dimanche 22 juin 2014

Volney : un pseudonyme pour l'auteur du "Voyage en Syrie et en Égypte"

Buste de Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais - comte Volney - dit Volney - 
Salle du serment du jeu de paume - Versailles
par Jean-Antoine-Marie Idrac- 1883


Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais naît le 3 février 1757, en Anjou, dans une famille de juristes. Bien des années plus tard, un ancien camarade de classe fera de lui ce portrait : "D'un caractère froid, hautain, bizarre, Volney était le seul qui ne prît pas part à nos jeux, quoiqu'il en restât volontiers le spectateur silencieux pendant des heures entières."
À 19 ans, il part pour Paris étudier le droit, la philosophie et la médecine. Il se rapproche du "milieu des idéologues, ce courant de pensée issu des Lumières (qui) cherche à fonder une science générale des idées en tenant compte de leurs rapports entre elles et de leur contexte".

Il côtoie Diderot, Condorcet, et Benjamin Franklin "dont l'esprit, dégagé de préjugés et surtout de croyance exerce sur lui une profonde impression". Il devient alors résolument athée, dégagé de toute sensibilité religieuse.
En 1782, un héritage de 6.000 livres lui est attribué. Ce pécule lui permet d'envisager un voyage en Orient : Égypte, Syrie et Palestine… Il s'y prépare pendant une année complète, apprend l'arabe, travaille son endurance en vue d'éventuelles situations difficiles.

C'est lors de son départ pour l'Orient qu'il devient "Volney" : un pseudonyme choisi en hommage à un philosophe du Siècle des Lumières qu'il admire : Voltaire (qui habitait à Ferney).
Il quitte Marseille le 26 septembre 1783 et débarque à Alexandrie. "C'est en vain que l'on se prépare, par la lecture des livres, au spectacle des usages et des moeurs des nations : il y aura toujours loin de l'effet des récits sur l'esprit à celui des objets sur le sens." Il passe sept mois au Caire, visitera plusieurs fois les pyramides.

Sa première réflexion est celle-ci : "La main du temps, et plus encore celle des hommes, qui ont ravagé tous les monuments de l'antiquité, n'ont rien pu jusqu'ici contre les pyramides. La solidité de leur construction et l'énormité de leur masse les ont garanties de toute atteinte, et semblent leur assurer une durée éternelle. Les voyageurs en parlent tous avec enthousiasme, et cet enthousiasme n'est point exagéré. L'on commence à voir ces montagnes factices, dix lieues avant d'y arriver. Elles semblent s'éloigner à mesure qu'on s'en approche ; on en est encore à une lieue, et déjà elles dominent tellement sur la terre qu'on croit être à leur pied ; enfin l'on y touche, et rien ne peut exprimer la variété des sensations qu'on y éprouve : la hauteur de leur sommet, la rapidité de leur pente, l'ampleur de leur surface, le poids de leur assiette, la mémoire des temps qu'elles rappellent, le calcul du travail qu'elles ont coûté, l'idée que ces immenses rochers sont l'ouvrage de l'homme si petit et si faible, qui rampe à leurs pieds ; tout saisit à la fois le cœur et l'esprit d'étonnement, de terreur, d'humiliation, d'admiration, de respect."
Cependant, la poursuite de son raisonnement traduit une nette retombée de son d'admiration : "On s'afflige de penser que pour construire un vain tombeau, il a fallu tourmenter vingt ans une nation entière ; on gémit sur la foule d'injustices et de vexations qu'ont dû coûter les corvées onéreuses et du transport, et de la coupe, et de l'entassement de tant de matériaux. On s'indigne contre l'extravagance des despotes qui ont commandé ces barbares ouvrages : ce sentiment revient plus d'une fois en parcourant les monuments de l'Égypte ; ces labyrinthes, ces temples, ces pyramides, dans leur massive structure, attestent bien moins le génie d'un peuple opulent et ami des arts, que la servitude d'une nation tourmentée par le caprice de ses maîtres."

À son retour en France, en 1787, il fait paraître le "Voyage en Syrie et en Égypte". Il décrit son périple de manière factuelle, sans images idylliques, ne s'attachant qu'aux faits et à la propre analyse qu'il en tire : "J'ai pensé que le genre des voyages appartenait à l'Histoire et non aux romans."
Il met à profit son récit pour condamner ouvertement les mensonges ou exagérations des voyageurs qui l'ont précédé. Ce livre connaît un beau succès, mais il met sérieusement à mal l'ouvrage de Claude-Etienne Savary "Lettres sur l'Égypte" paru en 1785-1786.
"Il faudra attendre le 'Voyage en Orient' (1835) de Lamartine, puis celui de Nerval (1851) pour que change le regard occidental sur un Orient à la fois divers et métissé." (Sarga Moussa).

Marie Grillot


http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/91/01/02/PDF/L_Egypte_de_Volney.pdf
"Le voyage en Egypte", Sarga Moussa, Bouquins Robert Laffont, 2004
http://fr.wikipedia.org/wiki/Volney

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