mardi 31 mars 2015

Athanasi, un Grec au service des Anglais dans l'Égypte du XIXe

En 1820, Giovanni d'Athanasi découvre sur la rive ouest de Louxor la tombe de Nebamun (XVIIIe dynastie) Détail de la scène montrant le “jardin de l'ouest" de Nebamun : une mare remplie d'oiseaux et de poissons Tilapia

Giovanni d'Athanasi (1798 - 1854), de son vrai nom Demetrio Papandriopulos, a 10 ans lorsqu'il quitte son île de Lemnos, en Grèce, pour rejoindre son père Thanasis, un commerçant installé au Caire depuis quelques années. Auprès de lui, il apprend le sens des affaires, devient "Gianni - fils de Thanasis", puis "Yanni", et suit des cours à Alexandrie et au Caire.

À 15 ans, il entre au service du colonel Ernest Missett, consul général britannique, en tant qu'interprète. Lorsque Missett part pour l'Italie, il ne le suit pas, préférant rester auprès de son successeur. Il s'agit d'Henry Salt, le distingué et élégant consul, collectionneur féru d'antiquités. Pendant près de dix ans, il l'emmènera dans ses déplacements, ses voyages, lui communiquant sa passion pour les fouilles et les antiquités.

En 1817, Salt finance l'expédition Belzoni qui doit aller prospecter vers le sud, jusqu'à Abou Simbel. Athanasi a maintenant 18 ans, il est intelligent et débrouillard et il est de l'aventure avec Henry William Beechey, le secrétaire de Salt. 

Avant de partir, la nouvelle équipe se rend au Caire : "où ils eurent l'occasion d'examiner l'avancement des fouilles de l'ex-capitaine Caviglia, dans le voisinage de la grande pyramide et du sphinx".
Sphinx trouvé à Thèbes par Salt et Athanasi

Le départ a lieu le 20 février. Ils fouillent à Thèbes, où ils font de belles découvertes à Karnak (statues de Sekhmet), puis continuent vers Assouan et Philae. À Abou Simbel, ils débutent le désensablement du temple. Après 22 jours de labeur avec 24 ouvriers : "le 1er août 1817, à force de creuser un étroit chenal dans la dune, sous la corniche centrale, un passage s'ouvrit dans le vide… Le groupe s'engagea dans le souterrain, le sable n'avait pas envahi l'intérieur du temple, et, malgré une chaleur suffocante, l'air y était respirable…" Ils sont émerveillés par ce qu'ils découvrent et Belzoni fait de nombreux dessins. Il est cependant déçu de ne pas avoir trouvé de trésor dans le temple, pourtant inviolé, et doit se contenter de deux sphinx à tête de faucon, et de la statue agenouillée de Pa-Ser.

En 1818, Athanasi est de retour à Thèbes. La "guerre des consuls" (Drovetti - Salt) fait rage et il en est témoin, car même s'ils se sont répartis les secteurs, les histoires et conflits sont fréquents. 

Le 16 novembre 1818, il assiste, aux côtés de Belzoni et du richissime anglais, Willliam John Bankes Bankes qui vient de l'acquérir, aux manœuvres de chargement de l'obélisque de Philae qui prend ensuite la route vers l'Angleterre. Il fera partie de l'expédition Bankes visant à rejoindre Dogola. L'aventure sera extrêmement périlleuse, mais il en reviendra sain et sauf.

Lorsque la collaboration de Belzoni et Salt se termine, en 1819, Athanasi, tout naturellement, le remplace. Salt lui fait entière confiance, il apprécie ses capacités à estimer la qualité et la valeur des antiquités ainsi que son sens du commerce. Ainsi, il approvisionne les collections de Salt tout en se constituant sa propre collection personnelle. Athanasi est désormais connu et reconnu et beaucoup de voyageurs font référence à lui.

Dans les années 1820 Salt fait construire à Gournah une maison, une petite forteresse dans laquelle Athanasi s'installe au milieu des villageois. Il est très bien intégré, bénéficie de leur bonne connaissance de la montagne thébaine, leur propose du travail dans les chantiers de fouilles et est informé de tous les trafics. Il est également le voisin de John Gardner Wilkinson avec lequel, semble-t-il, il entretient de bonnes relations.
Détail du sarcophage de granit de Ramsès III découvert par Athanasi musée du Louvre

Il fait de multiples découvertes : le sarcophage de granit de la KV 11, la tombe de Ramsès III (le sarcophage est au Louvre), les momies "de trois musiciens avec leurs instruments, une harpe, un tambour en cuivre et une sorte de mandoline", des statues de Sekhmet à Kom el Hettan, de nombreux papyrus... 

