En octobre 1891, Howard Carter arrive en Egypte afin de travailler pour l'Egypt Exploration Found, en tant que dessinateur et copiste de Percy Edward Newberry. Puis, à partir de 1893, toujours pour l'EEF, mais cette fois-ci sous la direction d'Edouard Naville, il copie les bas-reliefs de Deir el-Bahari destinés à illustrer l'ouvrage de l'égyptologue "The Temple of Deir el-Bahari".
C'est dans ce contexte que, cinq ans plus tard, celui qui, en novembre 1922 sortira Toutankhamon de l'oubli fera, de façon totalement fortuite, sa première découverte…
Cette "aventure" est digne d'un "Indiana Jones" ! Elle débute en novembre 1898, par un jour exceptionnellement gris et pluvieux sur la nécropole thébaine et le cirque rocheux de Deir el-Bahari.
Carter est inquiet de l'impact de ces pluies sur les peintures murales. Aussi, décide-t-il de se rendre sur le site, "avec son collègue Charles Sillem", afin de remédier à de potentiels dommages.
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La tombe dénommée "Bâb el-Hossan" découverte en 1898 (excavée en 1900) par Howard Carter est en fait un cénotaphe de Montouhotep II : son emplacement, devant son temple funéraire, est visible ici |
Alors qu'il se trouve devant le temple de Montouhotep, le pied de son cheval s'enfonce dans un trou… et ils tombent tous les deux ! Carter se relève et s'empresse d'examiner ce qui a été à l'origine de la chute. "En regardant dans le petit trou formé là, je vis les traces d’un ouvrage de pierre" relate-t-il.
Très intrigué, il s'en ouvre ensuite à Edouard Naville. Cette zone n'étant pas sur le domaine de sa concession, il y accorde peu d'importance et ne l'encourage pas à mener d'autres investigations.
Howard Carter, quant à lui, n'oubliera pas cet endroit, se promettant d'y revenir afin d'approfondir les recherches. Pour cela, il devra attendre que sa situation professionnelle évolue, ce qui, finalement se fera assez rapidement. En effet, en 1899, Gaston Maspero de retour à la tête du Service des Antiquités, le nomme inspecteur général des monuments de Haute-Égypte.
L'année suivante, se sentant enfin libre d'approfondir ses recherches, il retourne sur les lieux et voit son intuition confirmée : il s'agit bien d'une sépulture ! Le travail à mener pour dégager ce qui sera connu sous le nom de "Bâb el-Hossan" ("La tombe du cheval") s'avérera gigantesque !
L'ouverture, qui devra être amplement élargie, conduit à un couloir creusé dans le roc qui, à 17 mètres de profondeur, débouche sur une porte scellée. Le déblaiement, mené avec une importante équipe qui se relaie sans relâche, semble interminable !
Derrière la porte se trouve un couloir long de 150 m qui mène à une grande pièce. À l'intérieur, drapée, enveloppée dans du lin, une imposante statue !
Un puits conduit à une seconde chambre située une trentaine de mètres plus bas. Dans celle-ci, Carter trouve un cercueil vide, des vases, des pots, des modèles de bateaux. Dans un autre puits, est découvert un coffre en bois qui porte le nom d'un pharaon. C'est cette inscription-là qui permettra d'identifier la statue.
Haute d'1,38 m, large de 0,47 m, elle est en grès peint et représente Montouhotep II assis sur son trône. Coiffé de la couronne rouge de Basse-Égypte, il porte l'habit blanc du jubilé (sed) qui crée un contraste saisissant avec ses chairs noires. Dans leur "Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire", Mohamed Saleh et Hourig Sourouzian émettent cette intéressante hypothèse : "Il semble bien qu'on ait peint la statue en noir avant de l'ensevelir".
Son visage large aux lèvres charnues est orné de la barbe postiche recourbée en son extrémité. Ses yeux, aux iris très sombres et à la cornée peinte en blanc, sont étirés par une ligne de fard. Ses bras sont croisés sur la poitrine dans la position osiriaque, poings serrés mais pouce droit. Ses jambes sont très épaisses et ses pieds paraissent démesurés.
Dans "Les merveilles du musée égyptien du Caire", Rosanna Pirelli analyse ainsi cette représentation particulière du souverain : "C'est là une image forte et hiératique du deuxième unificateur de l'État pharaonique après Ménès. La statue symbolise la double nature du pharaon lequel de son vivant, incarne le dieu-faucon Horus, le puissant conquérant, alors que mort il est identifié à Osiris le souverain des défunts".
Howard Carter a-t-il découvert la tombe du grand pharaon ? Pour Mohamed Saleh et Hourig Sourouzian : "La statue de Montouhotep avait été enterrée rituellement dans un caveau sous la terrasse (de son temple) et qui semble avoir été le tombeau initial du roi, avant d'avoir été transformé en cénotaphe. L'entrée de ce caveau débouchait dans l'avant cour du monument funéraire de Montouhotep".
