L'URSS et l'Egypte ont signé en 1958 un contrat portant sur la construction d'un barrage et d'une centrale électrique sur le Nil. Moscou a alors accordé au Caire un crédit au niveau de 400 millions de roubles et mis à sa disposition des spécialistes, des équipements et des matières premières. Les travaux ont duré onze ans et coûté deux milliards de dollars, dont 40% ont été concédés par l'Union soviétique.
Pour dégager le terrain qui devait être occupé par la retenue d'eau, soixante mille personnes ont dû quitter leur maison et plusieurs églises et îles ont été inondées. Les monuments historiques les plus précieux ont été sauvés dans le cadre d'un programme de l'UNESCO.
Du 13 au 16 mai 1964, l'Egypte a vécu quatre jours de fête à l'occasion de la mise en eau officielle du fameux barrage d'Assouan. Il devait permettre la régularisation du cours du Nil, l'irrigation de nouvelles terres et la production de dix milliards de kW/h par an. Nikita Khrouchtchev était aux côtés de Nasser pour cette inauguration.
"(...) il n’est pas aisé d’imaginer l’Égypte sans ce très grand ouvrage qui lui a permis de gérer et de rationaliser l’utilisation de la crue du Nil. Que serait ce pays si le rythme du Nil n’avait pas été modifié par la construction de la grande digue ? Les périodes de sécheresses et de crues exceptionnelles auraient continué à marquer la société égyptienne. Comment aurait-elle pu faire face à une croissance démographique qui a été considérable ? Quelle serait aujourd’hui l’ampleur de "sous-développement" ou de "développement" de l’économie égyptienne, et par conséquent de la dépendance économique et politique de l’Égypte ? Mais la disparition de ce phénomène immémorial que fut la crue du Nil n’a pas été sans conséquences préoccupantes, ne serait-ce qu’en raison de la disparition des limons qu’elle apportait.
(...)
"En termes hydrauliques, la différence fondamentale entre l’avant et l’après-Assouan, c’est la capacité du stockage du pays: 4 milliards de mètres cubes d’eau avant 1964 et 165 milliards depuis. Cela impliquait automatiquement deux transformations d’une importance capitale : la fin des cycles de crues parfois catastrophiques qui alors emportaient presque tout et endeuillaient plusieurs milliers de familles. Plus fréquentes, les crues trop faibles réduisaient à presque rien les récoltes et provoquaient des situations dramatiques. Par ailleurs, en augmentant la capacité de stockage, les responsables égyptiens se sont donné, enfin, les moyens techniques de gérer, au mètre cube près, la réserve des eaux du Nil, et ce en amont de l’ensemble du système hydraulique. En 1964, le Nil, certes toujours majestueux, a cessé d’être le fleuve capricieux et arrogant pour devenir un grand canal dont le débit est désormais déconnecté du rythme naturel régi par les précipitations sur ses sources. Il s’agit là d’une véritable révolution hydraulique dont les échos ont résonné, et résonnent peut-être encore à une échelle internationale." (Habib Ayeb, Hérodote,n° 103 - avril 2001)
Marc Chartier

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