Cette statuette féminine de calcaire peint, haute de 17,3 cm et large de 4,6 cm, est datée du début de la XVIIIe dynastie, des règnes d'Ahmôsis Ier ou Amenhotep Ier (env. 1550-1504 av. J.-C.). Elle représente Taweret debout, vêtue d'une longue robe blanche, très simple, sans liseré ni ornement, dont les bretelles sont peintes. Bien qu'elle ne soit pas très près du corps, cette tenue laisse deviner certains détails de son anatomie : sa poitrine bien formée, ses hanches, ses genoux, ... Ses pieds, dont le gauche est très légèrement avancé, sont nus. Son bras droit est pendant le long du corps alors que le gauche est replié sous la poitrine. Sa main est refermée sur une tige florale qu'elle maintient entre ses seins. Pour le Metropolitan Museum of Art de New York, où elle est exposée sous le n° 26.7.1404 : "Le bouton de lotus pourrait symboliser la jeunesse de Taweret. Cette fleur non éclose, rarement représentée dans les statues, pourrait indiquer que cette jeune personne est morte prématurément".
Son visage, d'une belle symétrie, affiche des joues rondes. Ses grands yeux étirés, surmontés d'épais sourcils arqués, conservent quelques traces de la peinture noire qui les colorait. Son nez est droit et ses lèvres semblent esquisser un sourire. Le sentiment que fait naître cette représentation est que le sculpteur semble avoir concentré toute son attention, tout son savoir-faire, sur le traitement de la coiffure, qui se révèle travaillée aussi bien sur le devant qu'à l'arrière. Dans "Hatshepsut : From Queen to Pharaoh", Edna R. Russmann la décrit avec précision : "La partie avant de la coiffure de Taweret est une masse de tresses. Ramenées sur ses épaules et ornées d'une mèche torsadée de chaque côté de son visage, elles forment un cadre imposant qui met en valeur ses traits ronds et agréables. Nous voyons ici, pour la première fois ou presque, une coiffure qui allait rester extrêmement populaire pendant quatre générations, voire plus. La coiffure de Taouret rappelle une coiffure plus ancienne : elle est divisée en trois tresses épaisses qui sont resserrées, dévoilant une partie de sa nuque et de son cuir chevelu. Des versions de cette coiffure sont apparues pour la première fois sur des figures de fertilité nues du Moyen Empire, mais au début de la XVIIIe dynastie, elle était considérée comme appropriée pour l'image funéraire d'une femme vêtue".
L'identité du personnage a pu être connue grâce aux inscriptions gravées sur le pilier dorsal ainsi que sur le socle rectangulaire. "À l'arrière de la figure, un pilastre rectangulaire porte une formule d'offrande dans laquelle Osiris est appelé à 'donner tout ce qui est bon et pur à l'esprit de Ta-weret' ; et sur le côté droit de la base, une seconde inscription nous apprend que 'c'est sa fille, Henwetiroy, qui fait vivre son nom'' précise William C. Hayes dans "The Scepter of Egypt" (Vol. 2). Ainsi indique le Metropolitan : "Cette statuette a été offerte à Taweret par sa mère, ce qui laisse supposer qu'elle était célibataire et vivait chez elle"…
Cette statuette provient de Thèbes, où elle a été mise au jour par… Howard Carter et Lord Carnarvon, dix ans avant qu'ils ne découvrent la tombe de Toutankhamon !
| Zone de l'Assassif fouillée par Lord Carnarvon et Howard Carter - photo publiée dans "Five Years of Explorations at Thebes, A Record of Work Done 1907-1911", London, Oxford, New York, 1912 |
Le musée sera alors fier de voir "sa représentation de l'art égyptien grandement améliorée par l'acquisition de cette magnifique collection qui était certainement l'une des dernières grandes collections privées restant en Europe" (Albert M. Lythgoe, "The Carnarvon Egyptian Collection", The Metropolitan Museum of Art Bulletin, vol. 22, n° 2, February 1927)… C'est ainsi que Taweret, après avoir quitté Thèbes pour le Royaume-Uni, a rejoint le grand musée new-yorkais…
marie grillot
sources :
Statuette of Taweret
https://www.metmuseum.org/art/collection/search/560727
5th Earl of Carnarvon, Howard Carter, Five Years of Explorations at Thebes, A Record of Work Done 1907-1911, London, Oxford, New York, 1912
https://archive.org/details/fiveyearsexplora00carnuoft/page/58/mode/2up
Percy E. Newberry, H. R. Hall, Catalogue of an Exhibition of Ancient Egyptian Art, London : Burlington Fine Arts Club, 1922. p. 63 B, pl. 11.
https://archive.org/details/catalogueofexhib00burlrich
Albert M. Lythgoe, The Carnarvon Egyptian Collection, The Metropolitan Museum of Art Bulletin, vol. 22, no. 2, February 1927
https://www.jstor.org/stable/3255628?seq=2#metadata_info_tab_contents
William C. Hayes, The Scepter of Egypt: A Background for the Study of the Egyptian Antiquities in The Metropolitan Museum of Art. Vol. 2, The Hyksos Period and the New Kingdom (1675-1080 B.C.), New York, 4e imp., revue, 1990
https://www.metmuseum.org/art/metpublications/The_Scepter_of_Egypt_Vol_2_The_Hyksos_Period_and_the_New_Kingdom_1675_1080_BC
Thomas Garnet Henry James, Howard Carter, The path to Tutankhamun, TPP, 1992
https://archive.org/stream/HowardCarterThePathToTutankhamunBySam/Howard+Carter+The+Path+to+Tutankhamun+By+Sam_djvu.txt
Catharine H. Roehrig, Renée Dreyfus, Cathleen A. Keller, Hatshepsut: From Queen to Pharaoh, Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.), 2005
https://books.google.fr/books?id=pvhNq307q9gC&pg=PA95&lpg=PA95&dq=hatnefer%27s%20chair&source=bl&ots=cV0B5g-
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