![]() |
| Le fort Julien, près Rosette. (Cl. Christian Leblanc) |
![]() |
| Illustration montrant les membres de l'Expédition de Bonaparte examinant la pierre de Rosette |
Sa découverte est annoncée au sein de l'Institut d'Egypte en sa séance du 29 juillet. "Mais c'est le 29 Fructidor (15 septembre 1799) seulement, que le Courrier d'Egypte en son numéro 37 consacre son article de tête à une lettre de Rosette : 'Cette pierre, y lisait-on, offre un grand intérêt pour l'étude des caractères hiéroglyphiques. Peut-être même en donnera-t-elle la clef'" (Jean Leclant, "Champollion, la pierre de Rosette et le déchiffrement des hiéroglyphes").
La traduction du texte grec, demandée par le Général Menou, a été réalisée en partie : elle révélera qu'il s'agit là d'un décret de Ptolémée V, promulgué à Memphis en 196 av J.-C..
Bouchard est chargé d'en assurer le transport vers Boulaq. Elle est remise, mi-août, à l'Institut d'Égypte où l'on relève des empreintes pour en faciliter l'étude. Plusieurs méthodes sont alors employées dans la réalisation de ces copies.
Jean-Joseph Marcel, directeur de l'imprimerie du Caire, met au point une nouvelle technique de reproduction : la stèle est recouverte d'encre ; puis un papier trempé est appliqué, sur lequel est pressé un tampon, plusieurs épreuves sont ainsi tirées. Quant à Nicolas Conté, directeur des ateliers du Caire, il essaie une autre méthode : la chalcographie. Adrien Raffeneau-Delile, quant à lui, appliquera la technique du moulage.
![]() |
| Grâce aux copies réalisées par les savants de l'Expédition de Bonaparte, Jean-François Champollion pourra étudier les "inscriptions de Rosette" et en arriver au déchiffrement en septembre 1822 |
Les épreuves de chaque procédé sont remises au Général Dugua qui les déposera à l'Institut national de Paris. "Grâce aux copies réalisées, la découverte fut diffusée en France et à travers l'Europe, Bonaparte annonçant lui-même le 27 octobre la venue prochaine à Paris de la pierre, plaçant ainsi l'événement au premier plan des résultats de son aventure égyptienne" (Asphor).
Mais les événements en décideront autrement… Les revers subis par l'armée française conduiront à sa capitulation…
C'est le 17 septembre 1801 que les Anglais annoncent à Jean-Baptiste Joseph Fourier, secrétaire de l'Institut d'Égypte, que les savants peuvent emporter notes, dessins et petites collections… mais que les antiquités volumineuses et lourdes doivent leur être laissées... Lord Elgin mandate alors William Hamilton "pour s'occuper particulièrement des trésors scientifiques et culturels amassés par l'expédition". C'est ainsi que la pierre de Rosette, confisquée par le commandant britannique Hutchinson, sera chargée sur un navire à destination de Portsmouth où elle arrive en février 1802. Elle est alors déposée à la Société des Antiquaires où des moulages sont réalisés.
![]() |
| Dès 1802, la pierre de Rosette, confisquée aux Français, est exposée au British Museum |
![]() |
| La pierre de Rosette est exposée au British Museum depuis 1802 |
Pour la préparation de la grande exposition Toutankhamon, devant se tenir cette année-là (1972), à Londres, le British Museum s'était rapproché de l'égyptologue française afin qu'elle intervienne auprès de l'Egypte pour que la statue du "pharaon harponneur" fasse partie des artefacts prêtés. Bien que cette pièce eut été refusée à l'exposition qu'elle avait elle-même organisée en France, elle saura argumenter et obtiendra une réponse positive !
Invitée à Londres pour l'inauguration, elle sut de fort belle manière rappeler avec discrétion cet épisode et regretter auprès de personnalités influentes que la demande faite pour le prêt de la pierre de Rosette à la France ait été à nouveau déclinée...
Ainsi, "Après d'incroyables tractations auprès des plus hautes autorités anglaises, cette "prise de guerre" du général Hutchinson et de l'amiral Nelson arrive finalement à Paris à temps et pour le ravissement de tous" (Christian Leblanc, "La mémoire de Thèbes").
Le 150e anniversaire du déchiffrement a donc été dignement honoré par la présence de la pierre de Rosette, au département égyptien du musée du Louvre, dont Jean-François Champollion avait été le premier conservateur.
![]() |
Portrait de Jean-François Champollion réalisé en 1831 par Léon Cogniet Musée du Louvre - Inv 3294 - photo © RMN René-Gabriel Ojéda |
Quelle émotion lorsque l'on réalise que le génial déchiffreur ne l'avait jamais vue, qu'il n'avait travaillé au déchiffrement que sur des copies ! C'est en effet sur cette pierre qu'en 1821, il déchiffra le cartouche royal de Ptolémée V, puis celui de Cléopâtre sur la base de l'obélisque de Philae et du papyrus bilingue "Casati". C'est le 14 septembre 1822 qu’enfin il s’écrie : "Je tiens mon affaire !", et le 27 septembre qu'il écrit sa fameuse Lettre à M. Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques, dans laquelle il explique : "C'est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot."
marie grillot
sources :
Jean Leclant, Champollion, la pierre de Rosette et le déchiffrement des hiéroglyphes, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, volume 116, numéro 3, année 1972, pp. 557-565
http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1972_num_116_3_12797
Jean Lacouture, Champollion, une vie de lumières, Grasset, 1988
Christiane Desroches Noblecourt, La Grande Nubiade, LGF, 1993
Hermine Hartleben, Jean-François Champollion, Sa vie et son œuvre, Pygmalion, 1997
Robert Solé, Dominique Valbelle, La pierre de Rosette, Seuil, 1999
Alain Faure, Champollion, le savant déchiffré, Fayard, 2004
Christian Leblanc, La mémoire de Thèbes, L'Harmattan, 2015
La "Lettre à M. Dacier" : Acte fondateur du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion - Interview de l'égyptologue Karine Madrigal pour Egypte-actualités - Egyptophile, août 2022
https://egyptophile.blogspot.com/2022/08/la-lettre-m-dacier-acte-fondateur-du.html
British Museum : Notice sur la pierre de Rosette
https://www.britishmuseum.org/collection/object/Y_EA24
Pierre François Xavier Bourchard, Association de Sauvegarde du Patrimoine Historique et naturel d'Orgelet et sa Région Association de Sauvegarde du Patrimoine Historique et naturel d'Orgelet et sa Région
http://www.asphor.org/le-patrimoine/les-hommes/pierre-bouchard-1-14.htm
![]() |
| Timbre commémoratif édité en 1972, pour le 150e anniversaire du déchiffrement des hiéroglyphes |









Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire