécropoles royales de cette période ont ainsi livré la première collection véritablement importante de bijoux égyptiens, pour la plupart destinés à des femmes de l'entourage de pharaon : bijoux et objets de toilette de Sat-Hathor-Iounet à El-Lahoun, Mereret… Ces différents lots d'objets précieux, où abondent l'or, l'argent et différentes pierres fines comme le lapis-lazuli, la turquoise, l'améthyste et la cornaline, donnent une idée du faste dans lequel vivait la famille royale. Ces bijoux font appel à une grande maîtrise de la part des artisans égyptiens."
Ce bracelet de cheville fait partie d'une paire, et plus globalement d'une parure de cinq pièces comprenant, en outre, une ceinture de perles d'améthyste égrainées entre des motifs de têtes de léopard - ou de lion - en or et deux autres bracelets de perles d'améthyste également, entourant de petits lions d'or couchés.
L'améthyste est une pierre "fine" qui provient généralement des mines du Ouadi El-Houdi dans le désert oriental, à l'est d'Éléphantine et au sud-est d'Assouan. Elle est souvent utilisée pour les amulettes de protection et les bijoux funéraires. "Ces cinq pièces en or et en améthyste créent un ensemble aux propriétés magiques puissantes. Tous les éléments se concentrent sur l'imagerie féline, qui peut être liée à la protection et la tutelle. La princesse probablement les portait au cours d'un rituel religieux ou d'une cérémonie d'État", peut-on lire sur le site du Metropolitan Museum of Art.
Sat-Hathor-Iounet - qui signifie "Fille d'Hathor de Dendérah" - aurait été la sœur de Sésostris III et la tante d'Amenemhat III. A en juger par son titre de "Fille du Roi", elle ne devint jamais reine d'Egypte et fut enterrée à El-Lahoun dans le complexe pyramidal de Sesostris II, qui pourrait avoir été son père.
Sa tombe - référencée BSA Tomb 8 - a été découverte par William Matthew Flinders Petrie lors de fouilles menées pour "The British School of Archeology" pendant la saison 1913 - 1914 sur le site de la pyramide de El-Lahoun, à l'entrée du Fayoum.
Lors de la prospection il remarque - dans ce qui sera ensuite dénommé la "chambre E" - une petite niche "qui avait été ignorée par les pillards de l'antiquité, puis envahie plus tard par les eaux d'inondation". C'est là que, il y a plus de 3500 ans, cinq coffres en bois avaient été déposés … Ils contenaient principalement des accessoires de toilette et de magnifiques parures qui devaient accompagner la princesse dans son au-delà.
En 1914, les éléments épars de pectorals, diadèmes, ceintures et bracelets ont été soigneusement récupérés dans l'amas de sédiments dans lequel ils se trouvaient par Guy Brunton, dont les méthodes archéologiques soignées - conjuguées à des recherches plus récentes - ont permis la reconstitution des bijoux" ("The Metropolitan Museum of Art", ouvrage collectif, 1987).
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| Lahun, griffes et collier d'améthystes et têtes d'Hathor source : G. Brunton, "Lahun I : The Treasure" BSAE 27 en ERA 20 (1914) |
Dans "The treasure of El Lahun" (1934), Herbert Eustis Winlock relatera ainsi le travail acharné et méticuleux de ce précieux collaborateur : "Guy Brunton est resté jour et nuit pendant les cinq jours suivants la découverte, puis plus tard, pendant deux jours de plus. Avec une patience extraordinaire, il a dégagé la boue avec un canif et l'a retirée avec une épingle dans la confusion indissociable des placages d'ivoire et d'or des coffres et des milliers de perles des bijoux. Rien n'a été endommagé. Rien n'a même été rayé. Chaque morceau de boue de la niche a été emmené au camp et lavé méthodiquement, afin qu'aucun morceau d'incrustation, aucune perle ne soient négligés, et je pense que nous pouvons être assurés qu'aucun objet n'a été perdu, et que cette fouille a été l'une des plus laborieuses jamais enregistrées en Égypte".
C'est d'ailleurs grâce à son expertise, que pourront ensuite être "reconstitués" les bijoux, quasi identiques, qu'avait trouvé Jacques de Morgan, en mars 1894, dans la tombe de la princesse Mereret à Daschour et qui attendaient d'être "reconstitués" ou "réenfilés"...
Gaston Maspero, qui est encore pour quelques mois à la tête du Service des Antiquités, autorisera W.M.F. Petrie à conserver une partie des bijoux de Sat-Hathor-Iounet, dont la parure, composée de cinq éléments d'améthyste et d'or.
Cependant, deux ans plus tard, afin de financer de nouvelles fouilles, l'égyptologue anglais sera amené à se séparer de l'ensemble qui sera alors acquis par le Metropolitan Museum of Art de New York. Ainsi, en 1916, la paire de bracelets de chevilles a été enregistrée dans ses collections sous les numéros MMA 16.1.7a, b.
sources :
Claw Anklet of Sithathoryunet
http://www.metmuseum.org/art/collection/search/544233
Feline-Headed Girdle, Anklets, and Bracelets of Princess Sithathoryunet
https://www.metmuseum.org/art/collection/search/698623
Lion Bracelet of Sithathoryunet
https://www.metmuseum.org/art/collection/search/558071
Guy Brunton, Lahun I : The treasure (BSAE 27 en ERA 20 - 1914), London, 1920
http://dlib.nyu.edu/awdl/sites/dl-pa.home.nyu.edu.awdl/files/lahun00brit/lahun00brit.pdf
Herbert Eustis Winlock, The treasure of El Lahun, Metropolitan Museum of Art New York, 1934
https://oi-idb-static.uchicago.edu/multimedia/1197/winlock_treasure_of_lahun_1934.pdf
Pierre Tallet, Sesostris III: et la fin de la XIIe dynastie, Pygmalion, 2015
The Metropolitan Museum of Art, ouvrage collectif, 1987
Hans Wolfgang Muller, Eberhard Thiem, L'or de l'Egypte ancienne, Sélection du Reader's Digest, 2000






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