Nous exprimons à Christian Leblanc notre plus cordial merci pour avoir autorisé "égyptophile" à reproduire cet éloquent hommage à l’une des grandes figures égyptiennes de l’égyptologie.
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"Le 2 février 2013, nous apprenions avec une immense tristesse, la soudaine disparition d'un ami cher et d'un savant collègue, avec lequel nous avions travaillé en parfaite symbiose pendant plusieurs décennies, dans le cadre d'une exemplaire coopération dans la discipline égyptologique.
Fathy Hassanein Mohamed était né au Caire le jeudi 7 février 1935, une année où le grand Taha Hussein faisait paraître Adib ou l'aventure occidentale, un ouvrage qui révélait magnifiquement cette relation particulière, si intense et si complexe à la fois, qu'ont pu entretenir certains Égyptiens avec la France. C'est en 1954, alors âgé de dix-neuf ans, que Fathy Hassanein entra à l'Université du Caire pour y suivre des études d'archéologie et d'épigraphie égyptiennes, sous la tutelle d'éminents professeurs, tels que Ahmed Fakhry, Guirguis Mattha, Abd El-Mohsen Bakir, Abdel Moneim Abou-Bakr, et Abdel Aziz Saleh. Il en sortit avec sa licence en 1958 et fut recruté, dès l'année suivante, au Service des Antiquités, comme inspecteur-assistant au plateau de Giza. Muté peu de temps après à Toura el-Esment, près de Helouan, il y remplaça son collègue Rashed Nouwair, et prit la responsabilité de fouilles archéologiques jusqu'en 1961.
À cette époque, la campagne internationale de sauvegarde des monuments de la Nubie battait son plein, et Fathy Hassanein rejoignit alors, dès 1962, le Centre d'Étude et de Documentation sur l'Ancienne Égypte (CEDAE), que l'UNESCO avait créé au Caire, à la demande du gouvernement égyptien. D'abord nommé égyptologue, puis premier égyptologue à la section scientifique de cette institution, il participa activement à de nombreuses missions de relevés qui le menèrent à Debod, en Abou Simbel, à Ouadi es-Seboua et à Gerf Hussein où il assista, avec une indéfinissable nostalgie, à l'engloutissement de cet hemi-speos de Ramsès II sous les eaux du Lac Nasser, dont heureusement quelques éléments avaient pu être sauvés à temps et sont, aujourd'hui, exposés au Musée d'Assouan.
La campagne nubienne achevée, le CEDAE orienta, à partir de 1967-1968, ses recherches vers Thèbes dans le cadre d'un partenariat scientifique avec le CNRS. Ce fut le point de départ d'une autre grande aventure, pendant laquelle des équipes égyptiennes et françaises, dirigées par le Dr. Shehata Adam et Mme Christiane Desroches Noblecourt, s’activèrent chaque année sur certains sites de la rive occidentale (recherche des graffiti de la montagne thébaine, Ramesseum, Vallée des Reines et nécropole des nobles). Fathy Hassanein, aux côtés de Hassan El-Achirie, d'Abd El-Aziz Fahmy Sadek et de Mohamed Abd El-Hamid Shimy, participa à chacune de ces missions, en portant un intérêt tout particulier à la Vallée des Reines, où il fut alors chargé d'étudier les sépultures des fils de Ramsès III. Obtenant une bourse du gouvernement français en 1975, il mit à profit ses recherches pour en faire un sujet de thèse de doctorat que dirigea le professeur Paul Barguet à l'Université de Lyon II, et qu'il soutint avec brio, en 1978, sous le titre "Étude comparative de quatre tombes de princes, fils de Ramsès III, de la Vallée des Reines".
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| Fathy Hassanein, dans les ruines de Bérénice le 4 janvier 2013 Cliché M. Nelson |
Rentré en Égypte, Fathy Hassanein réintégra le CEDAE où il fit tout le reste de sa carrière. En 1976, il participa, dans le cadre de missions de l'IGN, aux relevés qui précédèrent le transfert des monuments de Philae sur l'île d'Agilkia, puis reprit ses activités scientifiques à Thèbes-Ouest, au sein des missions franco-égyptiennes qui oeuvraient notamment au Ramesseum où il découvrit, en 1981, un superbe "Livre des Morts" sur papyrus, au nom d'un certain Nehemsoumout, père divin et prêtre de la Troisième Période Intermédiaire. La même année, il prit part également aux fouilles du Musée du Louvre à Tôd-Salamia, où Christiane Desroches Noblecourt le sollicita en tant que conseiller pour la mission française qu'elle dirigeait.
Nommé directeur général du CEDAE en 1982, Fathy Hassanein apporta une véritable dynamique à cette institution, en développant une politique de publications scientifiques et en encadrant personnellement ses collaborateurs durant les campagnes de relevés qu'il organisait à Thèbes. Lorsqu'en 1984, vint à l'existence la "rénovation de la Vallée des Reines", financée grâce à la générosité de Mme Germaine Ford-de Maria, les équipes égyptiennes du CEDAE furent étroitement associées aux travaux de recherche dans la nécropole. Cette belle collaboration s'avéra notamment bénéfique pour deux jeunes égyptologues, Sayed Mohamed Sayed et Magdi Fekri Mohamed, qui vinrent préparer leur thèse de doctorat en France, sur des sujets directement inspirés par l'étude du matériel archéologique découvert sur le site ou par l'analyse et l'enregistrement du décor pariétal des tombes.
En 1987, en remerciement de ses efforts pour la promotion de la culture et de son fervent dévouement pour le développement de la coopération scientifique, Fathy Hassanein fut nommé chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres, prestigieuse décoration que lui remit M. Pierre Hunt, ambassadeur de France au Caire.
Faisant valoir ses droits à la retraite en 1989, notre fidèle ami Fathy continua cependant à suivre avec intérêt l'évolution de l'égyptologie internationale et à soutenir, avec la même détermination, les recherches et les travaux de restauration et de valorisation du patrimoine pharaonique. Membre émérite de l'Association pour la Sauvegarde du Ramesseum, il en fut un conseiller avisé et efficient, digne de ses lointains ancêtres. S'il est un moment de forte émotion que nous partageâmes encore en sa chaleureuse compagnie, ce fut sans doute à Bérénice, en bordure de la mer Rouge, où, en ce début de janvier 2013, nous avions mis nos pas dans ceux de Frédéric Caillaud et de Giovanni Battista Belzoni, pour découvrir les ruines de cette cité légendaire fondée par Ptolémée II-Philadelphe. Un merveilleux souvenir, le dernier, hélas, d'une longue, riche et fraternelle amitié.
Dédié à la mémoire de notre cher Fathy, le volume XXIV des "Memnonia" rend hommage à celui dont les actions resteront tout à l'honneur de l'égyptologie égyptienne !”
Christian Leblanc
Source : volume XXIV des "Memnonia"




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