vendredi 15 juillet 2016

Une journée en Égypte avec... Mariette, Poitou, Capart

Une journée en Égypte avec… Auguste Mariette
Le temple de Deir el-Bahari

"Le temple de Deir-el-Bahari occupe le fond du cirque dont l'Assassif est le centre. Il est adossé à une montagne à pic, dont le versant opposé aboutit à la vallée que nous connaîtrons bientôt sousle nom de Bab-el-Molouk.
L'origine du temple n'est pas douteuse. Deir-el-Bahari est élevé à la gloire de la reine Hatasou, comme Médinet-Abou est élevé à la gloire de Ramsès III. Le lieu choisi pour l'érection de ces temples commémoratifs tient à des motifs religieux propres à l'Égypte, sur lesquels nous ne revenons pas.
Les murs de Deir-el-Bahari sont couverts de cartouches divers qui, à première vue, établissent une certaine confusion dans l'esprit du visiteur. C'est que, en effet, Hatasou a successivement pris plusieurs noms selon qu'elle fut associée au trône du vivant de ses deux frères Thoutmès II et Thoutmès III, selon qu'elle fut régente au nom du dernier d'entre eux ou qu'elle régna en son propre nom. La science n'a pas, nous le pensons, encore dit son dernier mot sur ces différents noms, et peut-être la solution du problème se trouve-t-elle dans les inscriptions nouvellement déblayées et encore peu connues du temple de Deir-el-Bahari.
Deir-el-Bahari a été construit sur un plan bizarre qui ne rappelle, même de loin, aucun des autres temples de l'Égypte. Une longue allée de sphinx, détruite de fond en comble, deux obélisques dont les bases seules sont encore visibles, le précédaient.
À partir de là, le temple montait par cours successivement étagées vers la montagne, le passage d'une cour à l'autre se faisant au moyen de rampes inclinées.
Le temple de Deir-el-Bahari est bâti en beau calcaire blanc et l'on s'étonnerait qu'un seul pan de mur en soit encore debout, si l'on ne remarquait que l'Assassif, par l'abondance des ressources qu'il offre et sa proximité de la plaine, présentait aux exploiteurs des facilités que leur refusait Deir-el-Bahari."

(extrait de Itinéraires de la Haute-Égypte : comprenant une description des monuments antiques des rives du Nil entre le Caire et la première cataracte, 1880)



Une journée en Égypte avec… Eugène Poitou (1815-1880), conseiller à la Cour impériale d'Angers
Le Caire - Fontaine au quartier arabe

"C'est bien ici le pays de la couleur et de la lumière ! La couleur, elle s'étale partout, riche et splendide ; la lumière, elle ruisselle et éblouit. C'est une fête perpétuelle pour les yeux. Tout leur est spectacle et enchantement. À côté d'un chef-d'oeuvre d'architecture, un rien les étonne et les charme ; une porte de mosquée en ruine, une échoppe de marchand, un coin de rue tortueux avec ses fenêtres sculptées et ses balcons treillages : voilà, tout un tableau, et un tableau charmant si un rayon de soleil vient en animer les détails. Que de fois, en parcourant les rues du Caire, nous nous sommes arrêtés tout à coup pour admirer quelqu'un de ces effets magiques de couleur, de ces jeux merveilleux de l'ombre et de la lumière. Je me souviens entre autres d'un carrefour situé, je crois, à l'extrémité du bazar des étoffes. Une vieille mosquée s'élevait d'un côté, avec ses murs rayés de blanc et de rose ; de l'autre, de grandes maisons aux fenêtres étroites et grillées. Des frises de la mosquée aux terrasses des maisons étaient tendues des toiles, des nattes, des tapis, destinés à tempérer l'ardeur du jour. Mais, à travers ces tentures à demi pendantes, glissaient jusqu'à terre quelques rayons de soleil qui, projetant sur les masses d'ombre comme des îles de lumière, faisaient briller par places la foule bariolée et mouvante, et étinceler aux étalages des marchands les soies chatoyantes et les étoffes brochées d'or et d'argent. Cadre et personnages, caractère et costumes, contraste vigoureux des clartés et des ombres, nous avions là sous les yeux une de ces scènes qu'affectionne et qu'a reproduites vivantes sur la toile le pinceau de Decamps."

(extrait de Un hiver en Égypte, 1860)


Une journée en Égypte avec… Jean Capart 
Vallée des Rois : Découverte de la tombe de Toutankhamon

"Il ne faut pas être archéologue, ni avoir consacré la plus grande partie de sa vie à l’étude de la vieille civilisation égyptienne, pour être impressionné par un tel spectacle [le trésor de la tombe de Toutankhamon]. Tout être intelligent dont les préoccupations ne s’arrêtent pas à la rapide acquisition de jouissances matérielles, qui a compris la continuité indéfinie de l’histoire et surpris les mille liens invisibles qui nous rattachent aux civilisations du passé, est impressionné profondément par la brusque révélation de cette tombe merveilleuse. Elle nous apporte des choses dont il était difficile de se faire une idée même par une étude attentive de tous les fragments mutilés, passionnément recueillis dans les musées et que les égyptologues s’efforçaient de reconstituer en imagination. (...)
Au seuil de la petite chambre de Toutankhamon, on a l’impression de remonter le cours des siècles. Plus de trois mille quatre cents ans nous séparent du moment où des porteurs du mobilier funéraire ont déposé ici leur fardeau, chaque pièce à l’emplacement exact où nous la retrouvons. Plus d’un million de jours se sont écoulés depuis lors, plus de cent générations d’hommes ont apparu sur la terre et se sont évanouies. Les grands empires qui, successivement, ont exercé leur hégémonie dans l’ancien monde, ont disparu de la scène de l’histoire, sans parler de langues qui se sont éteintes et des religions dont les derniers adorateurs sont morts depuis des siècles."

(extrait de Le message de la vieille Égypte, 1941)

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