samedi 25 avril 2015

L'Égypte : une histoire d'énergie solaire

Photo : Marie Grillot

Pays charnière entre le Mashreq et le Maghreb, entre le Levant et le Couchant, l’Égypte ne pouvait qu’avoir un lien privilégié avec le soleil. Au point de lui vouer un culte divin…

Outre cet aspect mythologique, l’ensoleillement y est une donnée météorologique majeure appréciée notamment des touristes de tous pays fréquentant les rives du Nil ou les plages de la mer Rouge.

Cette donnée incite les responsables du pays à promouvoir actuellement l’énergie solaire dans leur politique de développement des énergies renouvelables. Les projets et réalisations en ce domaine s’accumulent, pour l’installation d’équipements photovoltaïques sur les édifices publics, les sites archéologiques et dans certaines agglomérations entières, comme Sharm El-Sheikh ou la future capitale administrative égyptienne. D’ici 2020, l’Égypte souhaite générer 20% de son énergie grâce aux sources renouvelables.​ Des centrales solaires d’une capacité globale de 4300 MW sont prévues pour être construites au cours des trois prochaines années. 
F. Shuman

Bien avant, au début du XXe siècle, l’Égypte fut déjà un terrain d’expérimentation pour l’un des pionniers de l’utilisation de l’énergie solaire : l’ingénieur américain Frank Shuman (23 janvier 1862 - 28 avril 1918) 

Mettant à profit les recherches des précurseurs que furent de Gaus, de Buffon, Lavoisier, Stirling, Mouchot… et pourquoi pas les Grecs inventeurs du miroir parabolique pour allumer la flamme olympique, Shuman, avec la collaboration du physicien anglais Charles Vernon Boys, a construit en 1912 une gigantesque centrale thermosolaire à taille industrielle dans un champ au sud du Caire, à Maadi, sur la rive orientale du Nil.

Sur un terrain de 1.200 m², l’usine comportait plusieurs rangées de miroirs paraboliques de 62 m de long et 4,5 m de large, reposant sur des berceaux métalliques, évidemment orientés vers le soleil et réfléchissant les rayons sur des tubes remplis d'eau insérés dans du verre. 

L’eau surchauffée, transformée en vapeur, était stockée dans un réservoir avec une pression suffisante pour entraîner une pompe, avec un débit maximal de quelque 1.300 m³ d’eau par heure. L’installation était ainsi en fonctionnement 24 heures sur 24 pour irriguer les champs de coton environnants.

Selon Shuman, cette invention pouvait contribuer au développement de l’Égypte, en lui permettant tout d’abord d’être moins dépendante du charbon importé à grands frais des mines de Grande-Bretagne. Puis de commenter avec emphase son projet : "La race humaine, a-t-il écrit dans une lettre publiée par le magazine Scientific American, doit enfin utiliser l’énergie solaire direct ou revenir à la barbarie."

Sans doute la raison était-elle de son côté. Mais les aléas de l’histoire internationale en décidèrent autrement : son usine d'irrigation solaire a été détruite pendant la Première Guerre mondiale et il disparut 7 mois avant la signature de l'armistice.

Marc Chartier

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