dimanche 22 juin 2014

Mahmoud Mokhtar, le sculpteur de la Renaissance égyptienne

Nahdat Misr ("Le Réveil de l’Égypte”- 1919-1920)
l'une des oeuvres les plus connues du sculpteur égyptien Mahmoud Mokhtar 


"Nahdat Misr" ("Le Réveil de l’Égypte" - 1919-1920), "La Porteuse d’eau" (1928), "Khamsîn" (1829) : ces chefs-d’oeuvre de sculpture sont mondialement connus.

Mahmoud Mokhtar (10 mai 1891 - 28 mars 1934), leur auteur, est l’un des plus célèbres artistes de la Renaissance égyptienne. Il est le premier à avoir su s’émanciper de l’académisme et de l’orientalisme pour inventer un art national inspiré de l’héritage pharaonique.

Elève des Beaux-Arts du Caire, il suit les cours de l’artiste français Guillaume Laplagne. Diplômé de l’École en 1911, il poursuit sa formation aux Beaux-Arts de Paris.

La petite histoire raconte qu’il se laisse aller à la vie de bohème parisienne, ce qui lui vaut un rapide rappel à l’ordre de la part de son mécène, le prince Yûsuf Kamâl : "Vous êtes Égyptien et vous devez nous revenir Égyptien. Nous attendons avec impatience les résultats de votre ardeur au travail pour prouver que les Égyptiens ne manquent pas de suite dans les idées et ne sont pas incapables de réussir dans le domaine de l’Art, qui est une des manifestations de la civilisation."

Mokhtar vit encore à Paris lorsque la révolution égyptienne éclate en 1919. C'est alors que, guidé par son sentiment patriotique revigoré et s’inspirant des manifestations survenues dans son pays, il conçoit son œuvre la plus importante, devenue un véritable "point de repère culturel" : "Nahdat Misr", "La Renaissance ou Réveil de l'Égypte".

La sculpture représente deux figures tournées vers le même horizon. À droite, un sphinx couché, les griffes ancrées dans le sol, qui symbolise l'histoire plurimillénaire de la nation égyptienne. À gauche, une paysanne debout, qui soulève son voile, référence implicite au dévoilement d'Isis, et symbole de l'avenir et de la modernisation du pays tourné vers les lumières de la science.

Après l'indépendance, une souscription est ouverte par les nationalistes égyptiens pour une réalisation monumentale de l'œuvre (7 m de haut et 8 m de large), en granit rose d'Assouan. En 1928, la sculpture est achevée, mise en place, puis inaugurée devant la gare de chemin de fer du Caire. Après la révolution de 1952 qui conduit à l'instauration de la République, elle est déplacée vers l'extrémité de l'avenue qui mène à l'Université du Caire.

De retour au Caire, Mokhtar fonde, en 1924, un groupe d’artistes et d’intellectuels - Égyptiens et Européens - une sorte de petit "Montparnasse" recréé sur les rives du Nil : la Chimère. Leur but est la renaissance de l’art en Égypte, inspirée par des "sujets" égyptiens.

Mokhtar meurt prématurément, à l’âge de 43 ans … avant d'avoir pu être témoin de l’indépendance de son pays.

Il est souvent considéré comme le père de la sculpture égyptienne moderne.

Ses oeuvres sont regroupées, depuis 1962, dans un musée qui lui est consacré dans le jardin El-Hourriya d’El-Guezirah au Caire. Depuis 1984, 79 statues, 8 panneaux de sculpture et 3 maquettes y sont exposées.

Marc Chartier

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