mercredi 17 février 2021

La tombe de Ramsès Ier et les interrogations sur sa momie...

Pharaon est accueilli dans l'au-delà par Anubis et Horus
Tombe de Ramsès Ier - Vallée des Rois - KV 16 - XIXe dynastie
Découverte le 11 octobre 1817 par Giovanni Battista Belzoni pour le compte du Consul Henry Salt

Début octobre 1817, Giovanni Battista Belzoni, qui travaille pour le compte du consul britannique Henry Salt, charge une équipe d'une vingtaine de fellahs de réaliser des sondages dans la Vallée des Rois. Le 11 octobre, alors qu'ils sont à l'œuvre dans le ouadi sud-est, leurs recherches sont couronnées par une belle découverte. Elle est ainsi relatée par Belzoni dans "Voyage en Égypte et en Nubie"  : "Vers midi on m'annonça que l'entrée de la tombe découverte la veille avait été élargie assez pour que nous puissions y pénétrer… J'entrais le premier dans l'ouverture qu'on venait de percer afin de voir si la voie était praticable. Après avoir parcouru un passage long de trente-deux pieds et large de huit, je descendis un escalier  de trente-huit pieds, et arrivais dans une salle assez grande ornée de belles peintures". 
Tombe de Ramsès Ier - Vallée des Rois KV 16 - XIXe dynastie
Découverte le 11 octobre 1817 par Giovanni Battista Belzoni pour le compte du Consul Henry Salt

La clé de lecture des hiéroglyphes n'étant pas encore connue, son "propriétaire" - Ramsès Ier - ne sera identifié que quelques années plus tard.

Avec une superficie d'à peine 148 m2, cette tombe - référencée KV 16 - est l'une des plus petites de la nécropole. Son  plan architectural est simple, rectiligne avec une entrée en escalier suivie d'un corridor en pente qui débouche sur un second escalier desservant directement la chambre funéraire.

Panneau signalétique avec plan de la tombe de Ramsès Ier - Vallée des Rois KV 16 - XIXe dynastie
Découverte le 11 octobre 1817 par Giovanni Battista Belzoni pour le compte du Consul Henry Salt


"Il est clair que le plan doit beaucoup à la tombe d'Horemheb (KV 57). Cela apparaît particulièrement dans le style décoratif, l'usage du gris bleu comme fond pour les scènes et les textes. Certains pensent que les mêmes artistes furent à l'origine de ces deux tombes" précise Kent Weeks.


Les scènes pour lesquelles "on a renoncé à tout relief" (Erik Hornung) se révèlent d'une haute qualité picturale et séduisent par leur richesse chromatique d'une harmonie lumineuse. Les hiéroglyphes sont d'une finesse extraordinaire et les cartouches du roi sont déclinés sur fond blanc. La partie basse des vignettes est, sur l'ensemble du pourtour, bordée de deux épaisses bandes de couleur : la première jaune bordée de noir, la seconde ocre rouge. Puis, le reste de la paroi, jusqu'au sol, est peint en noir. Quant à la partie supérieure bordant le plafond qui n'a pas été peint, elle est composée d'une frise de khekerous reposant sur une bande alternant des rectangles colorés.

Un prêtre debout devant Osiris se prépare à recevoir Ramsès Ier conduit par Horus, Atoum et Neith
Tombe de Ramsès Ier - Vallée des Rois KV 16 - XIXe dynastie
découverte le 11 octobre 1817 par Giovanni Battista Belzoni pour le compte du Consul Henry Salt


"L'entrée de la chambre sépulcrale est gardée par deux figures de la déesse Maât, qui accueillent le défunt ; le roi est représenté en présence des dieux memphites, Ptah et Nefertoum, et des divinités d'Abydos figurées par le pilier-djed d'Osiris et le nœud d'lsis. Sur les murs latéraux, plusieurs scènes du Livre des Portes évoquent le parcours nocturne du Soleil. Le mur du fond associe une scène osirienne, à droite, et une scène solaire, à gauche. À l'extrême gauche, le roi est figuré en position de jubilation entouré des Âmes de Pé et des Âmes de Nekhen, les ancêtres mythiques de la royauté".

Ramsès Ier face au dieu Nefertoum
Tombe de Ramsès Ier - Vallée des Rois KV 16 - XIXe dynastie
Découverte le 11 octobre 1817 par Giovanni Battista Belzoni pour le compte du Consul Henry Salt

La chambre est pourvue de trois petites salles "annexes". Dans celle creusée dans la paroi sud-ouest est déclinée une très belle scène représentant Osiris debout, entre une divinité à tête de bélier et la déesse serpent Nesret, "le souffle enflammé" (il s'agit, en fait, de l'Uræus).

On note, en hauteur, la présence de quatre petites niches destinées à accueillir les "briques magiques".

