samedi 21 juin 2014

Ippolito Rosellini, "l'alter-ego toscan" de Champollion



Fils d'un modeste artisan, Nicolo-Francesco-Ippolito-Baldassare Rosellini naît à Pise, le 13 août 1800. Il étudie dans cette ville, puis à Bologne où il apprend l'hébreu et les langues orientales sous l'égide du futur cardinal Mezzofanti.

En 1824, il revient enseigner dans sa ville natale. Il se passionne pour les travaux de Champollion et publie : "Il sistema geroglifico del signor Champollion". En juin 1825, le grand-duc de Toscane Léopold lui présente Champollion de passage à Florence. "Le docteur Rosellini, jeune homme fort instruit et plein d’ardeur, est accouru ici de Florence, où il a appris mon arrivée à Livourne par la bouche du Grand-Duc. Il passe régulièrement ici quatre jours de la semaine, 'presso il suo caro maestro', et retourne à Pise donner ses leçons à l’université ; c’est un excellent cœur et une tête bien meublée. Il espère venir à Paris pour se perfectionner dans les langues orientales et les études égyptiennes. Son extrait de mon système est bien fait..."

Rosellini vient effectivement suivre les cours de Champollion à Paris. Ils sont "maître et disciple". Mais plus encore, ils deviennent amis !

En 1828, Champollion, alors conservateur des Antiquités égyptiennes du musée Charles X, prépare une expédition pour visiter les monuments d'Égypte et acheter des objets pour les collections royales. Son grand projet est soutenu par le duc de Blacas et le grand-duc de Toscane, et Charles X donne son accord. Ainsi : "les frais seront supportés par le roi de France et le grand-duc de Toscane. Les documents, plans, dessins, notes, seront le bien commun de l'expédition. Quant aux objets provenant de dons ou de fouilles, ils devront être équitablement partagés."

Le 31 juillet 1828, l'expédition franco-toscane embarque pour l’Égypte à bord de "L’Eglé". Autour de Champollion et Rosellini, sont groupés des érudits et des techniciens tant français qu'italiens. Les "argonautes" parcourent les sites de la Vallée du Nil pendant de longs mois.

"A peine étions-nous arrivés à un monument, nous en considérions ensemble attentivement toutes les parties et, distribuant aux dessinateurs qui nous accompagnaient les divers détails dont il nous intéressait d'avoir une copie, nous nous répartissions entre nous deux le travail de décrire le monument et d'en copier les inscriptions... Les dessinateurs toscans copiaient les dessinateurs français et vice versa. Ainsi furent constitués deux portefeuilles complets et identiques. Les mémoires et les documents recueillis au cours de notre voyage et possédés par les deux grâce à nos communications réciproques étaient destinés à une oeuvre commune qui, fournissant de très grands fruits à la science de l'antiquité, honorerait également la France et la Toscane."

Le destin cependant ne devait pas permettre cette réalisation. En mai 1831, Rosellini vient à Paris pour discuter avec Champollion de la publication des "Monuments de l'Égypte et de la Nubie". La contribution de chacun était ainsi définie : "Champollion traitera des monuments historiques proprement dits, de ce qui a trait aux divinités et aux sujets astronomiques et astrologiques ; Rosellini, des arts, des métiers, de la vie quotidienne, des cérémonies religieuses et du domaine funéraire."

Cependant, Champollion prend du retard et le grand-duc demande à Rosellini de hâter la publication. Il est donc contraint de publier seul… Curieuse et triste coïncidence, la maquette du 1er fascicule de l'édition de Florence paraît le jour de la mort de Champollion.

"Il y aura finalement deux publications parallèles, d'ailleurs très voisines, la première, celle des Toscans, achevée bien avant la française confiée à Jacques-Joseph Champollion-Figeac."

Rosellini a rapporté des dessins magnifiques, des reproductions de tombes d'une qualité extraordinaire, signées par un talent inégalé dans les couleurs.

Sa grande personnalité n'est que trop rapidement et légèrement esquissée. Le savant, l'érudit, l'artiste doivent aussi laisser place à "l'homme". Voici un fait - qui n'est peut-être même qu'une simple anecdote - mais qui révèle un peu plus celui que Lenormant décrivait ainsi : "Il est très doux, très complaisant, spirituel et immensément instruit." Au cours de l'expédition, Rosellini, attaché aux libertés et sensible aux aspects humanitaires, avait "acheté" Nadezhda, une nubienne, au marché aux esclaves. Il la ramena avec lui à Florence où il la libéra.

Il meut à Pise le 4 juin 1843.

marie grillot

sources :
Champollion, une vie de lumières, Jean Lacouture, Grasset, 1988
http://www.jstor.org/discover/10.2307/41754308?uid=3738016&uid=2129&uid=2&uid=70&uid=4&sid=21104252712413
http://www.touregypt.net/featurestories/lepsius.htm#ixzz33TqGgmYr
http://www.internetculturale.it/opencms/opencms/it/collezioni/collezione_0092.html
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1991_num_135_4_15043?Prescripts_Search_tabs1=standard&

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