Le 15 février 1940, Pierre Montet découvre, à Tanis, la sépulture de Psousennès Ier ... Voici une partie du récit qu'il fait de ce moment, aussi marquant qu'émouvant : "Le caveau qui fut ouvert en premier lieu était meublé essentiellement d'un grand sarcophage de granit devant lequel on avait déposé les quatre canopes, une grande jarre d'albâtre et des coffrets en bois ... Sur la cuve du sarcophage, les noms de Psousennès se lisent partout. Le corps du pharaon se trouve dans le troisième sarcophage en argent, gravé à l'intérieur et à l'extérieur. La momie, toute habillée d'or y reposait sur une planche d'argent, avec ses six colliers, vingt-deux bracelets de poignet, quatre de genou et de cheville, des pectoraux, des scarabées et des coeurs, doigtiers et sandales d'or, plus de trente bagues, le tout d'un goût parfait".
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Grand collier shébiou avec chaînes et pampilles de Psousennès Ier - or - XXIe dynastie
découvert dans son tombeau de Tanis (NRT III), le 15 février 1940, par Pierre Montet
Musée égyptien du Caire - JE 85751 - photo du musée
Les bijoux sont somptueux, d'une beauté à couper le souffle. Finement travaillés, délicatement ouvragés, ils témoignent du degré d'excellence des artisans orfèvres de cette époque.
Dans "L'or des pharaons", Christiane Ziegler apporte ces importantes précisions : "La disposition des bijoux de Psousennès Ier avait été perturbée à plusieurs reprises : au moment de l'introduction du sarcophage dans le caveau, au cours des millénaires durant lesquels l'humidité avait détruit les fils des colliers et lors de l'ouverture du sarcophage d'argent qui se révéla difficile. De plus un vol eut lieu en 1941 après le dépôt des objets au musée du Caire. Il fallut une étude très minutieuse pour classer et remonter les bijoux... Psousennès possédait six colliers. D'après les fouilleurs, il est probable qu'un seul était suspendu à son cou. Trois d'entre eux tirent leur inspiration de modèles apparus à la XVIIIe dynastie. Ces bijoux que les Égyptiens nommaient chébiou étaient composés de plusieurs rangs de perles en forme de disques agrémentés par un fermoir orné de pampilles. Les plus simples ornaient le cou des vivants gratifiés de 'l'or de la récompense'".
Celui-ci est composé de sept rangs formés de milliers de petits disques ou piécettes d'or (le chiffre de 5000 est déjà avancé pour un autre collier (JE 85752), presque identique, mais plus 'modeste' puisque ne comptant que cinq rangs).
Sept cordons d'enfilage - que l'on imagine très épais - sont : "attachés à une plaque en or rectangulaire elle-même décorée de deux cartouches contenant les noms du roi. Ces deux cartouches sont flanqués de deux figures assises ; à droite le dieu Amon représenté avec deux plumes sur la tête, à gauche la déesse Mout portant la double couronne. La partie supérieure de la plaque est décorée du disque solaire ailé. Tous les éléments décoratifs de la plaque sont incrustés de pierres semi-précieuses comme la cornaline rouge, le lapis-lazuli et de feldspath vert" précise le Musée Egyptien du Caire.
Ces éléments décrits sont déjà merveilleux, mais l'orfèvre ne s'est pas arrêté là… De cette plaque (d'une hauteur de 6,2 cm), qui fait également office de fermoir, il a fait s'échapper tout un faisceau de chaînes d'or, qui sur leur longueur, semblent se multiplier tout en se divisant, s'épanouissant ainsi en une somptueuse cascade dorée. Chaque "jonction" et chaque extrémité sont joliment ornées de pampilles ou clochettes stylisées assimilées à des liserons ou à des bleuets (on en compte plus d'une centaine !).