L'une des niches destinées à accueillir les "briques magiques"
Tombe de Ramsès Ier - Vallée des Rois KV 16 - XIXe dynastie
Découverte le 11 octobre 1817 par Giovanni Battista Belzoni pour le compte du Consul Henry Salt

La majeure partie de la pièce est occupée par un imposant sarcophage de granite rouge. Bien qu'endommagé lors de pillages, son couvercle bombé est toujours là. "Le sarcophage a été hâtivement terminé comme en témoigne sa décoration. En effet, il est simplement peint en jaune, les textes et figures n'ayant pas eu le temps d'être incisés. De plus les représentations des deux déesses, sœurs et protectrices de leur frère mort Osiris, sont assez maladroitement réalisées. Comme il est de coutume, Isis est au pied et Nephthys à la tête du sarcophage. Les deux déesses se tiennent sur le signe hiéroglyphique "noub" qui représente l'or" précise Thierry Benderitter (osirisnet).

L'imposant sarcophage de granit rouge 
Tombe de Ramsès Ier - Vallée des Rois KV 16 - XIXe dynastie
Découverte le 11 octobre 1817 par Giovanni Battista Belzoni pour le compte du Consul Henry Salt

Comme nous l'a précisé Ali Reda Mohamed, inspecteur en charge du site, cette tombe, qui était fermée depuis 2008 pour restauration par une équipe égyptienne, a été réouverte au public le 2 janvier 2021.

A l'occasion de son inauguration par Khaled el-Enani, le Ministère du Tourisme et des Antiquités avait ainsi détaillé les travaux réalisés : "Les sols ont été restaurés et les murs ont été nettoyés des déjections d'oiseaux et de chauves-souris... Les inscriptions existantes ont été, elles-aussi, restaurées et nettoyées et la suie a été enlevée... Le sarcophage a également, bénéficié des soins des restaurateurs et le système d'éclairage a été amélioré"…
Un membre de l'équipe égyptienne de restauration nettoyant le sarcophage
Tombe de Ramsès Ier - Vallée des Rois - KV 16 - XIXe dynastie
découverte le 11 octobre 1817 par Giovanni Battista Belzoni pour le compte du Consul Henry Salt
réouverte au public après restauration le 2 janvier 2021 - photo Ali Reda Mohamed


Lorsque Pa-Ramessou, haut dignitaire et militaire aguerri, fut choisi par Horemheb pour lui succéder, il était déjà âgé d'une cinquantaine d'années. Vers 1306-1307 avant J.-C., il devient pharaon sous le nom de Ramsès Ier. Ainsi, cette XIXe dynastie, initiée par son prédécesseur est-elle marquée par "l'arrivée au pouvoir d'une famille du Delta (Ramsès Ier, Séthy Ier)" et signe alors "la transition vers l'Empire ramesside".

Pa-Ramessou est notamment connu par deux statues identiques en granite noir le représentant "en scribe", découvertes par Georges Legrain près du Xe pylône de Karnak, le 25 octobre 1913  (Musée égyptien du Caire - JE 44863 - JE 44864).   
L"une des deux statues en granite représentant Pa-Ramessou en scribe - futur Ramsès Ier
découvertes près du Xe pylône de Karnak, le 25 octobre 1913 par Georges Legrain
Musée égyptien du Caire - JE 44863


Son règne fut de courte durée : 1 an 4 mois selon Manéthon ; ce simple constat pourrait expliquer la modeste taille de sa tombe et le fait qu'elle soit restée inachevée.

Si, dans son récit, Belzoni signale que le sarcophage contenait deux momies, il ne s'agissait pas là de la dépouille du souverain… 

En effet, après les pillages survenus dans la nécropole, sa momie comme celle de Ramsès II aurait d'abord transité dans la tombe de Séthy Ier avant de rejoindre la "cachette des momies royales" (DB 320), où elle fut mise à l'abri par les grands prêtres d'Amon au cours de la XXIe dynastie. Cette tombe collective a été découverte à Deir el-Bahari, par la famille Abd el-Rassoul en 1871. Le Service des Antiquités n'en eut connaissance qu'en juillet 1881 et transporta alors l'ensemble des momies au Musée de Boulaq.  

"Redécouverte", en juillet 1881, par le Service des Antiquités, de la Cachette des Momies Royales (DB 320)
découverte en 1871 par les Frères Abd el-Rassoul près de Deir el-Bahari


Dans " La Trouvaille de Deir-el-Bahari", Gaston Maspero évoque ainsi les "déplacements" successifs qui sont "consignés" sur les cercueils des souverains avant leur réinhumation finale dans la DB 320 : "Les trois momies de la XIXe dynastie eurent une destinée commune. Les cercueils de Séti Ier et de Ramsès II portent trois inscriptions identiques ou peu s'en faut, et qui remontent à trois époques différentes ; ce qui reste du cercueil de Ramsès Ier porte les débris d'un texte hiératique analogue à la seconde inscription du texte de Séti Ier".

