dimanche 22 juin 2014

Champollion, de l'obélisque de Louxor à l'obélisque du Père-Lachaise


Encadrant le portrait de Champollion : à g. : l'obélisque de Louxor (Place de la Concorde - Paris) ; 
à dr. : l'obélisque de la sépulture de l'égyptologue, cimetière du Père-Lachaise (Paris)

En ce moment qui revêt une symbolique si particulière dans l'Égypte ancienne, en cette heure où le soleil triomphe enfin des ténèbres, Jean-François Champollion s'éteint le 4 mars 1832, à 41 ans, rongé par la maladie.

Il a toujours eu une santé fragile. On se souvient de sa syncope lors de son "eurêka" et de ses fréquents malaises qui survenaient lors de ses relevés dans les tombes. 

La phtisie, le diabète, le surmenage l'ont affaibli depuis des mois. Son séjour en Égypte au cours duquel il buvait l'eau du Nil a également été néfaste à son foie fragile.

Les quelques mois d'automne passés à Figeac où il est retourné se faire choyer en famille ne lui ont apporté qu'un léger mieux. De retour à Paris début décembre, il reprend ses cours, mais doit les abandonner au bout de quelques jours. Essoufflé et épuisé par des quintes de toux interminables, il ne retournera plus au Collège de France. 

Il continue à travailler à sa grammaire, épaulé par son frère, Jacques-Joseph, le fidèle, le protecteur de tous les instants à qui il dira : "J'espère qu'elle sera ma carte de visite pour la postérité."

En janvier son état empire ; début février, il entre dans un délire dont il ne ressortira que brièvement.

Il aura le temps de dire à son frère : "Je veux être enterré au Père-Lachaise, près de Fourier."

Il aura le temps de demander à revoir sa "tenue d'égyptien", sa tenue qui lui rappelle certainement les plus beaux jours de son existence : sa galabiah, son tarbouche, son caftan… et ses babouches de Gournah.

Il aura le temps de s'inquiéter du transport de l'obélisque. L'obélisque qu'il a choisi lui même à Louxor, et qui revient sur le "Luxor" , navire commandé par l'un de ses très chers amis, celui-là même qui commandait "l'Astrolabe" lors de son retour de l'expédition franco-toscane.

Le 3 mars, il reçoit l'extrême onction… Le 6 mars 1832, il est enterré dans la division 18 du Père-Lachaise, sa tombe fut recouverte de lauriers et : "son cercueil fut déposé, suivant son vœu non loin de Fourier, le mathématicien, le préfet, l'ami, l'initiateur". Si nombre de personnalités présentes regrettent le savant et bien sûr son inestimable apport à la connaissance de l'antiquité, nombreux sont là en amis, parce que Jean-François fut : "bon, indulgent, serviable, digne en tout de sa haute réputation et du respect qui environna sa vie". Plus tard, Rosine son épouse "fit élever à ses frais le monument simple mais digne que l'on peut voir aujourd'hui encore dans l'allée des Acacias". 

Une grande dalle de pierre porte l'inscription suivante : ICI REPOSE JEAN-FRANÇOIS CHAMPOLLION NÉ A FIGEAC, DÉPT. DU LOT, LE 23 DÉC. 1790 DÉCÉDÉ À PARIS LE 4 MARS 1832 

Un obélisque de grès y a ensuite été ajouté, avec ces seuls mots gravés : "Champollion le jeune", mais le symbole est là, solaire, lumineux…

M. de Forbin, directeur des musées royaux, s'adressera au roi : "pour lui demander de faire exécuter en marbre le buste de M. Champollion jeune pour être placé dans le musée égyptien dont il est le fondateur". Le conseil municipal de la ville de Figeac, réuni le 11 mars 1832, décidera, en hommage à l'illustre enfant du pays, l'érection d'un monument, Place de la Raison. Un obélisque, en granit du pays, haut de près de 8 m, rappelle celui qui "le premier pénétra dans les mystères de l'écriture et des monuments de l'antique Égypte". 

Des témoignages et de nombreux hommages afflueront vers Jacques Joseph, inconsolable… Charles Lenormant qui l'avait accompagné en Égypte aura pour lui ces paroles admiratives : "Il avait cette force d'intuition qui n'appartient qu'au génie… et cette résignation tranquille à ignorer ce qu'il n'est pas temps de savoir". 

Même Wilkinson (qui avait pourtant refusé de le rencontrer) enverra, depuis Gournah, des condoléances attristées saluant : "l'inestimable talent de ce savant". Et cet hommage, anonyme, mais qui nous restitue une dimension toute affective : "On ne regrettera pas moins l'homme que le savant : quelle égalité d'humeur, quel besoin d'affection, quelle tendresse de cœur !" 

Jacques Joseph aura à cœur de perpétuer la mémoire de ce frère tant aimé, celui qui "avait été plus que sa propre existence". Il publiera ses œuvres posthumes, notamment la "Grammaire égyptienne", le "Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique" et les "Monuments de l'Égypte et de la Nubie"… 

marie grillot


sources :
Champollion, une vie de lumières, Jean Lacouture, Grasset, 1988

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