Psousennès Ier, "Fils du Grand Prêtre d'Amon Pinedjem Ier et de la princesse Hénouttaouy, fille de Smendès", qui régna pendant 47 ans au début de la Troisième Période intermédiaire porta-t-il "de son vivant" cette époustouflante parure, et si oui, comment ? Pour Christiane Ziegler ("L'or des pharaons") : "L'ensemble forme un éblouissant bouquet qui s'épanouissait dans le dos du souverain et tintait à chacun de ses pas"… Alors que pour Silvia Einaudi ("Les merveilles du musée égyptien du Caire") : "Les chaînes, disposées en éventail s’ouvrant vers le bas, devaient orner le thorax du souverain en scintillant et en vibrant légèrement à chacun de ses mouvements".
On peut s'étonner bien sûr que la mise au jour de tels chefs-d'oeuvre n'ait pas eu un retentissement au moins comparable à celui de la découverte de Toutankhamon... Mais le monde était alors en guerre, et dans cette période troublée, le trésor de Psousennès Ier devait être mis en sécurité au plus vite. C'est en camion militaire, qu'il sera transporté vers le musée égyptien de la Place Tahrir au Caire. Et c'est là que l'on peut admirer, encore aujourd'hui, les "trésors de Tanis"...
Ce collier - d'une hauteur de 64,5 cm, d'un diamètre de 30 cm et d'un poids annoncé de plus de 8 kg ! - y a été enregistré au Journal des Entrées sous la référence JE 85751.
marie grillot
sources :
Pierre Montet, Les nouvelles fouilles de Tanis (1929-1932), Paris, 1933
https://archive.org/details/Montet1933
Pierre Montet, Tanis - Douze années de fouilles dans une capitale oubliée du Delta égyptien, 1942
Montet Pierre, La nécropole royale de Tanis d'après les découvertes récentes, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 89e année, N. 4, 1945, pp. 504-517
Montet, Pierre, 1 Les constructions et le tombeau de Psousennes à Tanis (1951)
https://archive.org/stream/Montet1951/Montet%2C%20Pierre%20-%201%20Les%20constructions%20et%20le%20tombeau%20de%20Psousennes%20à%20Tanis%20%281951%29%20LR_djvu.txt
André Parrot, "Pierre Montet, Les énigmes de Tanis", Syria, Tome 29 fascicule 3-4, 1952, pp. 361-362
https://www.persee.fr/doc/syria_0039-7946_1952_num_29_3_4794_t1_0361_0000_2
Georges Goyon, La découverte des trésors de Tanis, Pygmalion, 1987
Tanis l'or des pharaons, catalogue de l'exposition Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 26 mars - 20 juillet 1987
Henri Stierlin, Christiane Ziegler, Tanis Trésors des pharaons, Seuil, 1987
Pharaons - Catalogue de l'exposition présentée à l'Institut du monde arabe à Paris, du 15 octobre 2004 au 10 avril 2005
Jean-Pierre Corteggiani, L'Égypte ancienne et ses dieux, 2007
Isabelle Franco, Dictionnaire de mythologie égyptienne, 2013
L'or des pharaons - 2500 ans d'orfèvrerie dans l'Egypte ancienne, Catalogue de l'exposition de l'été 2018 au Grimaldi Forum de Monaco, Christiane Ziegler
Philippe Guizard, Les trésors oubliés de Tani, Académie des Sciences et Lettres de Montpellier 49, Séance du 9 février 2015
https://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie_edition/fichiers_conf/GUIZARD-2015.pdf?fbclid=IwAR3eeAB--_oY1k6EHens1t-0S6r5oJsR6JNjyKJb2PmO27z8uyblFO1qqHI
Damien Agut, Juan Carlos Moreno-Garcia, L'Égypte des pharaons - de Narmer, 3150 av. J.-C. à Dioclétien, 284 ap. J.-C., Belin, 2016
Pierre Tallet, Frédéric Payraudeau, Chloé Ragazzolli, Claire Somaglino, L'Egypte pharaonique, histoire, société, culture, Armand Colin, 2019





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