Philae ne pouvait disparaître.
Philae est une île du Nil, non loin d’Assouan, sur laquelle fut érigé un ensemble de monuments consacrés presque tous à la déesse Isis.
Toute rayonnante dans sa splendeur, elle eut cependant à supporter les manifestations régulières - plusieurs mois dans l’année -, mais bien contrôlées, d’un encombrant envahisseur voisin : le lac de retenue du barrage d’Assouan.
La première version de cet ouvrage d’art fut construite de 1898 à 1902. Son but était d'augmenter l’étendue des terres cultivables et ainsi d’accroître la production de coton. Mais les dommages causés par les eaux du lac devenaient de plus en plus dramatiques. Maspero, haut responsable d’alors des Antiquités de l'Égypte, tenta de sensibiliser les autorités sur le sort de Philae. Mais en vain.
Pierre Loti entreprit, à sa manière, d’alerter l'opinion mondiale dans "La mort de Philae" : "Nous sommes dans un grand décor tragique, sur un lac environné d'une sorte d'amphithéâtre terrible que dessinent de tous côtés les montagnes du désert… Aujourd'hui, à cause du 'barrage' établi par les Anglais, l'eau a monté, monté, ainsi qu'une marée qui ne redescendrait plus ; ce lac, presque une petite mer, remplace les méandres du fleuve et achève d'engloutir les îlots sacrés. Le sanctuaire d'Isis, qui trônait là depuis des millénaires au sommet d'une colline chargée de temples, de colonnades et de statues, émerge encore à demi, seul et bientôt noyé lui-même…"
L’on connaît la suite : au premier barrage succéda le Haut Barrage, construit avec l’aide du grand ami soviétique, et mis en service en 1970. Les dommages subis par les richesses archéologiques de Philae se firent alors plus menaçants.
Un appel international, pour le sauvetage de l’île, fut lancé par René Maheu, directeur général de l’Unesco et cela permit de réunir les fonds nécessaires au sauvetage des temples (15 millions de dollars, dont un tiers fourni par l’Égypte).
Il ne restait plus qu’à faire intervenir la technique. Celle qui fut adoptée venait de faire ses preuves au temple d’Abou Simbel.
Mais particularité de ce nouveau chantier colossal : "avant de se lancer dans l'entreprise de démontage, il était indispensable d'assécher les monuments et de les nettoyer de la boue qui les avait recouverts durant les années d'immersion partielle. Deux ans furent nécessaires, d'août 1972 à mai 1974, à la Compagnie égyptienne du Haut-Barrage pour entourer les principaux monuments de l'île d'un batardeau, barrage d'acier long de 752 mètres et haut de 15 mètres, constitué de deux cerclages entre lesquels fut injecté 1.000.000 m3 de sable provenant du désert à l'est de Shellal."
Une fois dégagées des eaux, toutes les constructions furent démontées, pierre par pierre (soit 49.000 blocs de grès), puis "déménagées", à 300 mètres en aval de Philae, sur l'île d'Agilkia qui avait été préalablement nivelée, abaissée de 150 à 116 mètres au-dessus du niveau de la mer et remodelée afin d'imiter la topographie de Philae (forme d’un oiseau), le surplus de rochers servant à en élargir la surface au nord-est et au sud-est.
L’opération dura de 1974 et 1976.
La "nouvelle" Philae fut inaugurée le 10 mars 1980. Aujourd'hui seul est visible, de l’ancienne île, un point culminant émergeant sous la forme d'un rocher.
Marc Chartier
sources :
http://pp.education.francetv.fr/videos/le-sauvetage-du-temple-d-isis-de-philae-en-egypte-v106816http://unesdoc.unesco.org/images/0000/000015/001590fo.pdf
http://ema.revues.org/3216#tocto1n8
http://unesdoc.unesco.org/images/0003/000386/038694fb.pdf

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