C'est lors de la saison de fouilles 1895-1896 que William Matthew Flinders Petrie découvre, à la périphérie nord du temple du Ramesseum, "dans les vestiges d'un édifice en briques crues", un superbe buste à l'image d'une reine.
D'une hauteur de 76 cm, d'une largeur de 44 cm, il est "en calcaire blanc lustré rehaussé de couleurs". Sa facture exceptionnelle le classe dans les chefs-d'œuvre de la statuaire du Nouvel Empire.
La souveraine est d'une beauté qui captive le regard : son visage clair et parfaitement symétrique est encadré par une ravissante perruque tressée qui a conservé des traces de peinture bleue. Surmontée par un mortier cerclé d'uraei disqués, cette élégante coiffe est maintenue par un diadème doré, d'où se détachent en relief deux uraei dressés au niveau du front, l'un portant la couronne rouge, l'autre, la couronne blanche.
La reine est jeune… "L'expression du visage est sereine. Les yeux en amande, prolongés par une ligne de bistre (entre deux petites ciselures) présentent des paupières lourdes. L'absence de sourcils mérite d'être soulignée" analyse Francesco Tiradritti dans "Les merveilles du musée égyptien du Caire". Ses lèvres teintées de rose esquissent un sourire d'une indicible douceur. Son nez a malheureusement été abîmé mais cette mutilation ne nuit en rien à son immense charme. Ses oreilles sont ornées de boucles rondes peintes en jaune-or.
"La poitrine est couverte par un beau collier ousekh, dont les perles reproduisent le signe hiéroglyphique nefer, symbole du bonheur ; la tunique, dont on ne voit que la partie supérieure, est ornée, sur les seins, d’une rosace" (Jacques Vandier, "Manuel d'archéologie égyptienne").
Elle serre, de sa main gauche, le "contrepoids du collier de perles menat, qui est le symbole de Hathor, la déesse de la musique, de l'amour et de la beauté" précise Abeer El-Shahawy dans "The Egyptian Museum in Cairo")
Cette statue demeura longtemps anonyme car seul le texte de la partie supérieure du pilier dorsal demeurait… Aussi, faute de pouvoir lui attribuer une identité, elle a été dénommée, "La reine blanche" ou "reine à la menat"…
Mais, son histoire se "redessine" en 1981 … En dégageant le temple de Min à Akhmîm, en Moyenne-Egypte, des égyptologues égyptiens découvrent une statue "inscrite", beaucoup plus grande mais dont la ressemblance est frappante…
"L'étude qui allait s'ensuivre autorisa d'intéressants parallèles, grâce auxquels fut finalement restituée l'identité de la fameuse 'reine blanche' de Thèbes-Ouest. Ceci dit, l'édifice dans lequel elle avait été retrouvée n'a jamais été dédié, comme le pensait Petrie, à cette princesse-reine. En effet, une nouvelle fouille menée en 1994 a permis de reconnaître en ce lieu, un bâtiment à caractère plutôt administratif, construit sur ordre d'Amenhotep IV/Akhenaton comme sont venues le confirmer les briques et dalles estampillées à son nom, retrouvées dans les assises des murs et en pavement de la cour. Au cours de ces recherches, plusieurs autres fragments de la statue de Merytamon furent découverts in situ, indiquant notamment que la reine devait être représentée debout. En fait, tout porte à croire désormais que cette belle statue en calcaire polychrome provenait originellement du Ramesseum et qu'elle avait dû être transportée en cet endroit par des pillards, en vue d'un débitage, comme a pu en témoigner la présence, à proximité des fragments, d'une pointerolle en cuivre" (Christian Leblanc, ''Les reines du Nil'').
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| Statue de Merytamon découverte dans le temple de Min à Akhmîm en 1981 (photo marie grillot) |
"Méritamon (mrjt-jmn) est une reine d'Égypte de la XIXe dynastie. Elle fut la 4e fille et l'épouse du Pharaon Ramsès II (-1279/-1213 avant notre ère), et la 3e fille de la reine Nefertari. Parce qu'elle occupa un rang privilégié dans l'imagerie officielle, elle naquit sûrement avant le couronnement de Ramsès II et fut probablement la plus âgée des filles de Nefertari qui lui ait survécu". Selon Christian Leblanc, pourtant rien n'autorise à voir en elle l'aînée de cette lignée maternelle, puisque sa position varie assez souvent dans les processions princières figurées dans le contexte des temples.
Et, selon l'égyptologue "C'est très probablement dans les années 24 et 26 du règne, qu'elle se maria avec son père".
"L'aimée d'Amon" est mentionnée dans le temple de Louqsor, exerçant les fonctions de prêtresse et chanteuse d'Hathor. Elle est pourvue de qualificatifs extrêmement élogieux : "Celle qui remplit l'avant-cour de l'odeur de son parfum ; Celle qui se tient près de son Seigneur comme Sothis est à côté d'Orion ; Chanteuse d'Atoum ; Joueuse de sistre de Mout ; Danseuse rituelle d'Horus ; La joueuse de menat d'Hathor ; Maîtresse du sistre ; La bien-aimée de son Seigneur ; La bien-aimé du Seigneur des Deux Terres ; Belle dans le palais ; On est heureux de ce qu'elle dit quand elle ouvre sa bouche pour apaiser le Seigneur des Deux Terres ; Celle dont le front est parfait portant l'uraeus ; Fille du Roi dans le palais [?] du Seigneur de nombreux festivals [?] ; Celle dont la face est splendide, qui est magnifique dans le palais".
Merytamon mourut avant son père. Sa demeure d'éternité se trouve dans la Vallée des Reines : la QV 68 est située entre la tombe de Nefertari et celle de Bentanat.
Enregistré au Journal des Entrées du Musée égyptien du Caire JE 31413, et au Catalogue Général CG 600, le magnifique buste y a longtemps été exposé dans la salle 15. Puis, en octobre 2019, son transfert vers le nouveau musée d'Hurghada a été décidé. On se souvient en effet que, dans l'interview que le Dr Mostafa Waziri nous avait accordée, au Caire en juin 2018, il avait fait état de la politique affichée du Ministère des Antiquités d'ouvrir et de promouvoir des musées régionaux ...
Certes, on peut se réjouir que la beauté exceptionnelle de cette reine en fasse une ambassadrice de charme sur les bords de la Mer Rouge … Mais on ne peut que s'attrister que les visiteurs du musée de Tahrir soient privés de sa belle présence … ou bien encore regretter qu'elle ne soit pas "revenue" à Thèbes, lieu de sa découverte…
marie grillot
sources :
Gaston Maspero, Guide du visiteur au Musée du Caire, IFAO, Le Caire, 1915, p. 189, n° 741
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572454w/f243.image.r=RAMESSEUM
Jacques Vandier, Manuel d'archéologie égyptienne, tome III, Les grandes époques, la statuaire, Editions A. et J. Picard, Paris, 1958
Francesco Tiradritti, Trésors d'Egypte, Les merveilles du musée égyptien du Caire, Gründ, 1999
Guide National Geographic, Les Trésors de l'Egypte ancienne au musée égyptien du Caire, 2004
Abeer El-Shahawy, The Egyptian Museum in Cairo, Matḥaf al-Miṣrī, American Univ in Cairo Press, 2005
Christian Leblanc,Reines du Nil, Bibliothèque des introuvables, 2009
Christian Leblanc, Ramsès II et le Ramesseum, L'Harmattan, 2019
Monique Nelson, La Chapelle dite "de la Reine Blanche" - Site web de la MAFTO - Mission Archéologique Française de Thèbes-Ouest
http://www.mafto.fr/sites-archeologiques/la-chapelle-dite-de-la-reine-blanche/
Florence Quentin, Les grandes souveraines d'Egypte, Perrin, 2021




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