samedi 18 avril 2026

Une statuette pour qu'Osiris "donne tout ce qui est bon et pur à l'esprit de Taweret"



Statuette de Taweret - calcaire peint - Nouvel Empire - XVIIIe dynastie - règne d'Ahmôsis Ier - Amenhotep Ier - vers 1550-1504 av. J.-C.
découverte par Lord Carnarvon et Howard Carter, en 1912, dans la nécropole d'Assassif - fosse de la tombe CC 51 - secteur dénommé "Birabi"
Metropolitan Museum of Art de New York - n° 26.7.1404 (par acquisition en 1926 de la Collection Carnarvon à sa veuve Lady Almina) - photo du musée


Cette statuette féminine de calcaire peint, haute de 17,3 cm et large de 4,6 cm, est datée du début de la XVIIIe dynastie, des règnes d'Ahmôsis Ier ou Amenhotep Ier (env. 1550-1504 av. J.-C.). Elle représente Taweret debout, vêtue d'une longue robe blanche, très simple, sans liseré ni ornement, dont les bretelles sont peintes. Bien qu'elle ne soit pas très près du corps, cette tenue laisse deviner certains détails de son anatomie : sa poitrine bien formée, ses hanches, ses genoux, ... Ses pieds, dont le gauche est très légèrement avancé, sont nus. Son bras droit est pendant le long du corps alors que le gauche est replié sous la poitrine. Sa main est refermée sur une tige florale qu'elle maintient entre ses seins. Pour le Metropolitan Museum of Art de New York, où elle est exposée sous le n° 26.7.1404 : "Le bouton de lotus pourrait symboliser la jeunesse de Taweret. Cette fleur non éclose, rarement représentée dans les statues, pourrait indiquer que cette jeune personne est morte prématurément".

Statuette de Taweret - calcaire peint - Nouvel Empire - XVIIIe dynastie - règne d'Ahmôsis Ier - Amenhotep Ier - vers 1550-1504 av. J.-C.
découverte par Lord Carnarvon et Howard Carter, en 1912, dans la nécropole d'Assassif - fosse de la tombe CC 51 - secteur dénommé "Birabi"
Metropolitan Museum of Art de New York - n° 26.7.1404 (par acquisition en 1926 de la Collection Carnarvon à sa veuve Lady Almina) - photo du musée

Son visage, d'une belle symétrie, affiche des joues rondes. Ses grands yeux étirés, surmontés d'épais sourcils arqués, conservent quelques traces de la peinture noire qui les colorait. Son nez est droit et ses lèvres semblent esquisser un sourire. Le sentiment que fait naître cette représentation est que le sculpteur semble avoir concentré toute son attention, tout son savoir-faire, sur le traitement de la coiffure, qui se révèle travaillée aussi bien sur le devant qu'à l'arrière. Dans "Hatshepsut : From Queen to Pharaoh", Edna R. Russmann la décrit avec précision : "La partie avant de la coiffure de Taweret est une masse de tresses. Ramenées sur ses épaules et ornées d'une mèche torsadée de chaque côté de son visage, elles forment un cadre imposant qui met en valeur ses traits ronds et agréables. Nous voyons ici, pour la première fois ou presque, une coiffure qui allait rester extrêmement populaire pendant quatre générations, voire plus. La coiffure de Taouret rappelle une coiffure plus ancienne : elle est divisée en trois tresses épaisses qui sont resserrées, dévoilant une partie de sa nuque et de son cuir chevelu. Des versions de cette coiffure sont apparues pour la première fois sur des figures de fertilité nues du Moyen Empire, mais au début de la XVIIIe dynastie, elle était considérée comme appropriée pour l'image funéraire d'une femme vêtue".

Statuette de Taweret - calcaire peint - Nouvel Empire - XVIIIe dynastie - règne d'Ahmôsis Ier - Amenhotep Ier - vers 1550-1504 av. J.-C.
découverte par Lord Carnarvon et Howard Carter, en 1912, dans la nécropole d'Assassif - fosse de la tombe CC 51 - secteur dénommé "Birabi"
Metropolitan Museum of Art de New York - n° 26.7.1404 (par acquisition en 1926 de la Collection Carnarvon à sa veuve Lady Almina) - photo du musée


L'identité du personnage a pu être connue grâce aux inscriptions gravées sur le pilier dorsal ainsi que sur le socle rectangulaire. "À l'arrière de la figure, un pilastre rectangulaire porte une formule d'offrande dans laquelle Osiris est appelé à 'donner tout ce qui est bon et pur à l'esprit de Ta-weret' ; et sur le côté droit de la base, une seconde inscription nous apprend que 'c'est sa fille, Henwetiroy, qui fait vivre son nom'' précise William C. Hayes dans "The Scepter of Egypt" (Vol. 2). Ainsi indique le Metropolitan : "Cette statuette a été offerte à Taweret par sa mère, ce qui laisse supposer qu'elle était célibataire et vivait chez elle"…


Cette statuette provient de Thèbes, où elle a été mise au jour par… Howard Carter et Lord Carnarvon, dix ans avant qu'ils ne découvrent la tombe de Toutankhamon !

