Comment un simple ouvrier devient-il directeur de l'Ifao (Institut français d'archéologie orientale) au Caire ? Ce destin incroyable, Émile Chassinat le doit à sa rencontre avec Gaston Maspero !
Alors qu'il est ouvrier compositeur à l’Imprimerie Nationale, il décide d'améliorer ses compétences typographiques en se spécialisant dans les langues orientales. C'est alors qu'il rencontre Gaston Maspero qui, séduit par son intelligence, se prend d'amitié pour lui et l'encourage à passer son baccalauréat. Émile Chassinat se révèle boulimique de savoir et développe une immense passion pour l'égyptologie.
En 1894, il a 26 ans, il présente une thèse sur un texte religieux ptolémaïque("Livre de protéger la barque divine"). La même année, il est nommé attaché au Département des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. L'année suivante, il part au Caire en qualité de membre de l'Ifao et il fait notamment partie de à la Commission internationale du catalogue scientifique du musée du Caire.
Son intelligence est vive, ses centres d'intérêt multiples, ses raisonnements rigoureux et "en toute chose, la curiosité l’amenait à ne pas rejeter les éléments à première vue irrationnels".
En 1898, Urbain Bouriant, directeur de l'institut, doit quitter son poste pour des raisons de santé et c'est tout naturellement que le poste lui est proposé.
Sa gestion de l'Institut est remarquable, c'est lui qui décide notamment l'achat du Palais Mounira, où siège depuis l'Ifao. "Il crée aussi une imprimerie orientaliste avec un atelier de fonderie pour créer les nouveaux caractères ; il y consacre beaucoup de son temps et dessina lui-même près de la moitié des sept mille signes qui composent la fonte hiéroglyphique de l’Ifao : son expérience d’imprimeur servait son métier d’égyptologue."
Il mène également des fouilles sur différents chantiers : Abou Roach, Assiout, Vallée des Rois…
Mais sa spécialité demeure l'épigraphie ptolémaïque. "C'est à lui que revint de poursuivre l’œuvre tout juste esquissée de l’aristocrate marquis Maxence de Rochemonteix : la publication des textes ptolémaïques d’Edfou.”
En 1912, son destin prend une toute autre tournure. Il achète un lot de manuscrits coptes qui se révèlent être des manuscrits volés… L'opprobre est jeté sur lui, il est alors contraint à démissionner.
Il se consacre alors à ses parutions notamment "5000 pages de textes hiéroglyphiques provenant des sites d’Edfou et de Dendara". Il se consacre parfois à certaines études. "On se prend, paradoxalement, à regretter que l’incomparable talent du savant à publier des textes l’ait empêché de nous livrer plus d’études remarquables, tel ce Mystère d’Osiris dont les deux volumes d’analyses lexicographiques et de synthèses religieuses constituent un travail inégalable."
Après cette esquisse de la vie "professionnelle" de l'homme, les mots de Sylvie Cauville, directeur de recherche au CNRS, nous sont précieux pour appréhender, de façon "plus humaine" sa personnalité. "Il figure au nombre des plus grands égyptologues français et son œuvre n’a pas vieilli. Il a laissé à ceux qui l’ont connu le souvenir d’un homme aimable, souriant, au regard vif et pénétrant, enthousiaste et travailleur jusqu’à son dernier souffle. Générosité et fidélité le caractérisaient, tout comme l’absence d’esprit courtisan, pour les uns… de souplesse, pour les autres. Il en reste un esprit intelligent servi par une curiosité illimitée et une puissance de travail hors pair."
marie grillot
sources :
http://www.montpellier-egyptologie.fr/emile.chassinat?PHPSESSID=c668debdcce5a82759e698ebb637bdc3
“Dictionnaire des orientalistes de langue française”, François Pouillon, IISMM-Karthala,2012
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Gaston_Chassinat

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