samedi 2 janvier 2016

Faras : des fresques religieuses uniques sauvées des eaux

Nativité - Fresque de la cathédrale de Faras (Nubie) érigée au VIIe siècle et dédiée à la Vierge et à saint Michel
sauvée des eaux du Lac Nasser, entre 1960, et 1964 par l’équipe du professeur Kazimierz Michałowski
fondateur de la Mission archéologique polonaise du Caire

L'appel du 6 avril 1959 formulé par l'Égypte auprès de l'Unesco pour le sauvetage des temples de Nubie a suscité un écho international et l'on ne cesse de se réjouir des monuments qui ont pu être préservés et s'offrent à nos yeux aujourd'hui. 

Il ne faut cependant pas oublier que d'autres "monuments" n'ont pu être sauvegardés et qu'ils sont à jamais soustraits à notre regard, à jamais enfouis sous les millions de tonnes d'eau du lac Nasser... 

Le Gouvernement du Soudan a lui aussi lancé un appel à l'Unesco, le 24 octobre 1959, afin de sauver les monuments antiques de la Nubie soudanaise, parmi lesquels le site de Faras.
Kazimierz Józef Marian Michalowski (14-12-1901 Ternopil - 1-1-1981 Varsovie)
Archéologue, égyptologue et historien de l'art polonais
Fondateur de la Mission archéologique polonaise du Caire, il a sauvé des eaux du Lac Nasser,
entre 1960 et 1964, les fresques de la cathédrale de Faras (Nubie) - photo National Museum in Warsaw

En 1960, l’équipe du professeur Kazimierz Michałowski, fondateur de la Mission archéologique polonaise du Caire, répond à cet appel. On se souvient qu'il avait, dès 1939, avec Christiane Desroches et Joseph Rozier de Linage, effectué un voyage d'études pour trouver de nouveaux sites de fouilles sur les rives du Haut Nil, recherche qui les avait conduits vers Abou Simbel, puis la Nubie jusqu'à Wadi Alfa, puis Khartoum au Soudan.
Kazimierz Józef Marian Michalowski (14-12-1901 Ternopil - 1-1-1981 Varsovie) 
Archéologue, égyptologue et historien de l'art polonais
Fondateur de la Mission archéologique polonaise du Caire, il a sauvé des eaux du Lac Nasser,
 entre 1960 et 1964, les fresques de la cathédrale de Faras (Nubie) - photo National Museum in Warsaw

Le site de Faras est voué à être submergé mais pendant plusieurs saisons, échelonnées sur quatre années, Kazimierz Michałowski et son équipe y travailleront et mettront tout en œuvre afin de sauver ce qui peut l'être.

Ruines de la cathédrale de Faras (Nubie) érigée au VIIe siècle et dédiée à la Vierge et à saint Michel
De nombreuses fresques et peintures murales ont été sauvées des eaux du Lac Nasser, entre 1960 et 1964,
par l’équipe du professeur Kazimierz Michałowski, fondateur de la Mission archéologique polonaise du Caire

Ils se consacreront principalement aux vestiges d'une cathédrale nubienne, érigée au VIIe siècle et qui fut active pendant plus de 500 ans. Dédiée à la Vierge et à saint Michel, elle était construite en briques rouges et en pierres qui semblent avoir été "empruntées à des ruines de temples construits sous Thoutmosis III et Ramsès II". Si initialement, "il s'agissait d'un bâtiment de 24,5 × 14,5 mètres avec trois nefs et une abside", le bâtiment subit ensuite de nombreuses transformations et ajouts avant d'être abandonné au XIIe.
Sauvetage des fresques et peintures murales de le cathédrale de Faras (Nubie)
 érigée au VIIe siècle et dédiée à la Vierge et à saint Michel
sauvée des eaux du Lac Nasser, entre 1960, et 1964 par l’équipe du professeur Kazimierz Michałowski,
fondateur de la Mission archéologique polonaise du Caire 


À force de volonté, de courage, d'ingéniosité, et malgré un compte à rebours devenant menaçant, la mission polonaise fera des merveilles et sauvera des merveilles !

Elle réussira ainsi à sauver des eaux "un ensemble de fresques et de peintures murales qui font date dans l'histoire de l'art byzantin". Il s'agit de 169 peintures et fresques bibliques - dont certaines, comme la “Nativité”, mesurent 7 mètres de long sur plus de 4 mètres de haut - qui seront préservées puis découpées avant d'être transportées en bateau pour être exposées dans les musées de Varsovie et de Khartoum.
Kazimierz Józef Marian Michalowski (14-12-1901 Ternopil - 1-1-1981 Varsovie)
Archéologue, égyptologue et historien de l'art polonais Fondateur de la Mission archéologique polonaise du Caire
il a sauvé des eaux du Lac Nasser, entre 1960 et 1964, les fresques de la cathédrale de Faras (Nubie)

"Peintes à la détrempe ou à sec sur enduit de plâtre, ces fresques ont gardé dans leurs coloris vifs et délicats une étonnante fraîcheur. Elles représentent des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, la Nativité, la Cène, la Crucifixion, Daniel et ses compagnons dans la fournaise, des peintures de la Vierge, de l'archange saint Michel, des Apôtres. Enfin elles comportent une série de portraits des évêques qui se sont succédé à l'évêché de Faras."

L'équipe sera d'ailleurs extrêmement surprise de découvrir des peintures sur plusieurs niveaux : "Au moment de la dépose d'une fresque, on en découvre par-dessous une autre plus ancienne. Généralement il y a deux ou trois fresques superposées."
Sainte Anne - Fresque de la cathédrale de Faras (Nubie) érigée au VIIe siècle et dédiée à la Vierge et à saint Michel
sauvée des eaux du Lac Nasser, entre 1960, et 1964 par l’équipe du professeur Kazimierz Michałowski
fondateur de la Mission archéologique polonaise du Caire

Le travail de dépose est, on l'imagine, d'autant plus difficile et délicat à accomplir qu'il engage la préservation non pas d'une seule œuvre mais de plusieurs. Si ce n'est la magnifique tête de sainte Anne avec son doigt délicatement posé sur la bouche, et quelques rares autres exemples, force est de reconnaître que la plupart de ces peintures ne ressemblent à aucun style pictural auquel on puisse aisément se référer, ou à coup sûr les rattacher, si ce n'est en une lointaine parenté avec le style byzantin.
Fresque de la cathédrale de Faras (Nubie) érigée au VIIe siècle et dédiée à la Vierge et à saint Michel 
sauvée des eaux du Lac Nasser, entre 1960 et 1964, par l’équipe du professeur Kazimierz Michałowski,
fondateur de la Mission archéologique polonaise du Caire

Kazimierz Michałowski explique ainsi cette sensation de façon admirable : "À la différence de l'art copte égyptien, l'art de la Nubie chrétienne reste étroitement lié en ses débuts à l'art byzantin. Mais les peintres nubiens, s'ils se sont inspirés du style de Byzance, ont une originalité, un sens du pittoresque, une certaine naïveté, aussi, qui leur sont propres, et qui donnent aux oeuvres de Faras une place unique dans l'iconographie du christianisme."

Le site délivra bien d'autres bâtiments, notamment "tout un ensemble d'édifices dont le palais d'un éparque, deux monastères et une seconde église"… Tout est désormais submergé par les eaux du Nil et repose dans les sombres profondeurs de l'immense réserve d'eau du lac.

Mais les peintures de Faras, elles, ont été sauvées. Et, en nous offrant une page d'histoire de l'art que nous ne connaissions pas, elles nous interrogent, nous questionnent et nous fascinent.

Marc Chartier - marie grillot 



sources : 
Galeria Faras - The Professor Kazimierz Michałowski Faras Gallery
National Museum in Warsaw
https://www.mnw.art.pl/o-muzeum/galer/galeria-faras/
http://www.mnw.art.pl/en/collections/permanent-galleries/faras-gallery/

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