dimanche 14 février 2016

Aménirdis, la divine adoratrice qui inspira Mariette

Statue d'Aménirdis Ière, divine adoratrice, reine, sœur et fille de roi - calcite (albâtre égyptien) - XXVe dynastie - règne de Chabaka - 713 - 698 av. J.-C.
découverte par Auguste Mariette en juillet 1858 dans le Temple de Montou à Karnak
Musée égyptien du Caire - JE 3420 - CG 565

Cette magnifique statue de la XXVe dynastie représente Aménirdis Ière. D'une hauteur d'1,70 m, elle est sculptée dans la calcite, le carbonate de calcium, qui, en Egypte, est couramment appelé "albâtre". L'excellent travail du sculpteur est sublimé par la douceur claire et lumineuse de cette pierre, dont les veines suggèrent un souffle de vie…
Statue d'Aménirdis, divine adoratrice, reine, sœur et fille de roi - calcite (albâtre égyptien) - XXVe dynastie - règne de Chabaka - 713 - 698 av. J.-C.
découverte par Auguste Mariette en juillet 1858 dans le Temple de Montou à Karnak
Musée égyptien du Caire - JE 3420 - CG 565

La reine est représentée debout, dans l'attitude conventionnelle de la marche, jambe gauche très légèrement avancée. Elle est vêtue d'une longue robe moulante qui lui couvre le corps jusqu'aux chevilles, laissant deviner ses formes élégantes, notamment une poitrine bien dessinée.

Elle porte une imposante coiffure tripartite dont les tresses fines, rejetées derrière les oreilles, retombent au-dessus des seins. Sur cette perruque est posée une dépouille de vautour : initialement emblème de Mout, parèdre d'Amon, cette coiffe est ensuite celle des épouses royales. Elle est ornée d'uraei en relief au niveau du front et l'ensemble est surmonté d'un mortier cerclé d'uraei dressés. 
Statue d'Aménirdis, divine adoratrice, reine, sœur et fille de roi - calcite (albâtre égyptien) - XXVe dynastie - règne de Chabaka - 713 - 698 av. J.-C.
découverte par Auguste Mariette en juillet 1858 dans le Temple de Montou à Karnak
Musée égyptien du Caire - JE 3420 - CG 565


Le visage est beau, d'une symétrie et d'une plastique parfaites, les grands yeux en amande, bien soulignés, les lèvres pleines. Le nez est abîmé, mais curieusement, cette blessure n'enlève rien à sa noblesse.

Son bras gauche est plié sous la poitrine, et, dans sa main, elle tient un sceptre végétal dont la tige souple passe entre ses seins et dont les lanières s'épanouissent de son aisselle au début de l'avant-bras. Son bras droit repose le long du corps. "Elle porte de larges bracelets ouvragés à ses poignets et des anneaux plus simples aux chevilles. Sur son collier on voit finement gravée une petite image d’Amon qui est suivi de Mout. Comme les reines, Aménardis tient l'insigne végétal, souplement replié sur sa poitrine, et tient dans sa main droite le collier-menat. La grâce des reines ramessides a cédé à une composition presque architecturale, massive ; le charme des jeunes visages féminins est remplacé par l'expression sérieuse d’un masque grave mais combien conventionnel, sur lequel aucune allusion à l'origine de la princesse n'est perceptible" analysent Mohamed Saleh et Hourig Sourouzian dans leur "Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire".
Statue d'Aménirdis Ière, divine adoratrice, reine, sœur et fille de roi - calcite (albâtre égyptien) - XXVe dynastie - règne de Chabaka - 713 - 698 av. J.-C.
découverte par Auguste Mariette en juillet 1858 dans le Temple de Montou à Karnak
Musée égyptien du Caire - JE 3420 - CG 565 - photo du musée

Le socle rectangulaire qui sert de base repose sur un autre, plus grand, qui est, selon les sources, en granit gris ou en basalte.

Cette statue a été découverte par Auguste Mariette en 1858 (plus précisément en juillet selon Ludwig Borchardt), à Karnak, dans l'enceinte du Temple de Montou. Elle était "tombée face contre terre, en travers de la porte qui sert d'entrée au petit temple". Abeer el-Shahawy ("The Egyptian Museum in Cairo") apporte ces précisions : "Elle a été trouvée à Karnak dans une chapelle dédiée à Osiris sous sa forme d'Osiris Neb-Ankh, 'le Seigneur de la vie', qui est située dans l'enceinte du temple de Montu, au nord de Karnak. La pièce est dans un excellent état de conservation et montre une finition parfaite".
Statue d'Aménirdis, divine adoratrice, reine, sœur et fille de roi  - calcite (albâtre égyptien) - XXVe dynastie - règne de Chabaka - 713 - 698 av. J.-C.
découverte par Auguste Mariette en juillet 1858 dans le Temple de Montou à Karnak
Musée égyptien du Caire - JE 3420 - CG 565
Croquis d'Émile Prisse d'Avennes - Fonds Émile Prisse d’Avennes sur l’Égypte

Dans "Karnak, étude topographique et archéologique", Auguste Mariette reproduit fidèlement les inscriptions qu'il a relevées. En voici un court extrait : "La première est gravée sur la partie supérieure du socle de granit. Les titres principaux de la reine y sont réunis. Le proscynème est fait à Ammon-Ra, dieu de Nes-ta-ui, et à Mentu-Ra, dieu de Us (Thèbes), en faveur de la princesse héritière, la très-douce, la très-honorée, la dame de la douceur, la palme d'amour, la régente du sud et du nord (titre éthiopien qu'il faut remarquer). La reine est dite en même temps soeur et fille de deux rois dont les noms ont été martelés"...

Quant à Rosanna Pirelli, elle la présente ainsi dans "Les merveilles du musée égyptien du Caire" : "La princesse Aménardis Ière, fille de Kachta et sœur de Piânki, recouvra les fonctions de 'Divine adoratrice' et d' 'Épouse du dieu' Amon-Rê à Thèbes au cours des vingt dernières années du VIIIe siècle en succédant à la princesse Chépénoupet Ière, fille d'Osorkon III. Ce rôle sacerdotal avait, à la Basse-Epoque, et en particulier durant les XXVe et XXVIe dynasties, une fonction politique de premier plan au niveau de l'équilibre des pouvoirs entre la capitale religieuse, Thèbes, et la capitale administrative, siège du souverain et de la cour".

Auguste Mariette tomba sous le charme de la magnifique Aménirdis…

Chargé par le khédive Ismaïl "de concevoir les représentations égyptiennes, d'élaborer un pavillon égyptien et un programme de manifestations culturelles" pour l'Exposition de 1867 à Paris, il souhaitera y présenter les plus belles pièces, dont celle qu'il nomme "la reine d'albâtre". Malheureusement, tout comme celle du "Cheikh el-Beled", la statue sera victime d'un moulage mal "effectué" : elle en souffrira et devra être restaurée à son retour en Égypte.
Costume pour Amnéris par Henry de Montaut - Bibliothèque de l’Opéra de Paris
D’après "Aida in Cairo", 1982 - Amneris, costume design for the La Scala première (1872)
 "Aïda - soixante-treize maquettes de costumes" par Eugène Lacoste

Elle l'inspirera également pour écrire le livret de l'opéra Aïda. Il accomplira ce travail avec passion et sérieux. "Aïda préoccupait l'illustre égyptologue autant que ses chères antiquités". Il mettra l'ensemble de ses compétences au service de ce travail inhabituel, se remettra à l'aquarelle pour dessiner costumes et décors. Souhaitant que tout soit en parfaite concordance historique, il travaillera jusqu'à la consonance du nom des personnages ! C'est ainsi qu'Aménirdis sera rebaptisée "Amnéris". Elle deviendra l'héroïne d'un opéra magnifique, en quatre actes avec un prélude somptueux, des chœurs époustouflants, des arias magnifiques, qui ne cesse de porter internationalement la grandeur de l'Egypte…
Statue d'Aménirdis, divine adoratrice, reine, sœur et fille de roi - calcite (albâtre égyptien) - XXVe dynastie - règne de Chabaka - 713 - 698 av. J.-C.
découverte par Auguste Mariette en juillet 1858 dans le Temple de Montou à Karnak
Musée égyptien du Caire - JE 3420 - CG 565

On ne peut que s'étonner à la lecture de la description, aussi sévère que contrastée, qu'en fait Gaston Maspero dans son "Guide du visiteur au musée de Boulaq, 1883". Il estime que cette "jolie statue est un peu trop vantée" avec ses "formes un peu longues et grêles chastes et délicates", et que, par ailleurs, "sa tête, surchargée de la grande perruque des déesses, est d'une expression un peu morne" ... Mais ajoute-t-il : "Malgré ses défauts, cette statue n'en est pas moins un des morceaux les plus précieux du Musée" !
Statue d'Aménirdis, divine adoratrice, reine, sœur et fille de roi calcite (albâtre égyptien) - XXVe dynastie - règne de Chabaka - 713 - 698 av. J.-C.
découverte par Auguste Mariette en juillet 1858 dans le Temple de Montou à Karnak
Musée égyptien du Caire - JE 3420 - CG 565


Au Musée égyptien du Caire - où elle a été enregistrée au Journal des Entrées sous le n° JE 3420 et au Catalogue Général CG 565 -, elle charme tous les regards qui se posent sur elle...

marie grillot

sources : 
Auguste Mariette Bey, Karnak, étude topographique et archéologique avec un appendice comprenant les principaux textes hiéroglyphiques découverts ou recueillis pendant les fouilles exécutées à Karnak, J.C. Hinrichs, Leipzig, 1875
https://books.google.fr/books?id=CvRlAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0&fbclid=IwAR1E52OUSfTYtYjEaPMoNXs-zTM8_hTYXQTqfEhFX5l5varIJqXbo8Cm-0I#v=onepage&q&f=false
Gaston Maspero, Guide du visiteur du musée de Boulaq, édition 1883, TYP. Adolphe Holzhausen, Vienne, 1883
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6305105w.texteImage
Ludwig Borchardt, Catalogue Général des Antiquites Egyptiennes du Musee du Caire, Statuen und statuetten von königen und privatleuten Berlin, Reichsdruckerei, 1925
http://www.gizapyramids.org/pdf_library/borchardt_statuen_2.pdf
Mohamed Saleh, Hourig Sourouzian, Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire, Verlag Philippe von Zabern, 1997
Francesco Tiradritti, Trésors d'Egypte - Les merveilles du musée égyptien du Caire, Gründ, 1999
Guide National Geographic, Les Trésors de l'Egypte ancienne au musée égyptien du Caire, 2004
Abeer El-Shahawy, The Egyptian Museum in Cairo, Matḥaf al-Miṣrī, American University Cairo Press, 2005

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