dimanche 17 janvier 2016

Trésor de Tanis : la belle histoire du collier de perles de Psousennès Ier


Collier de Psousennès Ier - or et lapis-lazuli - XXIIe dynastie
découvert dans son tombeau de Tanis (3 ou NRT III) le 15 février 1940 par Pierre Montet
Musée égyptien du Caire - JE 85755 - 86756

Le 16 février 1940, dans la nécropole de Tanis, Pierre Montet pénètre dans la sépulture de Psousennès Ier... Voici quelques extraits du récit qu'il fait de ce moment si particulier : "Le caveau qui fut ouvert en premier lieu était meublé essentiellement d'un grand sarcophage de granit devant lequel on avait déposé les quatre canopes, une grande jarre d'albâtre et des coffrets en bois... Sur la cuve du sarcophage, les noms de Psousennès se lisent partout." Le corps du pharaon se trouve dans le "troisième sarcophage en argent, gravé à l'intérieur et à l'extérieur".
Vue en élévation de la tombe NRT III contenant les tombes de Psousennès Ier, 
de sa femme Moutnedjemet, puis de leur fils Amenemopé, d'un autre fils du roi Ânkhefenmout, 
du général en chef du roi Oundebaoundjed, et dans l'antichambre le sarcophage de Sheshonq II 
entre les restes des momies de Siamon et de Psousennès II - Nécropole royale de Tanis

"La momie, toute habillée d'or, y reposait sur une planche d'argent, avec ses six colliers, vingt-deux bracelets de poignet, quatre de genou et de cheville, des pectoraux, des scarabées et des coeurs, doigtiers et sandales d'or, plus de trente bagues, le tout d'un goût parfait."

Parmi les colliers "les plus remarquables appartiennent au type 'chebiou', lourds colliers de piécettes dont, à partir de la XVIIIe dynastie s'enorgueillissaient les trésors des temples, et que le pharaon distribuait à ses fidèles. On demeure confondu devant le poids de ces parures d'or".
Collier de Psousennès - or et lapis-lazuli - XXIIe dynastie
découvert dans son tombeau de Tanis (3 ou NRT III) le 15 février 1940 par Pierre Montet
Musée égyptien du Caire - JE 85755 - 86756


Un autre de ces six colliers est digne de retenir notre attention. D'un charme indéniable, d'une longueur de 56 cm, il est composé de deux rangées de perles de lapis-lazuli, d'un gris-bleu veiné de blanc et d'une rondeur si douce, que l'envie nous vient de les caresser…

Dans le catalogue de l'exposition "Tanis l'or des pharaons", organisée par Jean Yoyotte à Paris puis à Marseille, en 1987, Béatrice André-Leickman le décrit ainsi : "Il est constitué de deux rangs de perles sphériques : deux boules d'or centrales sont entourées de cinquante-six perles de lapis-lazuli de tailles légèrement décroissantes, dont l'une, remarquable par sa grosseur et l'intensité de sa couleur bleus porte une inscription en caractères cunéiformes. Le rang extérieur comporte une perle d'or et trente perles de lapis, dont celle qui est inscrite, réparties également à droite et à gauche tandis que le rang inférieur ne compte que vingt-six perles de lapis entourant celle d'or."
Collier de Psousennès Ier - or et lapis-lazuli - XXIIe dynastie
découvert dans son tombeau de Tanis (3 ou NRT III) le 15 février 1940 par Pierre Montet
Musée égyptien du Caire - JE 85755 - 86756 - photo du musée

Il s'attache par un "fermoir d'or, en deux parties qui se présente comme "une petite boîte à fond plat dont le dessus a la forme d'une double perle sphérique. Le dessous, plat, est décoré d'un cartouche sur lequel on lit 'le roi, premier prophète d'Amon, Psousennès'. Les petits côtés sont percés de deux trous pour le passage des cordons de tour de cou."

Il convient de revenir sur la perle d'un bleu intense qui revêt une grande importance : d'un diamètre de 1,8 à 2,5 cm, elle porte "gravées à la fine pointe, trois lignes parallèles de caractères cunéiformes". Il ne s'agit pas de hittite comme supposé initialement, mais, selon M. Edouard Dhorme ("L'inscription cunéiforme du collier de Psousennès"), d'un texte assyrien qui expliquerait la provenance de cette perle qui aurait, auparavant, fait partie d'un autre collier. Il reconstitua ainsi "la touchante histoire, hélas peu crédible aujourd'hui, d'une princesse assyrienne devenue l'épouse du pharaon Psousennès déposant sur le corps de son mari défunt la perle qui lui aurait été donnée par son père avant son mariage".
Masque d’or de Psousennès Ier, incrusté de lapis (attaches de la barbe) 
et de verre noir et blanc (yeux, sourcils) - XXIe dynastie 
Musée du Caire - JE 85913 
 photographie de 1940 - copyright Archives Mission Montet ©EPHE, Centre Wl. Golénischeff

Cette histoire, si belle et si romantique qu'elle nous donnerait envie d'y croire, "prendrait place" vers 989 av. J.-C. ... 

