Suite à sa nomination, le 1er juin 1858 au poste de directeur ("mamour") du tout nouveau Service des Antiquités de l'Égypte, Auguste Mariette dresse une liste de 35 sites qui seront autant de chantiers de fouilles. Ils emploieront plus de 2500 hommes ! On y trouve notamment Tanis, Memphis et Saqqarah, Thèbes et Deir el-Bahari, Esnah, Edfou, Denderah, et puis … Abydos où son profond et intime désir est d'y retrouver le tombeau d'Osiris…
Ce lieu de culte, cette terre "consacrée par excellence", sur laquelle les pharaons ont fait construire des temples magnifiques et où les pèlerins affluaient dévotement, a perdu toute sa splendeur passée…
Auguste Mariette (Boulogne-sur-Mer, 12 février 1821 - Le Caire, 18 janvier 1881) a été nommé premier directeur du Service des Antiquités d'Egypte, le 1er juin 1858 |
Son admiration pour cette statuette n'est pas surfaite car elle ne cesse de charmer ceux qui ont le plaisir de la voir. Gaston Maspero, qui l'a décrit dans son "Guide du visiteur au Musée du Caire 1902" (n°891), note l'excellence de sa facture : "Le tout est harmonieux et fondu sans que la moindre bavure d'un émail émousse la netteté du trait. Ce résultat est d'autant plus remarquable que les verres employés pour obtenir les couleurs sont fusibles à des températures assez différentes, et que la statuette a dû être passée au feu un certain nombre de fois avant d'être achevée". En 1937, Percy E. Newberry, qui la présente sous le n° 48406 de son "Catalogue général du Musée du Caire N° 48274-48575 - Funerary Statuettes and Model Sarcophagi", partage cette analyse : "Technique. Glaçure et travail d'une qualité exquise. Conservation. Parfaite".
Les ouchebtis (chaouabtis), qu'ils soient en bois, en calcaire, en terre cuite, en fritte ou en faïence, sont généralement "momiformes", bras croisés sur la poitrine. Leur rôle est de "servir" le défunt, de se substituer à lui pour accomplir les corvées dans l'au-delà. C'est ainsi que, au Nouvel Empire, ces "serviteurs" ou "répondants" apparaissent le plus souvent tenant une houe dans chaque main, un sac à graines accroché dans le dos. Ce n'est cependant pas le cas de celui-ci dont les mains fermées sont vides et qui, en lieu et place du sac, arbore, de part et d'autre de la perruque, un chacal reposant sur une chapelle. Les hiéroglyphes calligraphiés sur les oushebtis étaient destinés à les "activer" ; "nominatifs", ils permettent aujourd'hui d'identifier le défunt auquel ils "répondaient""…
Ainsi, ceux qui "enveloppent" la majeure partie du corps de Ptahmose reprennent le chapitre 6 du Livre des Morts qui exhorte l'oushebti à travailler à la place du défunt. Quant à la colonne médiane, elle révèle l'identité de son propriétaire. Il s'agit de Pthamose (Pthamosé, Pthamès), qui occupait, probablement sous le règne d'Amenhotep III, les très hautes fonctions de vizir, préfet et premier prophète d'Amon à Thèbes.
Dans leur "Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire", Mohamed Saleh et Hourig Sourouzian précisent : "Selon la tradition, à Abydos, le dieu des morts Osiris auquel s'identifiait le défunt, recevait de sa part une dédicace. Elle consiste ici en une statuette représentant Pthamosé momiforme, le corps enveloppé dans une gaine, les bras croisés sur la poitrine qu'un vautour protège de ses ailes déployées. Un large collier orne son cou, sa coiffure est rayée de stries jaunes et violettes".
Dans le volume 26-27 du "Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes" (1895), Georges Legrain a publié une étude fort intéressante sur la statuette cherchant à affiner la datation de "ce chef-d'œuvre de l'industrie égyptienne" et visant à mieux connaître le personnage, en le comparant notamment "avec celui de la stèle n° 88 de Lyon"… Il estime par ailleurs que : "Il y a toute apparence pour que le tombeau de ce personnage soit à Thèbes. Il eut sans doute, en bon dévot à Osiris qu'il était, un ex-voto, voire même une petite chapelle à Abydos, et c'est de là que proviendrait la statuette que Mariette découvrit, mais ce qui me fait penser à une sépulture thébaine, c'est une remarque de M. Daressy : 'On n'a signalé jusqu'à présent de cônes funéraires que dans les tombes thébaines'… dit-il. Or, dans son 'Recueil de Cônes funéraires', M. Daressy, au n° 112, a publié celui de Ptahmos lui-même, en indiquant comme provenance le Musée d'Orléans et la collection Baillet. Il fut acheté à Louqsor, en 1889, et ceci est une confirmation de l'idée que nous avons que le tombeau de Ptahmos doit se trouver dans la colline thébaine. Je pense que celui d'entre les savants qui découvrira le tombeau de Ptahmos aura une heureuse surprise, et je souhaite qu'il y recueille encore quelques statuettes comme celle du Musée du Caire…".
