samedi 21 juin 2014

P.-F.-Xavier Bouchard : le découvreur de la pierre de Rosette

Illustration de Cecil Langley Doughty (1913-1985)

Est-il possible de dire que c'est grâce à lui que tout à commencé ? S'il n'avait pas trouvé la pierre, s'il n'avait pas évalué son importance, où en serait aujourd'hui le déchiffrement des hiéroglyphes ?

Pierre-François-Xavier Bouchard naît le 29 avril 1771, à Orgelet, dans le Jura, où il fait ses études. Puis, c'est à Besançon qu'il se spécialise en philosophie et en mathématiques. En 1793, il s'engage dans l'armée et part combattre en Champagne et en Belgique. En 1794, il entre à l'École nationale d'aérostatique dont il devient enseignant, puis sous-directeur.

"Au cours d’une expérience pour gonfler les ballons d’observation, il est blessé à l’œil. Il fait la connaissance du chimiste Berthollet, il est admis à Polytechnique. Il suit les cours de géométrie descriptive du mathématicien Gaspard Monge et il append l’art des fortifications."

En 1798, il est affecté au corps expéditionnaire d'Égypte, puis nommé membre de la Commission des Sciences et des Arts. Le 31 octobre 1798, afin de défendre efficacement la ville de Rachid (Rosette), Bonaparte donne l'ordre d'en réparer les fortifications. Borg Rachid, rebaptisé "Fort Julien" par les Français, en souvenir d'un aide de camp tué dans la région en juillet 1797, est situé à 7,5 km au nord-ouest de Rosette. C'est précisément là que lors de travaux de terrassement réalisés en juillet 1799 (entre le 14 et le 25), est découverte et dégagée la fameuse pierre noire. Elle sera ainsi décrite plus tard par Champollion : "De forme rectangulaire, dont la face bien polie offrait trois inscriptions en trois caractères différents. L'inscription supérieure, détruite ou fracturée en grande partie est en écriture hiéroglyphique, le texte intermédiaire appartient à une écriture égyptienne cursive et une inscription en langue et caractères grecs occupe la troisième et dernière division de la pierre."

Bouchard est immédiatement convaincu de l'importance de cette découverte. Le général Menou demande une traduction du texte grec. "La déclaration officielle de la découverte, révélée dans le 'Courrier de l'Égypte', organe de presse de l'armée, ne parut que le 15 Septembre 1799, c'est-à-dire le jour même du retour de Bonaparte en France. Entre-temps, Bouchard avait été chargé d'assurer le transport de la pierre qui fut remise à la mi-août à l'Institut d'Égypte où l'on releva sans retard des empreintes pour faciliter l'étude du précieux document. Grâce aux copies réalisées, la découverte fut diffusée en France et à travers l'Europe, Bonaparte annonçant lui-même le 27 octobre la venue prochaine à Paris de la pierre, plaçant ainsi l'événement au premier plan des résultats de son aventure égyptienne."

Les évènements en décideront autrement… Les revers subis par l'armée française conduiront à la saisie de la pierre par les Anglais. C'est le 17 septembre 1801 qu'ils annoncent à Jean-Baptiste Fourier, secrétaire de l'Institut d'Égypte, que les savants peuvent emporter notes, dessins et petites collections… mais que les antiquités volumineuses et lourdes doivent leur être laissées.

C'est ainsi que la pierre de Rosette rejoindra non pas le Louvre, mais le British Museum.

La carrière militaire de Bouchard se poursuit, semée d'embûches. Il sera emprisonné plusieurs fois, dont deux en Égypte, puis plus tard à la Jamaïque alors qu'il fait partie de l'expédition des Antilles françaises, puis en 1812 en Angleterre.

En 1814, la signature du Traité de Paris lui permet enfin de rentrer en France. "Sous la Restauration, il est fait Officier de la Légion d’Honneur et nommé Chevalier de Saint Louis. Pendant les Cent-Jours, il se rallie à Napoléon qui le charge de la défense de Laon. Après la défaite de Waterloo, il est affecté aux villes fortifiées du nord de la France."

Il meurt le 5 août 1822, à Givet. Champollion, grâce à la découverte de Rosette, a fait un long, fructueux et merveilleux travail qui se concrétisera, quelques semaines plus tard (le 14 septembre), par cet "Eureka" - "je tiens l'affaire". Le 17 septembre, il rédige "La lettre à M. Dacier relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques" par laquelle il fait part de sa découverte du déchiffrement des hiéroglyphes !

Des années plus tard, le 10 mai 1831, dans son discours d'ouverture du cours d'archéologie au Collège de France, il ne manquera pas de rendre hommage à Bouchard.

marie grillot

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