"La célèbre pendeloque de collier en or et lapis aux cartouches d'Osorkon II" (Georges Bénédite), connue sous le nom de "Triade d'Osorkon II", a été acquise par le Louvre, en 1872, auprès de MM. Rollin & Feuardent, antiquaires à Paris, pour la somme de 25.000 francs, somme considérable à l'époque.
Cette magnifique pièce d'orfèvrerie est à l'image de la famille divine réunie dans sa trinité.
Au centre se trouve Osiris : il représente l'enfant solaire. Il est accroupi sur une colonne dont la base carrée est d'or, le fût de lapis lazuli et le chapiteau incrusté d'un décor de lapis et de pâte de verre rouge cloisonné d'or. Ses genoux arrivent au niveau de la poitrine, son corps est entièrement gainé. Il est coiffé de la couronne atef et porte une barbe postiche tressée. La hauteur de la colonne lui permet, malgré sa position, d'être au même niveau que les deux autres divinités qui, elles, sont debout.
Isis se trouve à gauche. Elle porte la coiffure tripartite, surmontée du disque solaire, entouré des cornes hathoriques. Son front est ceint d'un uraeus. Son corps mince est moulé dans une robe qui laisse deviner l'ensemble de sa morphologie. Elle a le pied gauche avancé et son bras gauche est tendu le long du corps, main fermée, pouce vers le bas. Le bras droit est plié et levé, la main paume ouverte tournée vers Osiris en signe de protection.
Horus, à corps d'homme et à tête de faucon, se tient à sa droite. Il est simplement vêtu du pagne et coiffé du pshent, la double couronne. Son attitude est identique à celle d'Isis, pied gauche en avant, le bras droit le long du corps, la main droite fermée, pouce vers le bas. Le bras gauche est plié et levé et la main paume ouverte est tournée vers Osiris en signe de protection.
La scène semble ainsi doublée, dupliquée, engendrant un équilibre parfait et une harmonie totale.
Les divinités reposent sur une plaque d'or, rectangulaire. Elle est ornée d'une frise qui reprend le décor cloisonné du chapiteau : des bandes alternant lapis et pâte de verre rouge, séparées par des séquences de 4 bandes d'or.
Quelle était la vocation de cette magnifique pièce : un pendentif ? un bijou à vocation funéraire ? une statuette votive ?
Diverses interprétations existent…
"Ce petit monument tient du pectoral par sa composition tripartite connue depuis le Moyen-Empire, et par le thème des deux figures protectrices encadrant un personnage central."... "Il relève aussi de la figurine-amulette"... "Les deux bélières situées à l’arrière de l’objet ont permis à Olivier Perdu de le rattacher à un ensemble particulier d’ex-voto destinés à être suspendus dans les temples. La conception du décor de la triade du Louvre l’apparente aux pectoraux figurant des divinités de part et d’autre d’un nom royal que l’on voit au cou des statues royales ramessides… On peut donc envisager que la triade d’Osorkon II ait été destinée à être suspendue à une statue royale."
Osorkon II est le 5e pharaon de la XXIIe dynastie et il semble qu'il ait régné entre 25 et 30 années (sur une période située environ vers 754 - 850 av. J.-C). Sur la colonne, ses titres sont gravés dans le lapis-lazuli : "Le roi de Haute et de Basse-Égypte, Seigneur des Deux Terres, Ousermaatré élu d'Amon, le fils de Ré, Osorkon aimé d'Amon."
Sa tombe a été découverte le 25 février 1939 à Tanis alors que l'équipe de Pierre Montet fouillait une zone où se trouvaient des bâtiments de brique crue alignés contre le mur d'enceinte du grand temple d'Amon. Pierre Montet raconte la découverte : "On enlève la terre et on voit une dalle de grand format, comme une dalle de linteau, par devant deux petites dalles, comme la porte d'une armoire. Je jette un oeil et je tâte avec la canne d'Ibrahim. Il y a du vide, comme une chambre qui descend en sous-sol... Je fais enlever la terre et les pierres qui bouchaient l'entrée et j'entre dessous dans une salle carrée, aux murs tapissés d'hiéroglyphes et de personnages qui donnait dans une autre chambre, d'où un grand sarcophage émergeait de la terre qui remplissait les ¾ des deux pièces... Le cartouche était celui d'Osorkon. Goyon, puis Fouge (ndrl : Fougerousse) sont entrés, puis le reiss. La joie est universelle. Mais les pillards n'ont guère laissé d'objets précieux... Il reste "des canopes dépareillés, des oushebtis, des parures au nom d'Osorkon"...
