mercredi 8 avril 2015

Eugène Lefébure : il a "catalogué" les momies royales de Deir el-Bahari !

Cachette des momies royales de Deir El-Bahari : cercueils de Séti Ier et Ramsès II

Eugène Lefébure naît 11 novembre 1838 dans l'Yonne, dans une bonne famille de médecins, propriétaires terriens et numismates. Il fait de solides études à Auxerre et Sens et se révèle très porté vers la littérature ancienne et moderne. Il adore la poésie et se liera d'ailleurs avec Stéphane Mallarmé.

Il devient veuf très tôt et tente d'apaiser son chagrin, ou d'occuper son esprit, en étudiant les hiéroglyphes. Dès 1867, il se rapproche de François Joseph Chabas et entame avec lui une correspondance qui durera des années. Chabas trouve en lui un élève intelligent, qui progresse vite ; il l'aide, le conseille. Ainsi, dès 1869 reconnaît-il : "Je crois qu'un débutant, au bout de deux années, peut déjà me donner d'utiles leçons ; tel a été le cas de mon élève M. Lefébure."

Lefébure accepte un emploi de receveur des postes, espérant que ce travail lui laisse assez de temps pour étudier. Nommé à Paris, il a désormais l'opportunité de suivre des cours au Collège de France. Puis il se remarie et s'installe à Lille. En 1878, Armand du Mesnil, directeur de l'enseignement supérieur, interroge Gaston Maspero "sur l'opportunité de créer en province deux ou trois chaires d'égyptologie”. "Mais les égyptologues disponibles pour l'enseignement, et disposés à enseigner en province, étant fort peu nombreux, il parut que pour commencer il suffirait de créer une seule chaire ; et il fut reconnu que cette chaire devrait être d'abord offerte à Lefébure." 

Lefébure accepte ce poste, créé à Lyon, et remercie chaleureusement Maspero de l'avoir désigné. Il débute ses cours le 26 avril 1879 "par une leçon qui obtint le plus grand succès". Très peu de temps après, de nouveau appuyé par Maspero, il arrive à obtenir des crédits pour enrichir la bibliothèque de l'université de Lyon en livres et ouvrage d'égyptologie. 

Deux ans plus tard, en janvier 1881, Maspero part prendre la direction de la toute nouvelle Mission archéologique française au Caire. Mais à peine arrivé en Égypte, il doit : "succéder à Mariette-Pacha, directeur du Service des Antiquités de l'Égypte, qui vient de mourir". La France doit alors désigner un nouveau directeur pour la mission : "mais alors, écrit M. Maspero, il n'y avait personne que Lefébure qui fût en état de diriger l'École". 

Eugène Lefébure voit ses désirs se réaliser et accepte avec un immense plaisir, que seul atténue l'inquiétude d'installer sa petite famille au Caire. Il écrit ainsi à Maspero : "Je crois comprendre que je dois ma nouvelle nomination à votre bienveillance, et je ne puis mieux vous témoigner ma gratitude qu'en me mettant à votre disposition de la manière la plus complète, et en vous promettant de faire tous mes efforts pour ne pas rester trop au-dessous de ma tâche." 

Il arrive au Caire le 9 mars, accueilli par Maspero qui le présente à la "colonie" française et aux responsables égyptiens. Lefébure se lie facilement avec les membres de la mission, Maxence de Rochemonteix, Emile Brugsch, Victor Loret (qui lui succédera à Lyon) : "mais son attitude réservée en présence des personnages officiels ne fut généralement pas jugée avec bienveillance".

En juillet 1881, il a : "le privilège, d'avoir à reconnaître les momies royales que Brugsch ramenait de Deir el-Bahari à Boulaq. Avec les deux égyptologues de la Mission permanente, Victor Loret et Urbain Bouriant, il dressa le catalogue de ces momies royales".

Au début de l'automne, il part avec Rochemonteix trois semaines sur le Nil, et découvre alors vraiment l'Égypte. Il rentre ensuite en France, puis revient en octobre 1882 avec le but d'étudier les tombes de Thèbes. "Il eût été fort agréable de s'établir à l'Hôtel de Louqsor, alors tranquille et construit dans un site délicieux, sur la rive droite du Nil, de traverser chaque matin le fleuve, les champs parfumés de la rive gauche, et les gorges sauvages qui conduisent aux tombes royales, et de revenir chaque soir à Louqsor." Mais finalement, il fait comme Champollion et s'installe dans une tombe ! "Les Hypogées royaux de Thèbes" constitue un remarquable ouvrage et son travail, notamment sur la tombe de Séthi Ier est à saluer.

Son mandat de directeur de la mission expire en octobre 1883, mais il n'est pas reconduit "Son séjour en Égypte avait été fructueux pour la science ; il y avait affirmé de nouveau ses mérites de savant et de professeur ; mais, avec le titre de directeur de la Mission, il n'avait pas joué le rôle d'un véritable directeur ; M. Maspero avait dû le remplacer chaque fois qu'une autorité vigoureuse avait été nécessaire." Il sera remplacé par Eugène Grébaut.

Il reprend ses cours à Lyon et continue à écrire des ouvrages qui font référence. En 1884, il est nommé suppléant de Maspero à la chaire d'égyptologie du Collège de France. Il enseigne également à l'École Pratique des Hautes Études.

Puis, en 1887, il part enseigner à la Faculté d'Alger et y reste jusqu'à sa mort, le 9 avril 1908.

Il semble qu'Eugène Lefébure se soit totalement épanoui dans l'enseignement et ses mots, empruntés à un inconditionnel en témoignent : "Grand était le charme de ses leçons, lorsqu'il nous apportait le résultat de ses recherches, et nous offrait la primeur de ses trouvailles délicates avant de les communiquer aux revues spéciales. Alors on voyait sa physionomie si fine s'éclairer d'un rayon de joie, lorsque ses arguments et ses conclusions nous avaient convaincus. En l'écoutant, en le contemplant, nous devinions tout ce qu'il y a de délicieux, d'exquis, dans la joie désintéressée du savant qui est parvenu à soulever un coin du voile d'Isis ou à arracher au Sphinx un de ses secrets qu'il ne consent à révéler qu'aux patients et aux opiniâtres." 

marie grillot

sources :
http://www.archive.org/stream/oeuvresdiverses01lefuoft/oeuvresdiverses01lefuoft_djvu.txt 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire