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| Les membres de l’Expédition franco-toscane réunis autour de Champollion et Ippolito Rosellini parmi les ruines de Thèbes tableau de Giuseppe Angelilli (musée archéologique de Florence) |
En juillet 1827, les grandes lignes du projet franco-toscan d'expédition en Égypte sont mises sur papier. Ce projet recueillera l'assentiment du roi Charles X et du Grand-Duc de Toscane, avec pour missions bien définies de visiter les monuments de l'Égypte antique et d'acheter des objets pour les collections royales. Il est aussi convenu que : "les documents, plans, dessins, notes seront le bien commun de l'expédition. Quant aux objets provenant de dons ou de fouilles, ils devront être équitablement partagés".
Autour de Jean-François Champollion et d'Ippolito Rosellini sont regroupés "des érudits et des techniciens tant français qu'italiens". C'est ainsi que l'équipe toscane comprend un dessinateur, Salvador Cherubini ; un dessinateur et médecin, Ricci ; le naturaliste Raddi et son préparateur Galastri ainsi que le peintre Angelelli.
L'équipe française, quant à elle, regroupe Antoine Bibent, architecte ; Nestor L’Hôte, Alexandre Duchesne, Pierre Lehoux, Edouard Bertin fils, dessinateurs et peintres ainsi que Charles Lenormant, inspecteur des beaux-arts.
Charles Lenormant est né le 1er juillet 1802 à Paris, il est le fils de Charles-François Lenormant, notaire.
Les fonctions et titres qui lui sont attachés sont nombreux : numismate, archéologue, égyptologue, conservateur au Cabinet des antiques et des médailles de la Bibliothèque nationale, professeur d'archéologie et d'égyptologie, voyageur, éditeur, membre de l'inspection générale des Monuments historiques, membre de l'Académie des inscriptions, et des belles-lettres... Il faut y voir là les signes d'une activité riche et débordante et donc une faculté à s'intéresser à différents et multiples domaines.
C'est lors d'un voyage en Italie, en 1824, que s'éveille son intérêt pour les beaux-arts. Puis, alors qu'il séjourne à Naples, par l'intermédiaire de Jean-Jacques Ampère, il rencontre Amélie Cyvoct, qu'il épousera en 1826. Cette femme, belle et instruite, est la nièce et fille adoptive de Juliette Récamier, femme d'esprit qui tint salon littéraire dans le Paris du Directoire à la Monarchie de Juillet.
En 1825, grâce aux relations de sa future belle-mère, il se voit octroyer un poste d'inspecteur des beaux-arts. Cela lui ouvrira la route vers l'Égypte. En effet, Champollion le recrute pour faire partie de l'expédition. Il est ravi ! Enfin : "il allait voir l'Orient, il allait contempler les plus anciens monuments du monde, étudier l'art à ses premières origines, et c'est à cela autant qu'aux hiéroglyphes qu'il se préparait dans les loisirs de la route".
Le 31 juillet 1828, les "argonautes" embarquent à bord de "L’Eglé" et, le 19 août, ils débarquent à Alexandrie, accueillis par Bernardino Drovetti, consul de France, et par le vice-roi d’Égypte Méhémet Ali.
Deux dahabiehs sont affrétées pour remonter le Nil jusqu’en Haute-Égypte, après un arrêt obligé à Tanis et un autre de dix jours, en plein Baïram, au Caire, pour une visite de Saqqarah et du plateau de Guizeh.
Le 6 octobre, depuis Saqqarah, Charles Lenormant écrit les mots suivants : "Champollion n'a pu tenir au Caire plus de dix jours, et, quoique j'eusse bien donné quelques-unes de ses semaines hiéroglyphiques pour un jour arabe de plus au Caire, il a bien fallu se décider au départ !"
Et il livre aussi ses sentiments sur les pyramides : "C'est avec une sorte d'ébahissement stupide, dit-il, que l'on parcourt tout cela, qu'on escalade les gradins interminables dont les marches semblent faites pour des géants, qu'on pénètre dans ces longs corridors, dans ces détours sinueux qu'on a peine à croire construits dans le seul but de conduire à un tombeau."
Pendant près d'un an et demi, l'équipe franco-toscane travaille dans des conditions parfois très difficiles, pour décrire, déchiffrer et dater les monuments. Thèbes, Karnak, la Vallée des Rois, Abou Simbel, etc., tous les sites majeurs de la Haute-Égypte sont visités.
Au cours de ce périple, Charles enverra de nombreuses lettres à son épouse qu'il souhaite rassurer sur le déroulement de son voyage. Il lui décrit sa vie bien sûr, mais il sait aussi expliquer à merveille ce qu'il voit, ce qu'il ressent. Il nous livre des témoignages à la fois vifs, curieux et de plus en plus documentés. Il est sous le charme des monuments et son regard sur eux est souvent intéressant comme pour Taffah : "Les temples de Taffah m'ont paru différer grandement des autres monuments de la décadence égyptienne : j'ai été moins frappé de l'affaiblissement des traditions de l'art ; il m'a semblé démêler les traces d'un rajeunissement dans les idées et les formes…"
Lenormant a cependant hâte de rentrer en France. Laissant Champollion en Haute-Égypte, il rejoint seul Alexandrie. Ce départ prématuré ne ternira en rien leur amitié. Charles restera très lié à Champollion qui lui a tant appris. Et, d'un autre côté, lorsqu'il sera proche du pouvoir, Champollion n'hésitera pas à solliciter son aide afin qu'il appuie la création de cette chaire d'égyptologie dont il rêve : "Tâchez d'emporter d'assaut mon affaire au Collège de France !" lui écrira-t-il.
Lorsque Champollion meurt, le 4 mars 1832, Charles Lenormant aura pour lui ces mots admirables : "Il avait cette force d'intuition qui n'appartient qu'au génie… et cette résignation tranquille à ignorer ce qu'il n'est pas temps de savoir."
Après l'expédition d'Égypte, la carrière de Charles Lenormant sera riche et fructueuse. En 1829, il prend part à l'expédition de Morée et est nommé membre de l'Institut de correspondance archéologique de Rome. L'année suivante, il devient directeur de la section des beaux-arts dans le ministère Guizot, ainsi que membre de l'inspection des monuments historiques. En 1832, il prend le poste de conservateur à la bibliothèque de l'Arsenal, puis en 1835, il enseigne à la Sorbonne, à la chaire d'histoire ancienne. En 1848, il est nommé conservateur au Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque royale, puis, en 1849, professeur de langue égyptienne au Collège de France.
Le 24 novembre 1859, alors qu'il se trouve à Athènes avec son fils, Charles François, il est pris de fortes fièvres qui provoqueront sa mort.
sources :
“Who Was Who in Egyptology”, Bierbier, M., London Egypt Exploration Society
“Champollion”, présenté par Robert Solé, collection autoportraits, Perrin, 2012
"La moisson des Dieux", Jean-Jacques Fiechter, Julliard, 1994
http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1878_num_22_4_68508
http://egyptophile.blogspot.fr/2014/06/ippolito-rosellini-lalter-ego-toscan-de.html?q=lenormant
http://egyptophile.blogspot.fr/2014/08/champollion-arrive-en-egypte-une.html?q=champollion
http://egyptophile.blogspot.fr/2014/09/jean-francois-champollion-vogue-vers-le.html?q=champollion
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00910082/document
Sarga Moussa, "Portrait de l’enchanteresse par sa fille adoptive. Juliette Récamier dans les arts et la littérature". La fabrique des représentations, Hermann, pp.31-45, 2011, Savoir lettres
http://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/lenormant-charles.html



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