Youya et Touya, parents de la grande reine Tiyi, épouse bien aimée du grand Amenhotep III, furent des personnes très influentes de la XVIIIe dynastie. Ils sont parmi les rares "privilégiés" à avoir été enterrés dans la Vallée des Rois, nécropole réservée aux souverains.
Leur tombe a été mise au jour, en février 1905 par l'équipe du mécène américain, Theodore Monroe Davis.
Parmi les pièces, les plus belles, les plus précieuses, et les plus émouvantes qui furent trouvées dans leur demeure d'éternité, se remarque ce coffret à bijoux en bois. D'une hauteur de 41 cm, d'une largeur de 26,8 cm, il est d'un travail exquis qui témoigne de la maîtrise et de la dextérité qu'avaient atteintes les artisans de l'une des périodes les plus brillantes du Nouvel Empire.
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| Plan de la Vallée des Rois : la tombe de Youya et Touya - KV 46 - est en haut au centre |
Lors de la découverte, puis du déblaiement de la tombe, il attirait les égyptologues qui l'apercevaient "au loin". Il durent patienter "trois longues semaines avant de pouvoir atteindre le fond de la tombe et ramasser le somptueux coffret à bijoux d'Amenhotep III qu'ils voyaient briller depuis longtemps au milieu du capharnaüm" relate John Romer dans "La Vallée des Rois".
"En forme de naos à corniche", coiffé d'un couvercle doucement bombé, il est pourvu de quatre pieds, élancés et fins. Ils sont décorés d'une fine frise "mosaïque" composée de rectangles alternant plaques d'ébène, d'ivoire teint en rose et de faïence bleue. Cette frise est reproduite comme encadrement des panneaux qui forment le corps du coffre, ainsi qu'en leur milieu afin de séparer les deux registres de décoration.
Le registre supérieur du "corps" du coffret est composé des cartouches d'Amenhotep III et de son épouse Tiyi, dorés et en relief et déclinés sur fond d'une plaque de faïence d'un bleu intense.
"La précieuse facture du coffret, l'absence de toute référence à Touya et les inscriptions relatives à Aménophis III et à son épouse Tiyi indiquent que l'objet fut fabriqué pour la reine par des artisans de la cour. Dans un second temps, peut-être à l'occasion des funérailles de sa mère, Tiyi en aurait fait don à la défunte, comme un dernier geste d'amour filial" analyse Francesco Tiradritti dans "Les merveilles du musée égyptien du Caire".
Le registre inférieur, qui court lui aussi tout autour du coffre, est fait d'une répétition très "rapprochée" d'un même motif composé de quatre signes : deux sceptres "ouas" enserrent une croix "ankh", l'ensemble reposant, en parfait équilibre, sur le signe "neb". "La composition souhaite à la propriétaire du coffret 'toute la vie et le pouvoir'. En même temps le groupe rappelle, par sa forme, le hiéroglyphe du heb-sed, le jubilé royal qui possédait une signification analogue" (Francesco Tiradritti).
Quant au couvercle, légèrement bombé, il s'appuie sur une élégante corniche. Son pourtour est bordé de la même frise "mosaïque" à rectangles alternés, qui est également reprise en son milieu. La décoration se décline en quatre panneaux de deux motifs identiques. Le double motif supérieur reproduit les cartouches des deux souverains, surmontés de deux larges plumes insérant, en leur base centrale, le disque solaire. Les plumes sont elles-mêmes surmontées d'un disque solaire entouré de deux cobras. La séparation horizontale est matérialisée par une ligne dorée, sous laquelle se trouvent en hiéroglyphes, dorés également, les signes d'éternité, "ouas", "djed", "ankh". Ils surmontent la magnifique double représentation suivante : "Heh le dieu des millions d'années est agenouillé sur le hiéroglyphe de l'or "nebou" et, dans chaque main, il tient une grande branche de palmier symbole des années augurant une longue vie et un long règne au souverain."
L'intérieur de ce coffre, exquis, est tendu de lin rose. Comment ne pas se laisser aller à rêver, à imaginer les bijoux, colliers, bracelets, bagues, couronnes et diadèmes qu'il a abrités ? Comme les parures d'or, d'électrum, de gemmes colorées, devaient être magnifiées dans un tel "écrin" ! Et que le plaisir ressenti, à son ouverture, devait être grand à la vue des richesses qu'il contenait !
Afin de les protéger, un système de fermeture très ingénieux existait : "Sur le couvercle et à une extrémité du caisson se trouvent deux boutons ronds, en bois doré, autour desquels on enroulait une chaîne de façon à fixer le couvercle" ("The tomb of Iouiya and Touiyou", Theodore Monroe Davis).
Mais, lors de sa découverte, bien loin de l'or, de l'argent ou de l'électrum vraisemblablement subtilisés par les pilleurs de l'antiquité, les égyptologues n'y trouvèrent que "deux modèles de houe qui devaient permettre aux luxueux ouchebtis enfermés dans la tombe d'accomplir les travaux agricoles indispensables à la survie du pharaon" (John Romer).
Ce coffret que Mohamed Saleh, Hourig Sourouzian ("Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire") qualifient de "l’un des joyaux du mobilier funéraire de Thouya" a été déposé au musée de la place Tahrir, au Caire, sous les références JE 95248 - CG 51118.
marie grillot
sources :
Theodore Monroe Davis, Gaston Maspero, Percy Edward Newberry, Howard Carter, The Tomb of Iouiya And Touiyou, London, Archibald Constable and Co.. Lt, 1907
https://archive.org/stream/tombofiouiyatoui03davi/tombofiouiyatoui03davi_djvu.txt
https://archive.org/details/tombofiouiyatoui03davi
James Edward Quibell, Tomb of Yuaa and Thuiu, Impr. de l'Institut français d'archéologie orientale, Le Caire, 1908
https://archive.org/details/tombofyuaathuiu00quib
John Romer, Histoire de la Vallée des Rois, Vernal - Philippe Lebaud, 1991
Nicholas Reeves, Richard H. Wilkinson, The complete Valley of the kings, The American University in Cairo Press, 1996
Mohamed Saleh, Hourig Sourouzian, Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire, Verlag Philippe von Zabern, 1997
Francesco Tiradritti, Trésors d'Egypte, Les merveilles du musée égyptien du Caire, Gründ, 1999
National Geographic, Les Trésors de l'Egypte ancienne au musée égyptien du Caire, 2004
Christian Leblanc, Reines du Nil, La bibliothèque des introuvables, 2009
Pierre Tallet, 12 reines d'Egypte qui ont changé l'histoire, Pygmalion, 2013









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