dimanche 5 avril 2015

Les photochromes : de vraies photos avec de "véritables" couleurs artificielles

Le Caire. Fontaine publique au quartier arabe.- P.Z. photochromie, Egypte

Il nous arrive parfois, lorsque nous regardons de très anciennes photos couleur - celles des pyramides par exemple qui ont toujours été un sujet très prisé - d'éprouver un léger doute, un questionnement. 

La couleur est bien là, elle apporte ses touches lumineuses, ses contrastes, mais, en même temps, elle ne semble pas tout à fait naturelle.

Notre hésitation vient probablement du fait de ne pas arriver à savoir si nous contemplons un tableau ou si nous regardons une photo.
Heliopolis, L'Obélisque - Egypte
Circa 1880 - P.Z. photochromie

Après l'émerveillement dû à l'invention de la photographie, l'envie de rendre également les couleurs est devenue une obsession. Mais les "cellules grises" doivent prendre leur temps pour phosphorer et la technique son temps pour avancer.

De multiples essais sont menés, de nombreuses expériences sont faites… Certains "colorient les épreuves au pinceau", d'autres "inventent la trichromie en mélangeant les trois couleurs primitives, bleu, jaune et rouge".
Femmes arabes cherchant de l’eau et pyramides.- P.Z. photochromie, Egypte

Mais un procédé va révolutionner le noir et blanc et le sépia. Il constituera comme une parenthèse, ou bien encore une passerelle, entre deux époques : il s'agit du "photochrome". Il est "inventé dans les années 1880, en Suisse, par Hans Jacob Schmid (1856-1924), un employé de la société Orell Füssli & Cie". En 1888, le procédé est breveté par son patron qui crée une filiale dénommée Photochrom Zurich. Elle prendra en 1895, le nom de P. Z. Photoglob, signature que l'on retrouve le plus souvent sur les clichés. Le nom d'un Français, Léon Vidal, est également parfois associé et cité dans la mise au point de cette technique.
Phylae - Vue générale de la partie du sud
Circa 1897 - P.Z. photochromie, Egypte

L'invention est présentée à l'Exposition universelle de 1900 à Paris et y reçoit un accueil plus qu'enthousiaste qui lui ouvre les portes du succès. "Le Zurichois Orell Füssli remporte le premier prix grâce à une invention qui bouleverse le monde de la photographie, le photochrome. Ce procédé, entre la lithographie et la photographie, permet d'imprimer des images en couleurs sur des pierres lithographiques à partir de prises de vue en noir et blanc. Blancheur éclatante de la neige, couchers de soleil et clairs de lune peuvent enfin être retranscrits. Les photochromes sont rapidement mis en vente dans les sites touristiques : ce sont avant tout les voyageurs qui les achètent, émerveillés par ces couleurs si "naturelles", tellement plus évocatrices que les cartes postales peintes qu'ils envoyaient jusque-là."

C'est la naissance d'un nouvel art "les patrons de l'imprimerie Füssli, les frères Wild, experts ès business international, vont l'exploiter sous toutes ses coutures. Grands monuments et centres touristiques seront "photochromés". 
P.Z. Egypte, Kairo, Cactées au Jardin du Prince Hussein
Circa 1880- P.Z. photochromie, Egypte

L'Égypte, très en vogue, avec son tourisme en pleine expansion et ses monuments grandioses sont des sujets des choix souvent reproduits. Le Caire et ses pyramides sont au hit parade du voyage en Orient et de la route vers les Indes.
"Les grands photographes de l’époque, le Français Félix Bonfils, le britannique Francis Frith ou encore l’américain William Henry Jackson figurent parmi les 'chromistes'. Ils partaient d’une photographie et inventaient les teintes, ajoutaient des nuages, transformaient la lumière.
Karnak, Pylône d’Évergète, Egypte
Circa 1897 - P.Z. photochromie, Egypte

Ainsi le photochrome constitue-t-il une savante composition entre réalité et interprétation, laissant au "chromiste" toute latitude de s'approprier le cliché, de lui donner, selon son humeur, selon le nombre de passages sur les pierres lithographiques, des couleurs douces, délavées presque aquarellées, ou bien plus franches, plus vives… Le travail vise à atteindre la subtile alchimie qui ravira l'œil.

La belle époque du photochrome se terminera dans les années 1915 ; il déclinera ensuite puis disparaîtra totalement avec l'arrivée des premières pellicules couleur vers 1935. 

Il nous reste le plaisir de contempler ses vues d'un autre temps, avec leur charme un peu désuet et qui font éprouver ce sentiment un peu étrange et étonné, semblable à celui que l'on ressent lorsque l'on regarde un vieux film colorisé.

marie grillot
P.Z. Egypte, Karnak, Colonnade du Grand Temple, Circa 1880, photochromie


sources :
Égypte : la magie du photochrome, Catherine Donzel, de Monza éditions
http://www.swissinfo.ch/fre/photochrome--quand-la-suisse-coloriait-le-monde/7235608
http://www.paris-bibliotheques.org/wp-content/uploads/2012/11/DP-photochormie-voyage-couleur.pdf
http://actuphoto.com/11000-une-technique-entre-la-photographie-et-la-lithographie-les-photochromes.html
http://www.swissinfo.ch/fre/archive.html?siteSect=883&sid=10367897&ty=st
http://www1.rfi.fr/culturefr/articles/109/article_77866.asp

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