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| Illustration extraite de l’hypogée de Khnoumhotep II |
En dépit de son utilité évidente d’animal corvéable à merci, l’âne n’avait pas bonne réputation dans l’Égypte ancienne. Sur un bas-relief d’un mastaba de l’Ancien Empire, à Saqqarah, il subit des coups de bâton, sans se plaindre depuis des siècles et des siècles.
Il a même été associé à Seth, la divinité maléfique, représentant la nature brutale et hostile.
Pour rendre hommage à ce mal-aimé de la gent animale, nous avons préféré un texte plus “soft”, que nous devons à François Lenormant (1837-1883), dans son ouvrage “Les premières civilisations : études d'histoire et d'archéologie. Archéologie préhistorique. Égypte” :
“...pour ce qui est de l'âne, nous le voyons figurer sur les monuments égyptiens, aussi haut que nous puissions y remonter. Sa représentation est très fréquente dans les tombeaux de l'Ancien Empire, à Gizeh, à Saqqarah, à Abousir.
On n'a certainement pas oublié le délicieux bas-relief du tombeau de Ti (Ve dynastie), représentant une troupe d'ânes, dont le moulage avait été apporté par M. Mariette à l'Exposition universelle de 1867.
Dès la IVe dynastie, l'âne était un animal aussi multiplié en Égypte qu'il l'est encore aujourd'hui. Dans le tombeau de Schafra-Ankh, à Gizeh, publié par M. Lepsius, il est question d'un troupeau de sept cent soixante ânes élevés sur les propriétés du défunt, haut fonctionnaire de la cour du fondateur de la seconde pyramide de Gizeh (IVe dynastie). Dans d'autres tombeaux encore inédits, découverts par M. Mariette, j'ai remarqué des propriétaires qui se vantent d'avoir possédé des milliers d'ânes. Le dire de M. Owen est donc à modifier sur ce point.
Au reste, les faits qui résultent, sur ce sujet, de l'étude des monuments égyptiens n'étaient pas exclusivement propres à l’Égypte. Dès le temps de l'Ancien Empire, la monarchie de la vallée du Nil avait avec l'Arabie-Pétrée et la Palestine méridionale de trop étroits rapports de commerce et de suprématie politique pour ne pas leur avoir emprunté le cheval, s'il avait été connu dans ces contrées. Et, en effet, dans les peintures du célèbre tombeau de Noum-hotep, à Beni-Hassan-el-Qadim, on voit l'arrivée d'une famille d'Aamou, c'est-à-dire de nomades pasteurs de race sémitique, qui viennent s'établir en Egypte avec leurs troupeaux sous un des premiers règnes de la XIIe dynastie (environ 3000 ans avant notre ère). Leurs seules bêtes de somme sont les ânes qui portent le bagage et les enfants.
(...)
Les faits relatifs à l'histoire des solipèdes domestiques en Égypte et dans les pays voisins doivent donc être rétablis de la manière suivante :
1° L'âne était employé d'une manière universelle en Égypte et en Syrie, comme bête de somme, depuis les temps les plus reculés où les monuments fassent remonter.
2° Le cheval, au contraire, resta inconnu dans les pays au sud-ouest de l'Euphrate, jusqu'au temps où les Pasteurs dominaient en Égypte, c'est-à-dire jusqu'aux alentours du XIXe siècle avant l'ère chrétienne.” (François Lenormant)
Marc Chartier

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