Il trouve également la tombe de Nebamun dont Salt vendra des fresques au British Museum, ainsi que la tombe de Neferhotep pour laquelle un litige important l'opposera à Caillaud. En effet, alors que celui-ci lui a demandé les clés de l'hypogée pour copier les scènes, il semble qu'il en ait profité pour découper les fresques !

Lorsque Athanasi n'est pas présent à Thèbes, on le retrouve à Guizeh, à Abydos, à Assouan où il découvre le nilomètre… Et, lorsque Henri Salt meurt près d’Alexandrie le 30 octobre en 1827, il est à ses côtés.
Une fresque de la tombe de Nebamun

Il semble qu'ensuite, il ait travaillé quelque temps pour le nouveau consul britannique John Barker. Lorsque la dernière collection Salt part pour l'Angleterre, il l'accompagne, veille à son transport, puis participe à la rédaction du catalogue descriptif. La vente, qui débute le 29 juin 1835, comporte 1270 lots et sera en grande partie acquise par le British Museum.

Athanasi s'installe à Londres comme antiquaire. Sa propre collection est mise en vente chez Sotheby's en plusieurs ventes le 5 mars 1836, puis les 13 et 20 mars 1837, puis le 17 juillet 1845.

Ce Grec, qui a une vie si incroyable en Égypte, meurt dans un hôtel de Londres, ruiné semble-t-il, le 19 décembre 1854.

Un merveilleux détail encore, découvert pendant les recherches : il concerne la statue de Karomama qui se trouve au Louvre. Dans une lettre de Champollion écrite à Rosellini, il en explique l'acquisition : "Cette grande statuette en bronze de la divine adoratrice Karomama faisait partie de la collection rassemblée à Alexandrie par Yanni Athanisi, l'ancien collaborateur de Salt : j'ai eu son beau bronze de la reine et une centaine d'autres pièces de premier choix pour mille talaris."

marie grillot

sources :
La moisson des dieux - La grande aventure de l'égyptologie, par Jean-Jacques Fiechter
http://egyptophile.blogspot.fr/2014/10/henry-salt-consul-et-collectionneur.html?q=salt
http://egyptophile.blogspot.fr/2014/06/bernardino-drovetti-italien-consul-de.html?q=drovetti
http://archive.org/stream/annalesduservice1920egyp/annalesduservice1920egyp_djvu.txt
https://books.google.fr/books?id=8xYIAAAAQAAJ&pg=PA151&lpg=PA151&dq=giovanni+athanasi&source=bl&ots=106fcVu6S8&sig=h3S1Nc_gJ8oIR-jOT0NFLGuZsHM&hl=fr&sa=X&ei=W4EJVcazB8XYasKegZAC&ved=0CDwQ6AEwCDgK#v=onepage&q=giovanni%20athanasi&f=false
https://books.google.fr/books?id=0e9fkevmPfgC&pg=PA146&lpg=PA146&dq=giovanni+athanasi&source=bl&ots=52_Dq-a7-5&sig=GoC5Jc6q5XJTZDhzlk6yj0KpbEo&hl=fr&sa=X&ei=B4IJVeuhBsHLaNrbgoAM&ved=0CCQQ6AEwATgU#v=onepage&q=giovanni%20athanasi&f=false
The British Consular Service in the Aegean and the Collection of Antiquities, par Lucia Patrizio Gunning
http://www.ancient-egypt.co.uk/british%20museum/nebamun/

1 commentaire:

  1. Merci chère Marie Grillot, encore un article qui m'intéresse à un haut niveau.. Je connais les "aventures" de Salt et de ses confrères et cette lecture me fait découvrir Yanni Athanasi. Bon, malgré ce qu'ils nous ont permis d'admirer aujourd'hui dans les musées du monde, je ne peux les considérer comme des égyptologues - pardon !! - mais plutôt comme des aventuriers et pilleurs de tombeaux. D'ailleurs, ses découvertes et aventures (Athanasi), ne l'ont pas fait mourir heureux

    RépondreSupprimer