En 1962, après une période d'éloignement, les relations franco-égyptiennes trouvent une voie d'amélioration. Les équipes françaises reviennent alors travailler sur les chantiers archéologiques. Au niveau diplomatique, l'un des points forts de cette reprise se concrétisera par la venue en Égypte, en 1966, d'André Malraux, ministre de la Culture. Au cours de cette visite, les bases d'un accord culturel et technique entre les deux pays seront établies.
Le projet d'organiser une exposition Toutankhamon à Paris voit le jour et Saroïte Okacha, ministre égyptien de la Culture, charge Christiane Desroches-Noblecourt de son organisation. "En fait, à retracer les étapes successives de cette opération, on mesure pleinement la somme des difficultés de l'entreprise" écrira-t-elle. C'est en effet la première fois que le trésor de Toutankhamon quitte l'Égypte et tout est à inventer, à créer, à imaginer pour mener à bien cette extraordinaire mission.
Christiane Desroches-Noblecourt souhaite présenter à la France des objets qui : "évoquent le contexte historique dans lequel le prince avait vu le jour, son couronnement, le faste de sa vie au palais, son trépas, la préparation à son éternité…". Ainsi, plusieurs mois seront nécessaires pour négocier, patiemment, les 45 pièces prêtées. En effet si le nombre d'objets a bien été fixé, chaque proposition, chaque choix, doit être argumenté et défendu, notamment devant le conservateur de la collection et le responsable de la restauration. "Chaque objet passait à l'analyse" se souvient-elle. Pour des raisons de conservation, les objets les plus fragiles sont refusés, d'autres le sont pour des raisons moins "raisonnables", tout simplement parce que le musée ne souhaite pas s'en séparer… D'ailleurs, deux pièces dont le prêt est considéré comme accepté seront finalement refusées par la suite. Il s'agit du naos recouvert de feuilles d'or et de la statue de Toutankhamon harponneur.
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En haut, de g. à dr. : statue du ‘Ka’ royal Horakhty de Toutankhamon, détail - musée du Caire ; collerette florale funéraire ; coffret au ‘sema-taouy’ - musée du Caire.
En bas : tête-couvercle de vase canope, détail - musée du Caire ; boucles d’oreille aux oiseaux bleus (détail) - musée du Caire ; ‘Chaouabti’ de Toutankhamon, détail
En octobre 1966, une entreprise française spécialisée dans l'emballage des objets fragiles arrive au Caire afin d'emballer, séparément, chaque pièce en partance. Le papier de soie est utilisé en abondance, les caisses, préparées en France, sont déposées dans des contre-caisses, résistantes à l'eau et au feu.
Aucun risque ne doit être encouru par le trésor : une assurance de 100 millions de francs est souscrite et la France s'engage à restaurer toute pièce détériorée.
Pour une sécurité maximale, la majeure partie des pièces arrivent à bord de 4 DC 6 qui atterrissent à l'aéroport militaire du Bourget. Elles sont transportées sous escorte policière au Petit Palais où elles sont déposées en sous-sol, dans une immense pièce blindée, avant d'être exposées sous vitrines fabriquées pour la prestigieuse occasion. Les grosses pièces comme : "le colosse en quartzite de Toutankhamon et la statue accroupie d'Amenhotep fils de Hapou sont chargées sur un bateau à destination de Marseille, puis transportées sous escorte vers la capitale".
L'exposition "Toutankhamon et son temps" est inaugurée le 16 février, en présence de nombreuses personnalités, dont Saroïte Okacha et André Malraux qui, de sa voix incomparable, aura ces mots mémorables : "Ce que l'Égypte a cherché dans la mort, c'est justement la suppression de la mort… Je remercie, au nom de la France, l'Égypte qui, la première, a inventé l'éternité."
Les Français émerveillés feront la queue pendant des heures pour voir les trésors du jeune – et pourtant si vieux – pharaon sorti de ses 3200 ans de sommeil et d'oubli, en novembre 1922, par Lord Carnarvon et Howard Carter. L'engouement sera tel que le Petit Palais sera amené à demander l'affectation de gardes républicains pour faire respecter l'ordre !
Le 9 mai, la visite protocolaire du Général de Gaulle devait durer vingt minutes… Il restera deux heures, fasciné par les explications de la commissaire générale de l'exposition, Christiane Desroches-Noblecourt. À la fin de sa visite : "il a élevé sa voix de manière à ce que tout le monde puisse l’entendre, et il a dit : 'Merci mille fois à l’Égypte' qui nous a permis de présenter ces merveilles à Paris afin de contenter des milliers de visiteurs français et européens devant ces trésors."
L'exposition ferme le 31 août après avoir accueilli 1,2 million de visiteurs. Les bénéfices qu'elle a générés sont reversés pour la restauration des temples de Nubie qui se fera, elle aussi, avec le précieux concours d'André Malraux, de Saroite Okacha et de l'incontournable Christiane Desroches-Noblecourt.
marie grillot
sources :
La grande nubiade, le parcours d'une égyptologue, Christiane Desroches-Noblecourt, Stock-Pernoud, 1992
http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu01280/les-grandes-expositions-toutankhamon-et-son-temps.html
http://books.google.fr/books?id=hqRO7QCtH8IC&pg=PA212&lpg=PA212&dq=de+gaulle+visite+exposition+toutankhamon+paris+1967&source=bl&ots=34U-
http://www.malraux.org/index.php/textesenligne/1314-am1967.html
http://www.alyelsamman.com/les-articles/les-tresors-archeologiques-egyptiens-une-arme-de-diplomatie.html
http://www.malraux.org/images/docs/m_toutankh.pdf


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