à gauche : Lord Carnarvon (Highclere, RU - 26-6-1866 - Hôtel Continental-Savoy, Le Caire, Egypte - 5-4-1923)
et, à droite, Howard Carter (Londres 9-5-1874 - 2-3-1939) (photographiés par Harry Burton ? près de la KV 62 entre novembre 1922 et avril 1923)
se sont rencontrés à Louqsor, en janvier 1909, grâce à Gaston Maspero : ils découvriront, en novembre 1922, la tombe de Toutankhamon

Lord Carnarvon, qui avait obtenu en 1906, par Lord Cromer une concession à Cheikh Abd el-Gournah s'était lancé - en dilettante et sans grand succès dans les fouilles, alors que Howard Carter, suite à l'affaire de Saqqarah, avait perdu son poste au Service des Antiquités. Gaston Maspero qui est alors à la tête du service des antiquités les mettra en contact… Ils se rencontrent mi-janvier 1909 à Louqsor et Carnarvon propose à Carter "une somme énorme pour entreprendre, dès février plusieurs mois de fouilles à Drah abou’l Neggeh" (T.G.H. James, "Howard Carter, The path to Tutankhamun"). En 1910, ils commencent à travailler dans d'Assassif, une zone que dans leur ouvrage "Five Years of Explorations at Thebes", ils dénomment "Birabi", précisant que : "Profondément sous les fondations du temple de la vallée de la reine Hatshepsout, dans le 'Birabi', se trouvent des tombes taillées dans le roc, de type puits et couloir…" C'est en 1912, dans la fosse de la tombe CC 51 (la référence des tombes qu'ils mettaient au jour débutait par leurs deux initiales), qu'est trouvée cette statue. A la fin de la mission, lors du partage des "trouvailles", Lord Carnarvon s'en portera acquéreur. Il la prêtera plus tard pour l' "Exhibition of Ancient Egyptian Art" organisée en 1922 au Burlington Fine Arts Club de Londres. Sa description, sous le n° 80 du catalogue rédigé Percy Newberry, nous apprend par ailleurs que, de cette même inhumation, provient un miroir (MET 26.7.835a, b)…
Zone de l'Assassif fouillée par Lord Carnarvon et Howard Carter - photo publiée dans
"Five Years of Explorations at Thebes, A Record of Work Done 1907-1911", London, Oxford, New York, 1912

Le 5 avril 1923, soit cinq mois après l'incroyable découverte du tombeau du jeune roi entouré d'un trésor fabuleux, Lord Carnarvon s'éteint au Continental Savoy du Caire. Dans un codicille à son testament, destiné à son épouse Lady Almina, il avait exprimé ses volontés sur le devenir de sa collection d'antiquités égyptiennes au cas où elle serait amenée à s'en séparer. Ce qu'elle fera, Howard Carter étant alors chargé des négociations... Grâce à la générosité d'Edward S. Harkness, le Metropolitan Museum of Art de New York s'en portera acquéreur, en 1926, pour la somme de $ 145.000.

Statuette de Taweret - calcaire peint - Nouvel Empire - XVIIIe dynastie - règne d'Ahmôsis Ier - Amenhotep Ier - vers 1550-1504 av. J.-C.
découverte par Lord Carnarvon et Howard Carter, en 1912, dans la nécropole d'Assassif - fosse de la tombe CC 51 - secteur dénommé "Birabi"
Metropolitan Museum of Art de New York - n° 26.7.1404 (par acquisition en 1926 de la Collection Carnarvon à sa veuve Lady Almina) - photo du musée

Le musée sera alors fier de voir "sa représentation de l'art égyptien grandement améliorée par l'acquisition de cette magnifique collection qui était certainement l'une des dernières grandes collections privées restant en Europe" (Albert M. Lythgoe, "The Carnarvon Egyptian Collection", The Metropolitan Museum of Art Bulletin, vol. 22, n° 2, February 1927)… C'est ainsi que Taweret, après avoir quitté Thèbes pour le Royaume-Uni, a rejoint le grand musée new-yorkais…


marie grillot

 

sources : 

Statuette of Taweret

https://www.metmuseum.org/art/collection/search/560727

5th Earl of Carnarvon, Howard Carter, Five Years of Explorations at Thebes, A Record of Work Done 1907-1911, London, Oxford, New York, 1912

https://archive.org/details/fiveyearsexplora00carnuoft/page/58/mode/2up

Percy E. Newberry, H. R. Hall, Catalogue of an Exhibition of Ancient Egyptian Art, London : Burlington Fine Arts Club, 1922. p. 63 B, pl. 11.

https://archive.org/details/catalogueofexhib00burlrich

Albert M. Lythgoe, The Carnarvon Egyptian Collection, The Metropolitan Museum of Art Bulletin, vol. 22, no. 2, February 1927

https://www.jstor.org/stable/3255628?seq=2#metadata_info_tab_contents

William C. Hayes, The Scepter of Egypt: A Background for the Study of the Egyptian Antiquities in The Metropolitan Museum of Art. Vol. 2, The Hyksos Period and the New Kingdom (1675-1080 B.C.), New York, 4e imp., revue, 1990

https://www.metmuseum.org/art/metpublications/The_Scepter_of_Egypt_Vol_2_The_Hyksos_Period_and_the_New_Kingdom_1675_1080_BC

Thomas Garnet Henry James, Howard Carter, The path to Tutankhamun, TPP, 1992

https://archive.org/stream/HowardCarterThePathToTutankhamunBySam/Howard+Carter+The+Path+to+Tutankhamun+By+Sam_djvu.txt

Catharine H. Roehrig, Renée Dreyfus, Cathleen A. Keller, Hatshepsut: From Queen to Pharaoh, Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.), 2005

https://books.google.fr/books?id=pvhNq307q9gC&pg=PA95&lpg=PA95&dq=hatnefer%27s%20chair&source=bl&ots=cV0B5g-

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