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| The Khan Khalil, 1912, par Walter Tyndale |
À la fin de XIXe siècle, le journaliste Gabriel Charmes a passé plusieurs hivers en Égypte. "Il était vivement épris de la beauté de l'Égypte, passionnément attaché à ses intérêts actuels, curieusement préoccupé des mystères de son passé..."
Dans son ouvrage “Cinq mois au Caire et dans la Basse Égypte”, il relate ainsi sa perception des bazars du Caire :
“Les bazars du Caire ont été décrits mille fois, mais ils défient toute description. Ce sont de longs corridors plafonnés où circule sans cesse une foule considérable. Les voitures ne peuvent y passer, mais on s'y aventure à âne, quoique bien souvent, en étendant les bras, on puisse toucher les murs des deux côtés.
Une série de petites boutiques basses et étroites, espèces de carrés tout au plus aussi élevés que la taille humaine et aussi peu larges qu'élevés, sont remplies des plus grandes richesses.
Chaque bazar comprend une industrie particulière. Il y a le bazar des changeurs on les voit accroupis devant de gros coffres-forts qui contiennent toutes les monnaies imaginables; il y a le bazar des orfèvres, le bazar des parfumeurs, le bazar des marchands de babouches, le bazar des cuivres, le bazar des tarbouches, le bazardes tapis, etc. Le bazar principal, le Khan-Khalil, comprend les principales industries : c'est là qu'on trouve d'admirables coffres-forts, des tapis qui sont des merveilles d'ornementation, de magnifiques bijoux arabes, des faïences persanes de toute beauté, etc., etc.
Je dois l'avouer cependant, le stock des objets réellement remarquables a été en partie épuisé dans ces dernières années par un certain nombre d'amateurs et d'hommes de goût, qui en ont fait renchérir singulièrement les prix. Il ne faut pas être pressé pour faire dans de bonnes conditions des achats au Khan-Khalil.
Les Arabes ne connaissent pas l'adage “Le temps, c'est de l'argent”. Lorsque vous passez dans les bazars, maint marchand vous offre de vous asseoir près de sa boutique, d'y boire du café, au besoin, d'y fumer le narghilé. Il vous montre ensuite sa marchandise ; gardez-vous de vous extasier sur elle. C'est avec la plus grande indifférence que vous devez vous informer du prix de ce qui vous plaît le plus ; encore êtes-vous bien sûr qu'on vous en demandera cinq ou six fois la valeur, vous répondrez par une série de “la la la la” de plus en plus aigus, qui indiqueront votre étonnement et votre indignation, et qui équivaudront à un chapelet de “Non non non non !” de plus en plus négatifs.
Le marché ainsi commencé durera cinq ou six jours. Après de nombreuses heures de repos passées au Khan-Khalil, d'innombrables tasses de café nonchalamment absorbées, d'interminables discussions entreprises avec le marchand, vous arriverez à obtenir de lui des conditions raisonnables. Ce sera le cas de vous écrier “Taïb Taïb” - “Très bien très bien”, et d'emporter votre emplette.
La patience, le goût des longues séances au bord d'une boutique, en face de l'agréable spectacle du bazar, l'amour du café et des phrases étendues sont la première vertu des acheteurs égyptiens. Dans cet étrange pays, rien de moins économique que l'activité, rien de plus prodigue que la précipitation.”
Extrait de “Cinq mois au Caire et dans la Basse Égypte”, par Gabriel Charmes, éditions G. Charpentier, Paris, 1880
Nb : Le Khân el-Khalili a été fondé par Gharkas El-Khalili en 1400.

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