jeudi 23 avril 2015

Réflexions sur les miroirs de l'antiquité égyptienne

Différents modèles de miroirs
Illustration extraite du "Catalogue Général des Antiquités Égyptiennes du musée du Caire - Miroirs - Georges Bénédite

Les objets destinés à la toilette et au maquillage font partie du trousseau funéraire qui accompagnait le défunt. Ainsi, pots à onguents, palettes ou cuillères à fard, étuis à kohl voisinent souvent avec de magnifiques miroirs. Destinés à la renaissance, ils sont une offrande couramment offerte à Hathor et Nout.


"Les miroirs égyptiens nous sont connus par de nombreux exemplaires dispersés dans la plupart des collections d'antiquités égyptiennes et par des représentations multiples" précise Georges Bénédite.

Différents modèles de miroirs
Illustration extraite du "Catalogue Général des Antiquités Égyptiennes du musée du Caire - Miroirs - Georges Bénédite


Leur manche peut prendre des formes variées. "Les uns ont la forme de la massue 'hm', d'autres celui d'une tige de papyrus surmontée d'une belle ombelle ouverte, d'autres, enfin, sont ornés d'une tête de Bès, ou d'une tête d'Hathor. A partir du Nouvel Empire apparaissent les manches-statuettes en bronze, en bois ou en ivoire, présentant l'aspect d'une jeune fille nue" (Jeanne Vandier d'Abbadie dans "Les objets de toilette égyptiens au Musée du Louvre").


Les matériaux utilisés sont, le plus souvent, le bois, la pierre, le bronze et, plus rarement l'ivoire ou la faïence. Les plus luxueux peuvent être incrustés de pierres dures et colorées… 

Différents modèles de miroirs
Illustration extraite du "Catalogue Général des Antiquités Égyptiennes du musée du Caire - Miroirs - Georges Bénédite


Le disque, lui, est fait de métal : généralement de bronze, de cuivre, d'argent, ou encore d'un alliage de bronze et d'argent. Plat, peu épais, il est poli avec le plus grand soin au moyen : "de pierres dures qui faisaient d'excellents polissoirs". Le miroir en verre étamé n'arrivera que bien plus tard, au moment de l'époque chrétienne.


Il peut avoir plusieurs formes - circulaire, ou encore légèrement ovoïde -, mais il est le plus souvent "solaire". "Par là, il faut entendre de cette disposition qui n'est ni circulaire ni elliptique, mais qu'il n'est pas nécessaire d'être grand observateur pour reconnaître l'aspect sous lequel se présente le soleil au dessus de la ligne d'horizon."

Détail du dos décoré du disque du miroir CG 44018
Illustration extraite du "Catalogue Général des Antiquités Égyptiennes du musée du Caire - Miroirs - Georges Bénédite


Les miroirs sont souvent à double face, mais il arrive aussi que l'une des faces soit décorée de scènes d'offrandes. Le travail de ciselure est alors réalisé après le polissage du disque.


Parce qu'il réfléchit le soleil, la lumière, parce qu'il réfléchit celui qui s'y regarde, le miroir pouvait revêtir un caractère divin. D'ailleurs, les noms qui lui sont donnés sont extrêmement "révélateurs" : "La chose où est vue la face", "La chose qui ouvre ou révèle la face". Cela traduit bien la part de mystère qu'il révèle, et également la conscience liée au mystère qui amène cette révélation...


Mais le nom égyptien qui lui est le plus communément donné est 'ankh' : "le mot même qui désigne la vie. Le miroir doit donc être compris non seulement comme un instrument de toilette, mais aussi comme un puissant symbole : c'est un 'donneur de vie'". 

Étui à miroir en forme d'ankh, en bois doré incrusté de verre bleu et de cornaline
Provenance : Tombe de Toutankhamon (KV 62) découverte en novembre 1922 
par Lord Carnarvon et Howard Carter
Références : Carter 269-b - JE 62389 - GEM 405

Ainsi, dans le trésor de Toutankhamon, se trouvait un ravissant étui à miroir en bois doré incrusté de verre bleu et de cornaline. Dans "Toutankhamon vie mort et découverte d'un pharaon", Nicholas Reeves le présente ainsi : "L'étui imite le signe hiéroglyphique de la vie 'ankh', jeu de mot funéraire approprié puisque ankh signifie également 'miroir'. L'étui s'avérera malheureusement vide … Dans l'antiquité, nous précise Zahi Hawass : "des pilleurs ont emporté le miroir, qui était peut-être en argent massif et, par conséquent, plus précieux que son étui en bois doré"…


Le miroir est dédié à la déesse Hathor qui est  : "la grande déesse de l'amour physique, et, outre le sistre, son instrument principal de séduction est le miroir, reflet de la beauté".


Il accompagnait le quotidien et l'au-delà et, à ce titre, on le retrouve dans l'iconographie des hypogées, parfois déposé sous la chaise d'une élégante dame de l'antiquité. 


