mercredi 20 juillet 2016

Une journée en Égypte avec... Chateaubriand, Belzoni et Billiet

Une journée en Égypte avec... Chateaubriand
Les pyramides - Photo de Bonfils

"J'avoue (...) qu'au premier aspect des Pyramides je n'ai senti que de l'admiration. Je sais que la philosophie peut gémir ou sourire en songeant que le plus grand monument sorti de la main des hommes est un tombeau ; mais pourquoi ne voir dans la pyramide de Chéops qu'un amas de pierres et un squelette ? Ce n'est point par le sentiment de son néant que l'homme a élevé un tel sépulcre, c'est par l'instinct de son immortalité : ce sépulcre n'est point la borne qui annonce la fin d'une carrière d'un jour, c'est la borne qui marque l'entrée d'une vie sans terme ; c'est une espèce de porte éternelle ; bâtie sur les confins de l'éternité. "Tous ces peuples (d'Égypte), dit Diodore de Sicile, regardant la durée de la vie comme un temps très court et de peu d'importance, font au contraire beaucoup d'attention à la longue mémoire que la vertu laisse après elle : c'est pourquoi ils appellent les maisons des vivants des hôtelleries par lesquelles on ne fait que passer ; mais ils donnent le nom de demeures éternelles aux tombeaux des morts, d'où l'on ne sort plus. Ainsi les rois ont été comme indifférents sur la construction de leurs palais ; et ils se sont épuisés dans la construction de leurs tombeaux."

(extrait de "Itinéraire de Paris à Jérusalem", tome 2, 1848, de François-René, vicomte de Chateaubriand, 1768-1848)

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Une journée en Égypte avec… Giovanni Battista Belzoni
photo de H. Arnoux

"Ce qui rend admirables les sculptures des anciens Égyptiens, c'est la hardiesse de l'exécution.
La proportion gigantesque des statues forçait les artistes à bien calculer l'effet de leur ouvrage.
Lorsqu'ils faisaient des figures de grandeur naturelle, ils pouvaient observer les proportions du corps humain ; mais quand il s'agissait de statues de trente à cinquante pieds de haut, il fallait bien excéder les proportions naturelles de la tête et de toute la partie supérieure, qui, destinée à être vue de loin, aurait sans cela manqué d'effet, et fait paraître la statue informe. Quelle patience et quelle peine il a fallu pour sculpter ces innombrables hiéroglyphes, qui couvrent les pierres de tous les édifices ; et ces figures qui décorent et les temples, et les tombes, et les obélisques !"

(extrait de "Voyages en Égypte et en Nubie", 1821)

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Une journée en Égypte avec... Joseph Billiet (1886-1957), historien d’art
photo de Sébah

"Il est (...) dans cette ville (Alexandrie) des lieux solitaires, des oasis de repos où l’on sent une sorte de plénitude, une douceur profonde. Ici la volupté méditerranéenne affleure le fatalisme immense du désert. C’est au bord de la mer, à Ramleh, où une mince bande de jardins s’interpose entre les vagues de sable et les vagues d’eau, qu’on ressent le mieux une telle impression. À des lignes lointaines d’arbres, on devine les canaux et les cultures légendaires du magnifique Delta, et le désir se tourne, oublieux des mensongères activités de la Bourse, vers la profonde Égypte, oasis couchée aux rives du Nil entre ses deux déserts. On consent même à perdre de vue la mer infiniment douce qui emprunte à ses rives sablonneuses des reflets de nuances tendres, de gorge de pigeon. L’attrait séculaire agit sur nous après tant d’autres et nous quittons ces rivages, trop dociles aux déformations occidentales, pour chercher plus loin l’immuable Égypte."

(extrait de "Les Visages de l'Égypte : croquis méditerranéens (1907-1910)", 1911)

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