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| Bayt el-Sennari - Cliché Yosra Kekal (copie d'écran) |
Le Caire, à 200 mètres de la mosquée Sayyeda Zeinab, au fond d’une ruelle au nom à consonance française (”Monge” ou “Mongui”) et à l’écart des circuits touristiques habituels, une “maison” aujourd’hui peu connue : Bayt al-Sennari. Dotée d’une appellation plus explicite (“Bayt al-’Ouloum wa-l-Thaqâfa wa-l-Founon” - Maison des Sciences, de la Culture et des Arts), elle accueille aujourd’hui des activités culturelles pilotées par la Bibliothèque d’Alexandrie, avec la bénédiction du ministère de la Culture.
Risquons un oeil ! De style ottoman, cette maison présente plusieurs caractéristiques des demeures cairotes du XVIIIe siècle, avec ses façades surmontée de grandes baies à moucharabiehs, une cour à ciel ouvert décorée d’une belle vasque en marbre, un “takhtabouch” (lieu de réception et de fêtes musicales) donnant sur la cour et surmonté d’un “maqaad” (salon de réception), des escaliers et passages donnant accès à diverses salles...
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| Bayt el-Sennnari |
C’est en 1794 que cette demeure de 1.000 m² est bâtie par Ibrâhîm Katkhudâ al-Sinnârî, un occultiste originaire du Soudan, qui a gravi rapidement les échelons sociaux pour devenir un notable. Étape suivante : lorsqu’après avoir débarqué à Alexandrie le 1er juillet 1798, il arrive au Caire pour poursuivre la “campagne” que l’on sait, Bonaparte réquisitionne la somptueuse et confortable habitation pour y héberger les savants qui l’accompagnent.
Les membres de l’Institut d’Égypte naissant y résident-ils tous ? Vu leur nombre, cela semble peu probable. Combien restent sur place, sous la direction de Gaspard Monge, au terme de l’expédition française, en août 1801 ? Cette zone d’ombre n’est pas la seule que nous rencontrons dans l’enchaînement des péripéties ayant marqué ce lieu chargé d’histoire. Notamment pour la période qui suit immédiatement le départ des savants français, au cours de laquelle nous croisons Charles Gaillardot, dit Gaillardot bey (1814-1883). L’on sait simplement que cet "excellent Français", professeur d’histoire naturelle à l’École nationale de médecine fondée par Clot bey, médecin chef à l’hôpital militaire pendant 20 ans et finalement directeur de l’école de médecine du Caire, y installe ses "collections" personnelles (livres, brochures , gravures, armes, décorations…), à savoir des souvenirs de l’Expédition française en Égypte, créant ainsi un "Musée Bonaparte".
"Il y a chez cet homme de plus de soixante-quinze ans, écrit le 20 juillet 1924 Pierre Benoit, une jeunesse, une flamme incomparables. (...) Nous avons l’impression que ce vieillard, qui a tout sacrifié à la glorification locale de la plus prodigieuse des mémoires, travaille au milieu de l’oubli, de l’isolement le plus complet. Nous n’étonnerons que peu de gens en France en disant que ni lui ni son musée n’ont jamais reçu un sou de subvention de l’État français. Une telle indifférence découragerait bien des gens. Chez Gaillardot bey, nulle rancoeur cependant."
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| Bayt el-Sennari |
Suite à la disparition de ce vaillant précurseur, d’autres imprécisions se succèdent. Que devient alors la Bayt al-Sennari ? En tâtonnant, suivons les dates mises à notre disposition par les différentes sources mentionnées ci-dessous, ainsi que les événements qui y sont liés.
1912 : premiers travaux de restauration de la maison par l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO), mais : "le dernier palais subsistant parmi ceux réquisitionnés en 1798 par Bonaparte, celui qui servit de résidence principale à ses savants, s'enfonce dans l'oubli".
1917 : une exposition permanente consacrée à Bonaparte est toujours en place, puis elle disparaît en 1926.
