jeudi 28 juillet 2016

Une journée en Égypte avec... Gaston Maspero, Maxime du Camp, Christiane Desroches-Noblecourt

Une journée en Égypte avec… Gaston Maspero

Photo de Bonfils

"Le temple où les antiques habitants d'Esnèh adoraient une Hathor en figure de poisson est enfoui entièrement, et seul le pronaos en est accessible aux visiteurs. On y descend par un escalier en briques de construction récente. Le plan ne diffère pas de celui qu'on voit à Edfou, à Dendérah, dans tous les grands édifices de l'âge ptolémaïque. Quatre rangées d'énormes colonnes supportent le toit ; vers l'est un écran de grès tendu entre les colonnes de la première rangée séparait le portique de la cour, et vers l'ouest la façade du sanctuaire 
s'allonge, percée de ses trois portes. Les lignes sont harmonieuses et puissantes à la fois : on sent que les architectes de l'âge romain connaissaient encore leur métier aussi bien que ceux des époques pharaoniques."

(extrait de "Ruines et paysages d'Égypte", 1910)

**********

Une journée en Égypte avec… Maxime du Camp 

Photo de Maxime du Camp

"Je lançai mon cheval au galop et je l'arrêtai devant le sphinx rose qui sortait des sables rosés par le reflet du soleil couchant. Enfoui jusqu'au poitrail, rongé, camard, dévoré par l'âge, tournant le dos au désert et regardant le fleuve, ressemblant par derrière à un incommensurable champignon et par devant à quelque divinité précipitée sur terre des hauteurs de l'empyrée, il garde encore, malgré ses blessures, je ne sais quelle sérénité puissante et terrible qui frappe à son aspect et vous saisit jusqu'au profond du coeur. Je comprends bien les Arabes qui l'appellent maintenant 'abou-el-houl', le Père de l'épouvante ! Avant-garde des pyramides, impassible sous le ciel, que fait-il là depuis cinquante siècles au milieu des solitudes ? Les Pharaons, les Éthiopiens, les Perses, les Lagides, les Romains, les chrétiens du Bas-Empire, les conquérants arabes, les Fatimites, les Mameluks, les Turcs, les Français, les Anglais ont dormi à son ombre ; les temps, les nations, les religions, les moeurs, les lois ont défilé devant lui ; chaque mot de l'histoire a frappé sa large oreille entourée des bandelettes sacrées ; on est tenté de lui dire : "Oh ! si tu pouvais parler !" (...) Enraciné aux rochers de la chaîne libyque dans lesquels on l'a taillé en abaissant les terrains voisins de toute sa hauteur propre, il disparaît chaque jour sous les sables envahissants ; sa croupe, son dos, ses pattes en sont couverts ; devant lui, à son ombre, les Bédouins viennent souvent s'étendre, et les vautours fatigués se reposent sur sa tête." 

(extrait de "Le Nil : Égypte et Nubie", 1860)

**********

Une journée en Égypte avec… Christiane Desroches-Noblecourt


Photo de Lekegian

"L’Égypte est sans conteste le berceau de nos civilisations méditerranéennes ; elle constitue pour les archéologues un livre vivant d'histoires, où les pages éparpillées sont retrouvées les unes après les autres, interrogées et lues avec attention et amour, pour que leur réunion nous restitue la plus vaste et la plus profonde leçon de la Haute Antiquité. (...)
À voguer sur le Nil, l'été, le voyageur peut contempler encore tout ce qui subsiste, l'évocation du passé est immense. Elle ne peut se dérouler dans l'ordre strictement chronologique, qu'importe ! La vision n'en est que plus attrayante, puisque ce pèlerinage dans les sphères du passé se fait sans l'intervention de machine que le monde futur nous promet, mais par le truchement magique, il faut l'avouer, du génial mécanisme que Champollion nous a donné. 
À peine a-t-on dépassé la première cataracte, Philae nous apparaît alors sortie des eaux, complètement irisée, entourée d'une onde aux reflets bleus et roses. Comme une oiselle couvant, posée sur une île pointant vers le Sud. C'est l'ensemble de sanctuaires qu'il faut voir toujours conservé dans son contexte religieux et géographique, dans l'endroit sanctifié où il a été créé, toujours prêt à maintenir le message qu'il doit transmettre au monde. 
En faisant le tour de l'île, en longeant la colonnade aux multiples chapiteaux, création d'un monde hellénisé, en admirant une fois de plus le fameux kiosque romantique, puis en se dirigeant vers le premier et gigantesque pylône, dont le môle occidental est percé par la porte du “mammisi” où Isis la Grande mettait au monde le jeune dieu Horus, on ne peut s'empêcher de songer aux pérégrinations de la Maîtresse des lieux, déesse mère par excellence, dont le culte gagna les rives de notre Occident brumeux et s'implanta même jusque dans les sanctuaires des Nautes de Lutèce !"

(extrait du "Courrier" de l’Unesco, février 1960)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire