dimanche 22 juin 2014

Pierre Lacau : "Dieu le père" à la direction du service des antiquités

au centre, Pierre Lacau, reconnaissable avec sa barbe blanche,
et juste derrière lui, avec un noeud papillon, Howard Carter

Pierre Lacau (25 novembre 1873 - 26 mars 1963) "était doté d’une remarquable curiosité d'esprit". "Ancien normalien, à vocation scientifique (géologie), il oblique ensuite vers la philosophie et l'orientalisme."

Au Collège de France, il étudie la civilisation de l'ancienne Égypte, l'écriture hiéroglyphique, le copte. Il est l'élève de Maspero, qui a l'issue de sa formation, en 1899, le fait nommer pensionnaire de l'Institut français d'archéologie orientale au Caire (IFAO). "Sa santé et ses nerfs supportent difficilement le pays. Pendant de nombreuses années, Lacau reste obstinément convaincu que sa place est en France." Il restera cependant 37 ans en Égypte… 

Pendant douze ans, il se consacre à la rédaction du catalogue général du musée du Caire. 

En 1912, "on" lui suggère de se présenter à la direction de l'IFAO : c'est en cinq pages qu'il détaille ses scrupules à Maspero auquel il écrit ces mots incroyables : "Mais si je suis candidat, c'est avec tristesse. Santé, tâche ingrate, échec probable, tout cela n'est rien encore. Ce qui m'effraye, M. Maspero, en réalité c'est vous-même." Reflet de la terreur avouée que lui inflige le maître… Il prend malgré tout la direction de l'Institut où il reste pendant deux ans.

En 1914, lorsqu’il prend sa retraite du Service des antiquités, Maspero obtient du gouvernement égyptien que Lacau soit son successeur.

Il occupera ce poste pendant vingt-deux ans (1914-1936). Sa grande barbe blanche, ses immenses connaissances, ses pouvoirs étendus sur l'ensemble des sites, d'Alexandrie à la Nubie, le font surnommer “Dieu le père”.

Il supervise de nombreuses études, missions et découvertes : la tombe de Pétosiris à Hermopolis, les mammisis de Denderah, et puis aussi Saqqara, Karnak… 

Il faut souligner que c'est sous son "règne" qu'a lieu la plus importante des découvertes : celle de la tombe de Toutankhamon ! Et le moins que l'on puisse dire, c'est que tout ne se passe pas pour le mieux avec Carter : "Treize années de soucis, et parfois de cauchemar."

En effet, le 16 octobre 1922, juste avant la découverte de la KV62, il avait redéfini les règles de partage des fouilles. "Lacau estime que tous les objets d’un même site doivent rester en Égypte, excepté quelques doubles dont le fouilleur doit se contenter."

"Pendant plusieurs années, il subit l’hostilité des savants anglo-saxons décidés à obtenir son départ afin de revenir à l’ancien système." Cette nouvelle règle les rend furieux, car les fouilles sont financées soit sur des fonds privés, soit avec l'appui de musées qui espèrent enrichir leurs collections. Elle a également pour conséquence le départ de nombreuses équipes de fouilles, comme celle du grand Flinders Petrie, pour d’autres pays du Moyen-Orient.

Carter, fort du retentissement mondial de sa découverte, met tout en oeuvre pour obtenir le renvoi de Pierre Lacau. Mais celui-ci reçoit un appui inattendu : l'indépendance de l'Égypte est proclamée cette année-là et, pour l'opinion égyptienne influencée par ses leaders nationalistes, les trésors de la tombe doivent rester dans le pays. H. Carter, de plus en plus nerveux, multiplie les maladresses : il réserve l'exclusivité des publications au "Times", fait circuler, de manière privée, une brochure qui est une véritable charge contre tous les actes de Pierre Lacau. La tombe de Toutankhamon est fermée... Carter se sent soutenu par tous les égyptologues anglo-saxons qui ont adressé en 1924 une lettre particulièrement virulente à Pierre Lacau, disant : "Vous avez entièrement failli aux obligations de votre charge qui vous imposaient de veiller à la bonne marche scientifique de cette tâche de la plus haute importance."

Pierre Lacau prend alors possession de la tombe au nom du gouvernement égyptien et l'Égypte conserve la totalité du contenu du trésor. 

De façon simultanée, Lacau est confronté à l'affaire du buste de Nefertiti, trouvé à Amarna par l'équipe de Ludwig Borchardt et qui apparaît au musée de Berlin. Il se rend alors compte que les égyptologues allemands se sont joués de lui. Il demande la restitution de la statue, en vain.

Au cours de l'été 1926, de passage à Paris, il rencontre un architecte de 24 ans, très intimidé, qui aimerait bien travailler sur les bords du Nil. Il lui propose un engagement de huit mois à Saqqara… Il y restera jusqu'à la fin de sa vie. Ce jeune homme, c'était Jean-Philippe Lauer !

En 1936, malgré les sollicitations du roi Fouad et de ses collègues, estimant que l’Égypte l’a "tué scientifiquement", Lacau choisit de regagner définitivement la France.

En 1938, alors qu'il a 63 ans, une nouvelle carrière débute pour lui : il succède à Alexandre Moret à la chaire d'égyptologie du Collège de France. Il y siégera pendant neuf ans. 

Il consacre ensuite sa retraite à la publication de ses nombreux travaux. 

Fortement atteint par la mort tragique de l'un de ses fils et son état s'étant dégradé, il meurt, à 90 ans, le 26 mars 1963.

marie grillot

sources :
François Pouillon, Dictionnaire des orientalistes de langue française
Eric Gady, Bulletin de l'association dauphinoise d'égyptologie Champollion de Grenoble)
Gaston Maspero, Elisabeth David
L'Egypte passion française, Robert Solé
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1963_num_107_2_11529
http://epoque-pharaonique.e-monsite.com/pages/hommages/25-novembre-1873-26-mars-1963.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Lacau

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