Un examen attentif de diverses photos de cet oushebti "CG 48406" a amené à constater de très légères différences … Se pourrait-il qu'il en existe un second exemplaire - très semblable - qui aurait reçu la même référence ? En effet, celui qui illustre sa notice - n° 150 - du "Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire" de Mohamed Saleh et Hourig Sourouzian ressemble en tous points à celui exposé au Musée de Louqsor, à la différence que le relief de la croisée des bras est moins arrondi (plus marqué aux coudes), contrariant ainsi le bas du corps du vautour et rendant moins lisible la première ligne de signes hiéroglyphiques … L'existence de deux exemplaires pourrait (?) trouver un écho dans une phrase de Lawrence M. Berman dans "Amenophis III" le pharaon-soleil" qui, rappelant que son règne "fut une grande époque pour les figurines funéraires, non seulement par leur nombre mais aussi par la qualité et la diversité des matériaux" évoque : "CELLES de Pthamès" comme étant "de délicieux exemples en faïence polychrome"…
marie grillot
sources :
Global Cairo Museum - A remarkable statuette, made out of faience, depicts a Shawabti of Ptahmose, who was the vizier, the mayor, and the high priest of Amun at Thebes - CG 48406
https://www.globalegyptianmuseum.org/record.aspx?id=14849
Auguste Mariette, Catalogue général des monuments d'Abydos découverts pendant les fouilles de cette ville, Imprimerie Nationale, Paris, 1880, p. 61, n° 408
https://archive.org/details/cataloguegnr00mari/page/60/mode/2up
Victor Loret, Les statuettes funéraires du Musée de Boulaq, Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, volume VI, F. Vieweg Librairie, Paris, 1883, n° 178
Gaston Maspero, Guide du visiteur du musée de Boulaq, édition 1883, TYP. Adolphe Holzhausen, Vienne, 1883, p. 105, n° 3262
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6305105w.texteImage
Gaston Maspero, Guide du visiteur au Musée du Caire, IFAO, Le Caire, 1902, p. 291, n° 891
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57248808/f444.item.r=gaston+maspero.langFR.texteImage
Georges Legrain, La statuette funéraire de Ptahmos, Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, nouvelle série- tome dixième (26?), Editeur Emille Bouillon, Paris, 1904, p. 81
https://archive.org/details/recueildetravau00cairgoog/page/n91/mode/2up
Percy E. Newberry, Catalogue général du Musée du Caire N° 48274-48575, Funerary Statuettes And Model Sarcophagi. Fasc. II, Institut français d'archéologie orientale, Le Caire, 1937, p. 344
https://archive.org/details/NewberryCG4827448575FascII1937/page/n39/mode/2up
Percy E. Newberry, Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire N° 46530-48575 Funerary Statuettes and Model Sarcophagi. Fasc. III, Indices et planches, Institut français d'archéologie orientale, Le Caire, 1957, planche XXVII
https://archive.org/details/NewberryFuneraryStatuettesIII1957/page/n59/mode/2up
Bertha Porter and Rosalind L. B. Moss, Topographical Bibliography of Ancient Egyptian Hieroglyphic Texts, Reliefs, and Paintings - V. Upper Egypt : Sites (Deir Rifa to Aswan, Excluding Thebes and the Temples of Abydos, Dendera, Esna, Edfu, Kom Ombo and Philae), Griffith Institute, Ashmolean Museum Oxford, First published 1937 by the Oxford University Press Re-issued by the Griffith Institute 1962
http://www.griffith.ox.ac.uk/topbib/pdf/pm5.pdf
Betsy Bryan, Arielle P. Kozloff, Lawrence M. Berman, Élisabeth Delange, Aménophis III, le Pharaon-Soleil, Réunion des musées nationaux, 1993, p. 269
Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire, Mohamed Saleh, Hourig Sourouzian, Verlag Philippe von Zabern, 1997, n° 150
Guide National Geographic, Les Trésors de l'Egypte ancienne au musée égyptien du Caire, 2004, p. 489
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