Qu'est-il vraiment advenu de la momie de Ramsès Ier ? Comment imaginer qu'après ces pérégrinations "post mortem" elle n'ait pas encore trouvé le repos ?  Comment pourrait-elle avoir  été vendue à un Américain, puis avoir transité par un musée de l'Ontario avant d'être exposée au musée Michael Carlos d’Atlanta ? 

En 1909, dans son "Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire - Cercueils des cachettes royales", Georges Daressy présente ainsi, sous la réf. CG 61018, les : "Fragment de cercueil au nom de Ramsès Ier. Bois de sycomore - Le cercueil primitif de Ramsès Ier ayant été détruit, sa momie avait été déposée dans un  autre cercueil de la XXIe dynastie; mais cette seconde bière a été elle-même brisée au cours des multiples transports des momies royales et il ne nous en est parvenu que deux fragments : le couvercle et la tête de la cuve". La question se pose alors de savoir si la momie reposant à l'intérieur était-elle bien celle du souverain ?

D'autre part, dans les années 1900, afin de pallier ses problèmes financiers, le Musée du Caire n'hésitait pas à se défaire de nombre d'antiquités, il avait d'ailleurs sa propre salle des ventes, mais de là à se séparer d'une momie royale… 

Le scénario exact demeure encore une énigme… 

Toujours est-il que, dans un article du 6 mars 2004 sur la momie d'Atlanta intitulé "Rameses I Mummy Returned to Cairo", la revue "World Archeology" relate que : "Après trois ans d'enquête intensive sur la momie royale, y compris les rayons X, le CAT Scan, la datation au radiocarbone, l'imagerie informatique et d'autres techniques, les chercheurs sont certains à 95 % qu'il s'agit de la momie de Ramsès Ier. Les bras croisés sur la poitrine indiquent que la momie est bien royale, car cette position spécifique n'était réservée qu'aux personnages royaux"…

En 2003, par l'intermédiaire de Zahi Hawass, elle sera finalement restituée à l'Égypte … Depuis le 9 mars 2004, elle est exposée au Musée de Louqsor, dans la salle dédiée à la gloire de l'ancienne Thèbes… Sur son cartel, subsiste cependant un doute : "Il s'agit d'une momie royale de la fin de la XVIIIe dynastie - début de la XIXe. Il se peut qu'elle soit celle de Ramsès Ier fondateur de la dix-neuvième dynastie"...
Momie attribuée à Ramsès Ier exposée depuis mars 2004 au Musée de Louqsor
dans la salle à la gloire de l'ancienne Thèbes

marie grillot


sources : 
Giovanni Battista Belzoni, Voyage en Égypte et en Nubie, , Pygmalion, 1979
Kent Weeks, Guide illustré de Louxor, tombes, temples et musées, White Star Publishers 2005
Kent Weeks, La Vallée des Rois, Les tombes et les temples funéraires de Thèbes-Ouest, Gründ, Paris, 2001.
Alberto Siliotti, La Vallée des Rois, guide des meilleurs sites, Gründ, 1996
Nicholas Reeves, Richard H. Wilkinson, The complete valley of the kings, Thames and Hudson, 1997
Claude Obsomer, Ramsès II, Pygmalion, 2012
Pierre Tallet, Frédéric Payraudeau, Chloé Ragazzolli, Claire Somaglino, L'Egypte pharaonique, histoire, société, culture, Armand Colin, 2019
Porter & Moss, Topographical bibliography of Ancient Egyptian hieroglyphic texts, reliefs and paintings, Second Edition, Tome II, p. 534-535, Griffith Institute, Ashmolean Museum, Oxford, 1994
Theban mapping project
https://thebanmappingproject.com/tombs/kv-16-rameses-i
Ramsès I - KV 16 - Thierry Benderitter, osirisnet.net
https://www.osirisnet.net/tombes/pharaons/ramses1/ramses1_01.htm
Georges Legrain, Au pylône d’Harmhabi à Karnak (Xe pylône), ASAE 14, 1914, p. 13-44
https://archive.org/details/annalesduservice14egypuoft/page/12/mode/2up
Gaston Maspero, La Trouvaille de Deir-el-Bahari. Vingt photographies, par M. E. Brugsch, Imprimerie française F. Mourès & Cie, Le Caire, 1881
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8626666s/f1.item?fbclid=IwAR2kq2S6I6J4p5Sgs1J__8cR1XKUhIsnOFeTohkBxXme-lg1UEr9NZs4hSs#
Elisabeth David, Gaston Maspero, Le gentleman égyptologue, Elisabeth David, Pygmalion, 1999
World Archeology, Rameses I Mummy Returned to Cairo, March 6, 2004
https://www.world-archaeology.com/world/africa/egypt/rameses-i-mummy-returned-to-cairo/
Luc Gabolde, Des momies royales en quête d’identité, Égypte, Afrique & Orient, 2005
https://hal.science/hal-01895058/document
Musée du Caire N° 61001-61044, Cercueils des cachettes royales, Le Caire Impr. de l'Institut français d'archéologie orientale, 1909
https://archive.org/details/DaressyCercueils1909

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