Cette histoire prend place… 67 ans après l’entrée de l'artefact au Louvre. Alors les questions affluent : Quand la triade a-t-elle été découverte ? Et où ? Et par qui ? Entre quelles mains a-t-elle transité avant d'arriver chez les antiquaires parisiens ?
Par bonheur, le travail aussi patient que soutenu que mènent les chercheurs dans les archives nous apporte de précieuses réponses… Ainsi dans son étude "A l’aube de l’égyptologie hellénique et de la constitution des collections égyptiennes : Des nouvelles découvertes sur Giovanni d’Anastasi et Tassos Néroutsos" publiée en 2018, l'égyptologue grec Vassilis Chrysikopoulos indique : "T. Néroutsos est, en outre, le premier éditeur méconnu d’une antiquité de premier ordre. Dans son ouvrage 'Fouilles et découvertes archéologiques' Athènes, 1873, il procède à une première publication d’un document dont la description dans sa forme et ses traits caractéristiques ainsi que les traductions de ses inscriptions, aussi fantaisistes qu’elles soient (on ne saurait le lui reprocher, compte tenu des connaissances de l’époque), permettent de reconnaître le fameux groupe statuaire du Louvre E 6204 (Triade d’Osorkon II). Content d’identifier la pièce, Néroutsos, en 1872, avait indiqué, que l’objet appartenait à la collection de Ioannis Demetriou et signale qu’il provenait du temple d’Amon à Thèbes"…
Ainsi la "triade" a-t-elle quitté Thèbes, puis traversé la Méditerranée avec Ioannis Demetriou (1826 - 1892). Le "Who was Who in Egyptology" présente ainsi ce collectionneur grec : "Né à Lemnos, il s'est installé à Alexandrie où il est devenu financier ; il rassembla une collection de 3406 antiquités égyptiennes dont dix momies d'Akhmim" …
L'avancée des recherches nous permettra peut-être, dans un avenir plus ou moins proche, de savoir comment la "divine famille" a transité de la collection Demetriou aux antiquaires parisiens Rollin & Feuardent… Mais il sera certainement plus difficile de savoir ce qu'il est advenu d'elle entre 800 av. J.-C. et sa "réapparition" un millénaire plus tard …
sources :
Pendentif, Triade d'Osorkon
https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010006343
Georges Bénédite, La formation du musée égyptien au Louvre, La Revue de l'art ancien et moderne, 43, 1923, p. 161-172
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4325481/f176.item
René Dussaud, Pierre Montet et collaborateurs - Les constructions et le tombeau d'Osorkon II à Tanis, Syria, Tome 29 fascicule 1-2, 1952. pp. 150-152
https://www.persee.fr/doc/syria_0039-7946_1952_num_29_1_4753_t1_0150_0000_3
Jean Yoyotte, Tanis l'or des pharaons, catalogue de l'exposition Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 26 mars - 20 juillet 1987, Association Française d'Action Artistique, 1987
Guillemette Andreu, Marie-Hélène Rutschowscaya, Christiane Ziegler, L'Egypte ancienne au Louvre, Hachette, 1997
Morris L. Bierbrier, Who Was Who in Egyptology, London, Egypt Exploration Society, 2012
Raphaële Meffre, Remarques à propos du texte de la triade d'Osorkon II (Louvre E 6204), avec en annexe une liste récapitulative des dénommées Di-aset-heb-sed, Revue d'Egyptologie, Tome 64, Société Française d'Egyptologie, 2013
https://www.academia.edu/7763669/Remarques_à_propos_du_texte_de_la_triade_dOsorkon_II_Louvre_E_6204_avec_en_annexe_une_liste_récapitulative_des_dénommées_Di-aset-heb-sed_RdE_64_2013_p._41-54_et_pl._2-5
Vassilis Chrysikopoulos, A l’aube de l’égyptologie hellénique et de la constitution des collections égyptiennes: Des nouvelles découvertes sur Giovanni d’Anastasi et Tassos Neroutsos, Tenth International Congress of Egyptologists, 2015
https://www.academia.edu/2000910/A_l_aube_de_l_égyptologie_hellénique_et_de_la_constitution_des_collections_égyptiennes_Des_nouvelles_découvertes_sur_Giovanni_d_Anastasi_et_Tassos_Neroutsos_Tenth_International_Congress_of_Egyptologists





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