Ayant réunifié l'Egypte, Montouhotep II ("puisse Montou être satisfait") - Nebhepetrê - devient le premier roi du Moyen Empire qu'il initie en instaurant la XIe dynastie. Il régnera entre 2061 et 2010 av. J.-C. (2045 - 1994 ?) et fera de Thèbes la capitale du royaume. "Le long règne de Montouhotep II voit le retour d'une monarchie unifiée sur l'Egypte dans ses frontières antérieures, entre la 1ère cataracte et la Méditerranée. Le roi s'attache à occuper pleinement les fonctions traditionnelles du souverain égyptien telles qu'elles furent définies durant l'Ancien Empire… Il a conduit une importante politique de restauration culturelle et commerciale"… ("L'Egypte pharaonique, histoire, société, culture").
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| Emplacement du temple de Montouhotep (en partie ruiné aujourd'hui) dans le cirque rocheux de Deir el-Bahari |
Le temple funéraire qu'il se fit élever à Thèbes est ainsi évoqué par Christian Leblanc dans "Le Bel Occident" : "À l’ouest de la ville, le nom et l’œuvre de Montouhotep II restent surtout attachés à la construction d’un complexe funéraire d’un type nouveau, aménagé dans le grandiose cirque de Deir al-Bahari, un site que l’on appelait à l’époque et encore sous le règne de Sésostris III, Int (n) Nb- Hpt-Ra, la 'Vallée de Nebhepetrê'. On parvenait à ce monument, par une longue voie bordée de murs et dont l’esplanade était agrémentée d’un jardin planté de tamaris et de sycomores. Il s’agissait d’un tombeau double si l’on considère qu’il comprenait un temple-cénotaphe, vaste construction à étages pourvue de portiques que surmontait une plateforme en tronc de pyramide où se dressaient peut-être un ou deux obélisques, et la tombe proprement dite aménagée au pied de la falaise, et dans laquelle ne fut retrouvé que le sarcophage du roi. Le cénotaphe abritait un caveau fictif auquel on accédait, depuis l’esplanade, par une descenderie (découvert fortuitement par H. Carter en 1898)". Le site est aujourd'hui fortement dégradé et ne se visite pas. On peut cependant l'apercevoir depuis le temple d'Hatshepsout, ou mieux encore, en avoir une vue d'ensemble par le sentier reliant Deir el-Bahari à Deir el-Medineh qui le surplombe.
Quant à cette statue "trouvée sous le sabot d'un cheval", elle est exposée au musée du Caire (JE 36195) et représente un magnifique exemple de la renaissance de l'art égyptien du début du Moyen Empire...
Il est important de préciser que, dans "Howard Carter, The path to Tutankhamun", T.G.H. James souligne que cette découverte n'avait pas été alors à la hauteur de ce qu'escomptait Howard Carter... "Sa déception était assez profonde en soi, mais pire encore, elle était accrue par le fait qu'il avait commis la bêtise d'informer Lord Cromer, le consul général britannique, qui détenait en fait le pouvoir en Égypte, suggérant qu'il était possible qu'un tombeau, peut-être royal, avait été retrouvé. Comme Maspero l’écrivit à Naville : 'Il avait annoncé sa découverte trop tôt à Lord Cromer. Lord Cromer est venu assister à son succès et il est maintenant désespéré n'ayant rien pu lui montrer de ce qu'il avait prédit. Je le console du mieux que je peux, car c'est vraiment un bon garçon et il fait son devoir très bien'".
Cette expérience un peu malheureuse fait d'ailleurs dire à Nicholas Reeves dans "Ancient Egypt. The great discoveries" : "Carter décida alors que, pour toute future éventuelle découverte, il attendrait d'être absolument certain de ce qu'il avait trouvé avant d'en faire l'annonce. Et pour Toutankhamon, c'est cette stratégie qu'il adoptera"…
marie grillot
sources :
Herbert Eustis Winlock, Excavations at Deir El Bahri 1911-1931, The Macmillan Company, New York, 1942
https://archive.org/details/Winlock_Deir_El_Bahari_1911-1931
Thomas Garnet Henry James, Howard Carter, The path to Tutankhamun, TPP, 1992
https://archive.org/stream/HowardCarterThePathToTutankhamunBySam/Howard+Carter+The+Path+to+Tutankhamun+By+Sam_djvu.txt
Nicholas Reeves, Richard H. Wilkinson, The complete Valley of the kings, The American University in Cairo Press, 1996
Mohamed Saleh, Hourig Sourouzian, Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire, Verlag Philippe von Zabern, 1997
Francesco Tiradritti, Trésors d'Egypte - Les merveilles du musée égyptien du Caire, Gründ, 1999
Nicholas Reeves, Ancient Egypt. The great discoveries, Thames & Hudson, 2002, Les Grandes découvertes de l'Egypte ancienne Editions du Rocher, 2001
Guide National Geographic, Les Trésors de l'Egypte ancienne au musée égyptien du Caire, 2004
The Egyptian Museum in Cairo, Abeer El-Shahawy, Matḥaf al-Miṣrī, American Univ in Cairo Press, 2005
Pierre Tallet, Frédéric Payraudeau, Chloé Ragazzolli, Claire Somaglino, L'Egypte pharaonique, histoire, société, culture, Armand Colin, 2019
Christian Leblanc, Angelo Sesana, Le Bel Occident de Thèbes Imentet Neferet, De l'époque pharaonique aux temps modernes - Une histoire révélée par la toponymie, L'Harmattan, 2022






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