![]() |
| Lady Lucy Duff-Gordon, née Austin, auteur de "Letters from Egypt" |
(Londres, 24-6-1821, Le Caire, 14-7-1869)
Portrait peint par Henry W. Phillips (c.1851) National Portrait Gallery, London
Lucy Austin naît le 24 juin 1821, à Westminster, dans une famille de juristes. Elle passe la première partie de sa vie en Allemagne où ses parents se sont installés. À 15 ans, elle est envoyée en pension en Angleterre d'où elle ressort, quelques années plus tard, pour épouser Sir Alexandre Cornewall Duff-Gordon.
Dans les beaux quartiers de Londres, la demeure des Duff-Gordon devient vite un salon littéraire très prisé, très en vogue, fréquenté notamment par Charles Dickens. Le jeune couple voyage beaucoup et Lady Lucy se lance dans la traduction d'auteurs allemands.
Elle est jeune, belle, pleine de vie et d'entrain … mais son destin la rattrape. Elle développe une tuberculose ; à cette époque on appelait encore cette infection des poumons "phtisie". Elle tente de combattre - ou peut-être d'occulter ? - cette maladie qui la ronge et l'affaiblit en faisant de nombreux voyages, notamment vers des pays chauds.
Mais, en 1862, l'évolution inexorable du mal amène Lady Lucy à prendre une décision aussi incroyable que radicale : celle de quitter l'Angleterre ! En effet : "à défaut d'une guérison fort improbable, elle espère au moins, en s'établissant sous des latitudes plus clémentes, obtenir une rémission".
![]() |
Lady Lucy Duff-Gordon, née Austin, auteur de "Letters from Egypt" (Londres, 24-6-1821, Le Caire, 14-7-1869) |
Elle "abandonne" - semble-t-il sans une trop grande tristesse - une vie de famille, un milieu social, un univers luxueux, des relations intellectuelles - et peut-être aussi un monde fait d'apparences - pour un monde plus vrai, plus "terre-à-terre". C'est en Égypte qu'elle choisit de passer les années qui lui restent à vivre.
Et elle le fait d'une façon très originale : elle ne s'installe pas dans la communauté britannique qui aurait pu être pour elle un "cocon" mais opte pour un changement total de vie.
Même si elle demeure en relation avec sa famille qui vient la voir, même si par deux fois elle retournera en Angleterre, même si elle suit les nouvelles de son pays dans les journaux : "la dame anglaise devient une arabe qui se fond dans le paysage de l'Égypte traditionnelle et se mêle aux communautés villageoises de la province de Louqsor".
Après avoir vécu un peu à Boulaq, c'est en effet à Louqsor qu'elle a investi ce qu'elle appelle son "palais". Il s'agit en fait de la Maison de France - une demeure construite sur le temple de Louqsor par Henri Salt, et qui au fil des années est devenue la propriété du gouvernement français. Considérablement agrandie et réhabilitée par la mission Lebas venue chercher l'obélisque 30 ans plus tôt, elle est à nouveau bien dégradée.
Dans ses "Lettres d'Égypte" devenues célèbres, elle l'évoque souvent : "J'ai une grande maison délabrée au-dessus du temple de Khem. (...) La vue autour de ma maison est magnifique de tous côtés ; j'ai le Nil en face vers le nord-ouest avec une étendue splendide de verdure ; une ligne de montagne dans le lointain, couleur orange foncée, vers le sud-est, où j'ai une spacieuse terrasse couverte. (...) Maintenant je suis établie dans mon palais : le lieu me paraît de plus en plus beau. (...) Plusieurs hommes sont venus raccommoder l'escalier qui était en ruine et qui consiste en d’immenses blocs de pierre.” Ou encore : "Dans cette grande maison, je ne sens ni la chaleur ni le froid."
Elle apprend l'arabe, adopte les coutumes et rituels. Ses préoccupations du quotidien concernent les choses simples, les relations de voisinage, les histoires de Louqsor… Elle s'improvise même docteur ou infirmière. "Elle dépasse le stade de l'émotionnel ; sa relation avec l'Égypte et les Égyptiens, toute de proximité, devient fusionnelle, pour ainsi dire charnelle."
Les fellahs l'ont adoptée, comme elle les a adoptés. Ils la baptisent et l'honorent du noble et beau nom de "Nour ala Nour" (Lumière d'en Haut).
Cet amour inconditionnel et presque passionnel qu'elle ressent pour ce pays qu'elle a choisi a réussi à prolonger sa vie de quelques années, à l'embellir aussi, mais n'a pas réussi à la guérir…
La "sitt inglise" au visage clair et poudré qui était devenue une "bint-el-beled" au visage hâlé, s'éteint au Caire le 14 juillet 1869. Elle ne pourra être enterrée à Thèbes comme elle l'avait souhaité. Elle : "repose au cimetière des Anglais de ce Caire si distant de l'Égypte qui l'a adoptée et qu'elle a tant aimée".
Son amour pour ce peuple qu'elle a reconnu comme "sien" se retrouve dans l'encre des "Letters from Egypt" qu'elle nous a laissées... Témoignages passionnants d'une époque révolue, elles révèlent aussi la beauté intérieure de cette femme exceptionnelle.
marie grillot
sources :
Lady Lucy Duff-Gordon, Lettres d'Égypte 1862-1869, Petite bibliothèque Payot
Ce texte est très largement inspiré de la préface de Christophe Pincemaille parue dans cette édition et de la préface de Prévost-Paradol parue dans l'édition française des lettres en 1879
Ce texte est très largement inspiré de la préface de Christophe Pincemaille parue dans cette édition et de la préface de Prévost-Paradol parue dans l'édition française des lettres en 1879
.jpg)

_-_Google_Art_Project.jpg)


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire