Ce somptueux bracelet appartenait au pharaon Toutankhamon, qui, en novembre 1922, fut sorti de l'oubli dans lequel les siècles l'avaient laissé, grâce à la persévérance de deux Britanniques, l'égyptologue Howard Carter et son mécène Lord Carnarvon ...
Le cabochon central est un magnifique lapis-lazuli, de forme ronde et bombée, qui se décline dans les nuances si particulières de cette pierre semi-précieuse. "Les Égyptiens faisaient venir d'Afghanistan le lapis-lazuli, dont le bleu profond pailleté de métal évoquait le ciel nocturne étoilé mais aussi l'obscurité des eaux primordiales" précise Christiane Ziegler ("L'or des pharaons - 2500 ans d'orfèvrerie dans l'Egypte ancienne"). La sobriété noble de la pierre se révèle - et semble même se réveiller - dans la douceur blonde du large cercle d'or dans laquelle elle est sertie.
Cette "monture", d'une largeur parfaitement proportionnée, est décorée de motifs concentriques, finement et élégamment gravés.
La première bande, composée de petites grenailles, est entourée de chaque côté d'une rangée "perlée" alors que lui succède un motif de vagues sans fin, qui fait scintiller la lumière de l'or.
Emile Vernier, dans son savant ouvrage sur "La bijouterie et la joaillerie égyptiennes" nous donne les précisions suivantes : "Le travail qui est ordinairement connu sous ce nom de filigrane, se compose de fils tords et de petites grenailles qui sont disposés sur une forme dont les fonds sont découpés après coup, ou même ils sont construits par petites fractions assemblées ensuite. Ce travail donne une impression de légèreté et de finesse délicieuse".
De chaque côté du cabochon se trouve une étroite plaque d'or rectangulaire sur laquelle apparaissent clairement sept grenailles. C'est de l'envers de chaque plaque que partent, à droite et à gauche, dix rangs de sept perles d'or en forme de barillet.
Afin de rompre la monotonie qu'aurait pu engendrer une suite continue de perles de même forme, elles sont séparées par une série de perles plus petites (3-4) qui mènent au fermoir composé, à chaque extrémité, d'une étroite barrette d'or …
Tout, dans ce bijou n'est qu'élégance et distinction…
Il est l'un des treize bracelets retrouvés par Howard Carter sur les avant-bras de la momie de Toutankhamon : sept à gauche et six à droite. Décorés de scarabées, ou d'œils oudjat, façonnés dans l'or ou faits simplement de perles, ornés de pierre fines ou semi-précieuses, ils peuvent parfois "aller de paire".
Celui-ci avait son "pendant", d'une facture quasi identique, avec une "fantaisie" dans les rangées de perles. Elles sont au nombre de neuf : huit sont faites de perles d'or et, en leur milieu, s'est invitée une rangée composée d'une succession de cinq perles plates de turquoise suivie d'une perle ronde de cornaline.
Le 28 octobre 1925, soit près de trois années après la découverte entrecoupées de multiples querelles et incompréhensions avec le Service des antiquités, Howard Carter est enfin face au pharaon qu'il avait tant recherché… Il est difficile d'imaginer le sentiment "d'aboutissement" ressenti lorsque, après avoir démonté les quatre chapelles de bois doré, ouvert le sarcophage puis les trois cercueils, il découvre : "une impressionnante momie, nette et soignée, occupant tout l'espace du cercueil … le masque d'or poli, à l'effigie du roi, lui recouvrait la tête et les épaules" relatera-t-il…
Le démaillotage de la momie débuta le 11 novembre 1925, dans le couloir d'accès de la tombe de Séthy II, en présence du découvreur, de Pierre Lacau, d'Alfred Lucas, d'Harry Burton, du Docteur Douglas Derry, professeur d'anatomie de l'Université égyptienne du Caire, et du Docteur Saleh Bey Hamdy d'Alexandrie.
Entre les bandelettes et sur la momie, pas moins de cent-cinquante bijoux, amulettes ou autres objets furent trouvés. Howard Carter dessinera l'emplacement exact de chaque ornement et les référencera individuellement dans le "groupe 256".
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Howard Carter's drawings made during the examination of Tutankhamun's mummy, November 11-19, 1925 © Griffith Institute, Oxford OX1 2LG - Tutankhamun: Anatomy of an Excavation |
Celui-ci, enregistré "carter 256-ddd", a ensuite été consigné au Journal des Entrées du Musée du Caire JE 62370. Il sera exposé au Grand Egyptian Museum de Gizeh, dans les salles consacrées au jeune roi, dont l'ouverture prévue le 3 juillet 2025 a été reportée au dernier trimestre de l'année…
sources :
Bracelet, lapis lazuli and gold - 256ddd - Griffith Institute, 2000-2004 - Tutankhamun: Anatomy of an Excavation
http://www.griffith.ox.ac.uk/gri/carter/256ddd.html
The tomb of Tutankhamun, Howard Carter
Christiane Desroches-Noblecourt, Vie et mort d'un pharaon, Hachette, 1963
Émile Vernier, La bijouterie et la joaillerie égyptiennes, IFAO, Le Caire, 1907
https://ia801303.us.archive.org/25/items/MIFAO2/MIFAO%202%20Vernier,%20Émile-Séraphin%20-%20La%20bijouterie%20et%20la%20joaillerie%20égyptiennes%20(1907)%20LR.pdf
T.G.H. James, Howard Carter, The path to Tutankhamun, TPP, 1992
Nicholas Reeves, Toutankhamon, vie, mort et découverte d'un pharaon, éditions Errance
L'or des pharaons - 2500 ans d'orfèvrerie dans l'Egypte ancienne, Christiane Ziegler, Catalogue de l'exposition de l'été 2018 au Grimaldi Forum de Monaco
Zahi Hawass, Catalogue de l'exposition "Toutankhamon, trésors du pharaon d'or", IMG Melcher Media, 2018






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