Quarante-sept ans plus tôt, l'accession au trône de ce "Fils du Grand Prêtre d'Amon Pinedjem Ier et de la princesse Hénouttaouy, fille de Smendès" avait suscité de grands espoirs… "L'arrivée de Psousennès Ier à la tête de l'Égypte, aux alentours de 1039, marqua le triomphe de la stratégie de Pinedjem Ier qui, s'appuyant sur le temple d'Amon de Thèbes, avait réussi à donner à son fils la couronne du Nord. Sa famille tenait maintenant l'ensemble du pays…" (Damien Agut, Juan Carlos Moreno-Garcia, "L'Égypte des pharaons - de Narmer à Dioclétien")… 

On peut s'étonner bien sûr que la mise au jour du tombeau qu'il avait fait creuser, dans l'enceinte même du temple d'Amon, et dans lequel se trouvaient de tels chefs-d'oeuvre n'ait pas eu un retentissement au moins comparable à celui de la découverte de Toutankhamon... mais le monde était alors en guerre. Dans ce contexte extrêmement instable du second conflit mondial, la mise en sécurité immédiate du trésor s'imposait. Les parures qui ornaient le corps momifié du pharaon furent extraites entre le 23 février et le 19 mars, puis c'est en camion militaire, et sous escorte, que le trésor de Psousennès prit la route du Caire.

C'est au musée de Place Tahrir que l'on peut, depuis, admirer les magnifiques découvertes de la "Thèbes du Nord" ; ce collier y est exposé sous les références JE 85755 - JE 86756


marie grillot

sources :
Necklace of Psusennes The First
http://www.globalegyptianmuseum.org/record.aspx?id=14895
Pierre Montet, Les nouvelles fouilles de Tanis (1929-1932) Bibliothèque de l'Université Bordeaux Montaigne, 1933
https://archive.org/details/Montet1933
Pierre Montet, Tanis - Douze années de fouilles dans une capitale oubliée du Delta égyptien, Payot, Paris, 1942
https://archive.org/details/Montet1942
Pierre Montet, La nécropole royale de Tanis d'après les découvertes récentes, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 89e année, N. 4, 1945, pp. 504-517
https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1945_num_89_4_77901#:~:text=Elle%20n%27a%20pas%20été,l%27extérieur%20par%20une%20stèle.
Édouard Dhorme, L'inscription cunéiforme du collier de Psousennès, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1945, Volume 89 Numéro 1 pp. 83-85
http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1945_num_89_1_77827
Pierre Montet, 1 Les constructions et le tombeau de Psousennes à Tanis, CNRS, Commission des fouilles auprès de la Direction générale des Affaires culturelles, 1951
https://archive.org/stream/Montet1951/Montet%2C%20Pierre%20-%201%20Les%20constructions%20et%20le%20tombeau%20de%20Psousennes%20à%20Tanis%20%281951%29%20LR_djvu.txt
Pierre Montet, Les énigmes de Tanis, Syria, Tome 29 fascicule 3-4, 1952, pp. 361-362
https://www.persee.fr/doc/syria_0039-7946_1952_num_29_3_4794_t1_0361_0000_2
Pierre Montet, Isis ou à la recherche de l'Egypte ensevelie, Hachette, 1955
Georges Goyon, La découverte des trésors de Tanis, Pygmalion, 1987
Jean Yoyotte, Tanis l'or des pharaons, catalogue de l'exposition Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 26 mars - 20 juillet 1987, Association Française d'Action Artistique, 1987
Henri Stierlin, Christiane Ziegler, Tanis Trésors des pharaons, Seuil, 1987
Pharaons, catalogue de l'exposition présentée à l'Institut du monde arabe à Paris, du 15 octobre 2004 au 10 avril 2005, IMA, Flammarion, 2005
Philippe Guizard, Les trésors oubliés de Tanis, Académie des Sciences et Lettres de Montpellier 49, Séance du 9 février 2015
https://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie_edition/fichiers_conf/GUIZARD-2015.pdf?fbclid=IwAR3eeAB--_oY1k6EHens1t-0S6r5oJsR6JNjyKJb2PmO27z8uyblFO1qqHI
Damien Agut, Juan Carlos Moreno-Garcia, L'Égypte des pharaons - de Narmer, 3150 av. J.-C. à Dioclétien, 284 ap. J.-C., Belin, 2016

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