Les tombes en ont livré un grand nombre, ce qui explique que l'on peut les admirer dans la plupart des musées. Ceux exposés au Musée du Caire ont été décrits, étudiés, analysés par Georges Bénédite dans son "Catalogue Général des Antiquités Égyptiennes du Musée du Caire - Miroirs" édité en 1907 par l'IFAO. Certains sont d'une beauté précieuse, d'un luxe inoui, tout comme les étuis qui les protégeaient…

Étui à miroir de la reine Henouttaoui (épouse du roi-prêtre Pinedjem Ier) - Bois de sycomore - XXe dynastie 
Provenance : Cachette des Momies Royales (DB 320) découverte en 1871 par les frères Abd el-Rassoul, puis en 1881 par Gaston Maspero pour le Service des Antiquités
Musée égyptien du Caire - CG 44101


Comment ne pas rappeler que, en juin 1886, lors du démaillotage de la momie de la reine Henouttaoui, fut retrouvé, posé sur sa poitrine un délicat étui en marqueterie (Musée égyptien du Caire - CG 44101), conçu spécifiquement pour recevoir un objet aussi précieux et fragile que l'est un miroir. Sa place témoigne de l'attachement de la souveraine à ce magnifique objet. Accessoire indispensable et 'rassurant' de sa vie quotidienne, ses proches ont souhaité qu'il l'accompagne dans son au-delà… A l'intérieur, se trouvait encore le disque du miroir, mais, malheureusement, le manche était manquant…

Étui à miroir de la reine Henouttaoui (épouse du roi-prêtre Pinedjem Ier)
Bois de sycomore - XXe dynastie 
Provenance : Cachette des Momies Royales (DB 320) découverte en 1871 par les frères Abd el-Rassoul, puis en 1881 par Gaston Maspero pour le Service des Antiquités
Musée égyptien du Caire - CG 44101


L'un des plus précieux (Musée Égyptien du Caire - JE 44920 - CG 52663) a été découvert dans la tombe de Sat-Hathor-Iounet au cours de la saison de fouilles 1913-1914 de William Matthew Flinders Petrie sur le site de la pyramide de El-Lahoun. "Une cachette livra cinq boîtes contenant ses bijoux et ses affaires de toilette : colliers, bracelets, boîtes à cosmétiques, rasoirs. Parmi les objets les plus remarquables, on compte un miroir" rappelle Pierre Tallet dans son ouvrage "Sesostris III et la fin de la XIIe dynastie". D'une hauteur de 28 cm, sa tige d'obsidienne est en forme de colonne papyriforme surmontée d'une tête d'Hathor, en or dont les yeux soulignés de khol sont en lapis-lazuli. Le disque, lui, est en argent. Selon Rosanna Pirelli dans "Trésors d'Egypte" : " il était moins un objet de toilette qu'un véritable bijou : la richesse des matières, le jeu des couleurs et la délicatesse de la facture en font une authentique œuvre d'art".


D'autres miroirs, peut-être parce que travaillés dans des métaux moins résistants, ou parce que les conditions de conservation ont été moins favorables, ont moins bien supporté les siècles... Cela leur donne un aspect touchant et émouvant, l'impression qu'ils semblent garder la nostalgie des visages qui s'y miraient, s'y admiraient… ou des mains qui le tenaient.


marie grillot

 

sources : 

Catalogue Général des Antiquités Égyptiennes du musée du Caire - Miroirs, Georges Bénédite, IFAO, 1907 

https://archive.org/details/miroirs00bn

Les objets de toilettes égyptiens au Musée du Louvre, Jeanne Vandier d'Abbadie, éditions des musées nationaux, Paris, 1972

Parfums et Cosmétiques dans l'Égypte ancienne, Le Caire - Paris - Marseille - avril 2002

Toutankhamon, vie, mort et découverte d'un pharaon, Nicholas Reeves, Editions Errance 

Catalogue de l'exposition "Toutankhamon, trésors du pharaon d'or", Zahi Hawass, IMG Melcher Media, 2018

Trésors d'Egypte - Les merveilles du musée égyptien du Caire, Francesco Tiradritti

Catalogue officiel Musée égyptien du Caire, Mohamed Saleh, Hourig Sourouzian, Verlag Philipp von Zabern, 1987

L'Égypte des pharaons au Musée du Caire, Jean-Pierre Corteggiani, Hachette, 1986

Sesostris III et la fin de la XIIe dynastie, Pierre Tallet 

Les momies royales de Deir El-Bahari , Gaston Maspero, Editeur  E. Leroux, Paris, 1889 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k511070x/f3.item.r=démail

The treasure of El Lahun, Herbert Eustis Winlock,  1934

http://libmma.contentdm.oclc.org/cdm/ref/collection/p15324coll10/id/142543

Lahun I : The treasure (BSAE 27 en ERA 20 - 1914), Guy  Brunton, London, 1920

http://dlib.nyu.edu/awdl/sites/dl-pa.home.nyu.edu.awdl/files/lahun00brit/lahun00brit.pdf





























































































































































































1 commentaire:

  1. Merci Marie et Marc pour vos articles si intéressants et si bien écrits!
    Egypt-amicalement!
    Etienne :-)

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