1933 : fort de l’appui du roi Fouad Ier, Édouard Driault, président de l'Institut Napoléon et directeur de la "Revue des Études Napoléoniennes", remet d’actualité le projet d’un musée Bonaparte exclusivement consacré à l'expédition française de 1798-1801. Il est prévu de déposer dans le futur musée : "comme en un sanctuaire, la Pierre de Rosette, la 'Décade Égyptienne' et le 'Courrier d'Égypte', la 'Description de l'Égypte', la 'Carte Topographique de l'Égypte', par Jacotin, etc., ainsi que la Bibliothèque et les Archives de l'Expédition d'Égypte."
Ce projet étant resté lettre morte, il faut attendre 1951: le Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes inscrit alors la maison sur la liste du patrimoine et en confie, à partir de 1996, les travaux de restauration, rendus nécessaires par les effets de la pollution atmosphérique et les suites du tremblement de terre de octobre 1992, à l’architecte français Bernard Maury.
Pour les fonds, diverses sources sont annoncées : le ministère des Affaires étrangères français (pour commémorer le bicentenaire de la campagne française), l'UNESCO et un mécène, l'entreprise française Campenon-Bernard qui participe alors au percement du métro du Caire.
Lorsque Bernard Maury, qui a piloté la restauration de cette perle de l'architecture islamique avec, pour tout document, trois planches de la "Description de l'Égypte", prend sa retraite, il n’a aucun successeur.
Après 1998 : "le palais mamelouk qui servait de quartier général au corps scientifique expéditionnaire français est abandonné".
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| Bayt el-Sennari |
Novembre 2004, Bayt al-Sennari est à nouveau ouverte à la visite. Certaines pièces sont transformées en bibliothèque et centre culturel. Mais le constat s’impose : la création d’un musée Bonaparte en terre égyptienne a été affrontée à deux obstacles insurmontables : "l’impossibilité de réunir une collection et l’opposition farouche des nationalistes égyptiens pour qui la Campagne d’Égypte reste avant tout une invasion militaire détestable. Même si les troupes napoléoniennes avaient entraîné dans leur sillage géographes, architectes, botanistes, ingénieurs et autres artistes de la fameuse 'Description de l’Égypte'."
La maison Sennari a donc, bon an mal an, conservé une finalité culturelle, même si aujourd’hui, comme le remarque Aymé Lebon : "une impression mélancolique d’inachevé se dégage de ses murs".
Marc Chartier
sources :
Jehan d'Ivray, Bonaparte et l'Égypte, 1914
La Semaine égyptienne, n° 23-24, juillet 1927
Pierre Benoit, Toute la terre : souvenirs de voyages et inédits
http://www.thefreelibrary.com/La+Maison+Sennari+s'embellit.-a0334713654
http://www.masress.com/en/egyptiangazette/29084
http://www.touregypt.net/featurestories/sennarihouse.htm
http://www.dailynewsegypt.com/2013/05/29/beit-el-sennari-celebrates-arabic-manuscripts/
http://www.travelcenturies.com/Depdetails.aspx?ID=137&Name=Bayt_Al_Sennari_or_%22_Sennari_House_%22
http://ema.revues.org/2903?lang=en#tocto2n10
sources :
Jehan d'Ivray, Bonaparte et l'Égypte, 1914
La Semaine égyptienne, n° 23-24, juillet 1927
Pierre Benoit, Toute la terre : souvenirs de voyages et inédits
http://www.thefreelibrary.com/La+Maison+Sennari+s'embellit.-a0334713654
http://www.masress.com/en/egyptiangazette/29084
http://www.touregypt.net/featurestories/sennarihouse.htm
http://www.dailynewsegypt.com/2013/05/29/beit-el-sennari-celebrates-arabic-manuscripts/
http://www.travelcenturies.com/Depdetails.aspx?ID=137&Name=Bayt_Al_Sennari_or_%22_Sennari_House_%22
http://ema.revues.org/2903?lang=en#tocto2n10




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