Ce bracelet en or est en tous points somptueux, avec notamment ce saisissant contraste entre la douceur blonde et légère de l’or et la couleur sombre et dure de la gemme qui s'en trouve sublimée.
D’un diamètre de 9 cm et d’un poids de 40 grammes, il est constitué : "d’une lame d’or servant de support à un cabochon central où est sertie une pierre précieuse, ainsi qu’à une série de feuilles d’où sortent des fils torsadés" (Michel Reddé).
Ce feuillage est ainsi décrit par Anna Leone dans "Les merveilles du musée égyptien du Caire" : "Le décor végétal qui entoure la pierre est composé de feuilles trilobées - très probablement de vigne - avec d'épaisses nervures séparées par des groupes de trois pampres. Les pointes des feuilles sont orientées vers le chaton".
La dimension des feuilles est, en moyenne, de 2,5 cm x 2 cm. Etudiant leur "agencement", Michel Reddé précise qu'elles : "semblent avoir été attachées deux par deux... Du cœur de ce feuillage surgissent des fils tortillonnés, attachés aux pédoncules. Malheureusement les boutons terminaux ont tous disparu".
L'élément central du bracelet est un cabochon rectangulaire de 2,5 cm x 2 cm, en or décoré de granulations, dans lequel est sertie une élégante pierre foncée qui semble légèrement bombée. "La matière n’est guère aisée à déterminer, en l'absence d'un examen par les soins d'un spécialiste, dans la mesure aussi où la lumière ne la traverse pas. Il s'agit d'une matière apparemment homogène, de couleur vert foncé, habituellement opaque, mais qui devient plus translucide à l'approche d’une source lumineuse…Il pourrait s'agir d’une pâte de verre, en raison de l'opacité de la matière, plutôt que d'une amazonite, mais aucune certitude ne sera possible sans examen d’un spécialiste". (Michel Reddé)
Ce bijou fait partie d'une parure, composée d'un second bracelet et d'une couronne, qui, sans l'ombre d'un doute, ont été créés dans le même atelier, peut-être alexandrin.
Le deuxième bracelet, quasi identique, est un peu plus lourd (49 grammes). Il a un cabochon ovale qui porte : "une gemme constituée de trois cercles concentriques de couleur différente : noire à l’extérieur, blanche dans l’entre-deux, abricot au centre" (Michel Reddé).
La couronne est, elle aussi, réalisée avec la même technique semblable d'assemblage de feuilles d'or. Elle a comme motif central, la façade d'un temple, dont le fronton est entouré de deux colonnes. En son centre, trône le dieu Sérapis.
Ces bijoux proviennent de l'actuelle "Douch" dont le nom antique était "Kysis". Cette cité, située à l'extrémité méridionale de l'oasis de Kharga, faisait office de "poste avancé", surveillant plusieurs routes du désert. Habitée aux époques perse et romaine, probablement sous le règne d'Hadrien, elle disposait notamment de deux temples-forteresses : "l'un en brique crue, l'autre en pierre, et un grand bâtiment quadrangulaire appelé localement "al-Qasr", ainsi que des nécropoles”.
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Le temple de Douch Photo IFAO publiée, en 1989, dans : "Le trésor de Douch" par Reddé Michel |
Les temples étaient dédiés à Isis, déesse-mère, adorée dans toute l'Égypte, et à Sérapis, "dieux suprêmes de Kysis".
Les fouilles, menées par les égyptologues de l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO) y ont débuté, sous l'impulsion de Serge Sauneron, dès 1976. Mais, c'est bien des années plus tard, en 1989 qu'aura lieu l'incroyable découverte !
Dans l'un des magasins du temple de Sérapis, les égyptologues découvrent un pot en terre cuite fermé par un couvercle (conservé au musée du Caire sous le numéro d'inventaire JE 98543). Daté du IVe - Ve siècle et d'une hauteur totale de 28 cm, il recèle, en son intérieur, un ensemble de bijoux, principalement en or, représentant un poids total de 1.220,61 grammes. Il s'agit notamment, outre cette parure, de 173 plaquettes d'or (ex-voto), de plaques d'argent, d'un magnifique collier-pectoral, … Datés de l'époque romaine, fin du IIe - début IIIe après J.-C., ces objets auraient, durant l'antiquité tardive : "été pliés et enfoncés dans un vase en terre cuite, puis insérés dans une niche entre une voûte et un plancher"… Anna Leone, quant à elle, donne cette interprétation : "Bien que ce trésor ait été trouvé dans une zone désormais située à l'extérieur du lieu de culte, il appartenait probablement au temple et aurait été caché dans un deuxième temps, peut-être après l'avènement du Christianisme et la disparition des cultes païens entre le IVe et le Ve siècle".
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Le trésor de Douch, vue d'ensemble Photo J.F. Gout, IFAO publiée, en 1989, dans : "Le trésor de Douch" par Reddé Michel |
Les bracelets et la couronne ont été enregistrés au Journal des Entrées du Musée égyptien du Caire sous les références respectives : JE 98538 (bracelet pierre sombre), JE 98537 (bracelet agate) et JE 98535 (couronne). Après avoir été exposés pendant de nombreuses années à Tahrir, auprès d'artefacts de la même provenance, ils ont intégré, en 2021, les collections du NMEC (National Museum of Egyptian Civilization) à Fustat.
marie grillot
sources :
Le trésor de Douch, IFAO, 1991
Reddé Michel. Le trésor de Douch (information) In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 133e année, N. 2, 1989. pp. 427-445 :
https://doi.org/10.3406/crai.1989.14742
https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1989_num_133_2_14742
Le trésor de Douch par Michel Reddé dans : 25 ans de découvertes archéologiques sur les chantiers de l'IFAO,1981-2006, catalogue de l'exposition au Musée égyptien du Caire 9 septembre - 13 octobre 2007, IFAO
http://www.ifao.egnet.net/archeologie/douch/
L'Egypte restituée - Tome 2 - Sites et temples du désert, S. Aufrère, J. Cl. Golvin, J.Cl. Goyon
http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1989_num_133_2_14742
Trésors d'Egypte - Les merveilles du musée égyptien du Caire, Francesco Tiradritti
Dictionnaire de mythologie égyptienne, Isabelle Franco







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