mardi 26 mai 2015

"Le dernier plan d'Henry Barakat"


Né au Caire le 11 juin 1914 et décédé dans cette même ville le 27 mai 1997, le réalisateur, scénariste et producteur Henry Barakat est l'auteur de quelques-uns des plus grands classiques du cinéma égyptien. Surnommé le "leader des conservateurs" ou le "réalisateur des classiques", il savait découvrir les oeuvres littéraires susceptibles de s’adapter au grand écran. Il considérait en effet le cinéma comme "un simple moyen pour conter les histoires".

À l’occasion du 18e anniversaire de la disparition de ce "monstre sacré du cinéma égyptien", nous reproduisons ici, avec son amicale autorisation, l’hommage que lui rendait le journaliste Christophe Ayad, dans les colonnes de "Libération" le 31 mai 1997.
Henry Barakat

"L'Égypte [a perdu] un autre monstre sacré du cinéma dans la quasi-indifférence. Toujours aussi élégant et discret, Henry Barakat est en effet parti sur la pointe des pieds, sans soirée spéciale à la télévision ni communiqué officiel dithyrambique. Pourtant, il ne se passe pas une semaine en Égypte ou dans le monde arabe sans qu'une chaîne ne diffuse l'un de ses 84 films, comédies musicales ou mélos, devenus des classiques.
Mais, d'une manière générale, ce n'est pas tant le côté prolifique de son oeuvre -­ il tourna jusqu'à cinq films en 1952 -­ qui frappe que la qualité constante qui s'en dégage. Quel que soit le genre abordé, Barakat -­ il avait l'habitude d'omettre son prénom ­- trouvait toujours le ton juste. Pourtant, on a trop souvent vu en lui un simple artisan, un impeccable cinéaste de genre plus qu'un créateur à la personnalité affirmée : il est vrai qu'il a livré quelques joyaux, dont les incontournables classiques de la danse orientale et de la chanson loukoum. Son couple favori, formé du chanteur druze et mélancolique Farid al-Atrache et de l'affriolante danseuse Samia Gamal, est resté célèbre : "la Diablesse" (1949) est un sommet de cette veine musicale qu'il cultivera toute sa vie, avec des chanteuses comme les Libanaises Fayrouz et Sabah ou le "Rossignol brun" Abdel Halim Hafez.
Mais, contrairement à la plupart des cinéastes de sa génération, Barakat avait pour habitude d'écrire ses scénarii lui-même, puisant souvent son inspiration dans les oeuvres de Taha Hussein, Youssef Idriss ou Ihsan Abdel Qoddous, pionniers de la littérature arabe moderne. Parmi ses films les plus célèbres, on retiendra "l'Appel du courlis" (1959), un mélo décrivant au scalpel l'âpre univers des paysans de Haute-Égypte, ou "la Porte ouverte" (1963), charge sociale inattendue écrite en collaboration avec la romancière communiste Latifa al-Zayate.
Point commun de presque tous ses films : l'actrice Faten Hamama, surnommée "la Dame de l'écran arabe", que Barakat découvrit au début des années 50 et avec qui il collabora jusqu'en 1984. Il repéra aussi Soad Hosni, star rayonnante des années 60-70, et un certain Michel Chalhoub, alias Omar Charif, dont il fit un jeune révolutionnaire dans "Un Homme dans notre maison" (1961).
Bien qu'ayant participé une fois au Festival de Cannes, en 1965, avec "le Péché", Barakat était à peu près inconnu en France. Un comble pour ce francophone et francophile, issu comme Chahine de la communauté libanaise d'Égypte. Ce n'est que ces dernières années, à la suite d'une rétrospective organisée par le Festival de La Rochelle, qu'il redevint aux yeux des cinéphiles ce qu'il n'avait jamais cessé d'être : un classique éternellement jeune. (...)"

Christophe Ayad

http://www.liberation.fr/culture/1997/05/31/le-dernier-plan-d-henry-barakat-le-monstre-sacre-du-cinema-egyptien-avait-tourne-84-films_204078

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