Gamal Abdel Nasser naît le 15 janvier 1918 dans une famille de la classe moyenne des faubourgs d'Alexandrie. Il suit les différentes affectations de son père, fonctionnaire de l'Administration des Postes égyptiennes, puis se fixe définitivement au Caire en 1933.
Bien qu'indépendante depuis 1922, l'Égypte demeure sous domination britannique. Nasser, comme beaucoup de jeunes de sa génération, supporte mal ce qu'il considère comme une humiliation. En 1930, il participe à sa première manifestation pour l'Indépendance de l'Égypte. Il est mis en garde à vue : "Je n'étais qu'un étudiant plein d'exaltation en rentrant en prison, j'en suis sorti envahi par la colère." En 1935, il conduit une manifestation étudiante contre l'influence britannique. Blessé à la tête, il en garde une cicatrice dont il dit qu' "elle lui rappelle chaque jour le devoir patriotique qui repose sur mes épaules en tant qu'un des enfants de cette chère patrie".
Fin 1937, il intègre l'Académie Militaire égyptienne où son parcours - d'enseignant ou de combattant - est exemplaire. Atteint par la défaite des pays arabes devant Israël en 1948, il crée en 1949 l'Association Clandestine des Officiers Libres dont le but est d'émanciper l'Égypte de l'impérialisme occidental. En 1952, bien qu'inspirateur du coup d'État qui renverse le roi Farouk, il demeure en retrait. Ainsi, le 18 juin 1953, jour même de l'abolition de la royauté et de la proclamation de la République d'Égypte, c'est le général Neguib qui en devient président. Mais personne ne s'y trompe ! Nasser, qui est vice-président du Conseil et Ministre de l'Intérieur et dont les amis sont aux postes clés du gouvernement, est en réalité le véritable maître du pays. Peu à peu, Neguib est écarté du pouvoir et, le 14 novembre 1954, Nasser est nommé Premier ministre.
Une nouvelle constitution est rédigée en janvier 1956. Elle comporte de belles avancées. Elle accorde notamment le droit de vote aux femmes, interdit toute discrimination sexuelle et assure la protection aux femmes dans le monde du travail. La nomination de Nasser à la Présidence ainsi que la nouvelle constitution sont soumises à référendum le 23 juin 1956, et approuvées par plus de 99 % des électeurs.
La présidence de Nasser n'est pas "un long fleuve tranquille". Le Raïs rebat les cartes de la politique nationale et internationale bouleversant les rôles et influences stratégiques des grandes puissances. Il essaie aussi d'instaurer une entente entre différents pays du monde arabe.
Comme il a fait équiper son armée par l'URSS, les USA renoncent au financement de la construction du nouveau barrage d'Assouan. Le 20 juillet 1956, c'est la nationalisation du canal de Suez. Le 26 octobre 1956, Israël attaque l'Égypte, et le 31, la France envoie également ses troupes. L'ONU impose un cessez-le-feu le 4 novembre et le 22 décembre, la France, Israël et la Grande-Bretagne se retirent.
C'est l'Union soviétique qui participe au financement du nouveau barrage. En 1958, espérant obtenir une place prépondérante dans le monde arabe, Nasser essaie de réunir l'Égypte, la Syrie, le Yemen, et plus tard l'Irak, en une fédération qui serait placée sous sa coupe. Cependant, en 1963, constatant que les tractations ne peuvent aboutir, il se voit dans l'obligation de renoncer. Ses efforts pour susciter une solidarité arabe dans le domaine économique échouent aussi, faute d'unité entre les pays concernés.
Du 5 au 11 juin 1967, la "Guerre des Six Jours" entre Israël et l'Égypte coûte au pays, non seulement la perte d'une bonne partie de ses équipements militaires, mais aussi les revenus du canal de Suez et ceux du pétrole du Sinaï.
Les années suivantes sont secouées par de nombreux incidents, notamment en 1968 autour du canal et, en 1969, par la guerre d'usure avec Israël. Une éclaircie a lieu toutefois lors de l'acceptation d'un plan de paix, signé par Golda Meir et Nasser. Le cessez-le-feu le long du canal de Suez entre en vigueur le 7 août, les troupes israéliennes se retirent, et l'Égypte récupère le Sinaï.
Nasser intervient comme médiateur dans plusieurs conflits arabes. Il arrive, le 27 septembre 1970, à mettre fin à l'affrontement jordano-palestinien connu sous le nom de "Septembre noir".
Mais le lendemain, il succombe à une crise cardiaque, alors qu'il n'a que 52 ans.
Le bilan de ce "Pharaon des temps modernes" est mitigé. Les Russes ont bien souvent pris les places qu'occupaient les Anglais. Les réformes engagées n'ont pas toujours été suivies d'effet. Celle si retentissante du monde agraire (qui a limité l'étendue des propriétés et a permis aux travailleurs agricoles d'acheter des terres en rendant obligatoire l'adhésion aux coopératives) a effectivement favorisé la progression de la production agricole, mais elle n'a profité qu'à 8 % des paysans ! Et l'année 1967 a marqué la fin de la croissance économique…
L'action de Nasser s'identifie dans l'esprit égyptien à la révolution nationale, au départ définitif de l'occupant britannique, à l'évolution de l'industrie et à l'édification du nouveau barrage d'Assouan.
Et, en ce jour anniversaire, comment ne pas rappeler les paroles de l'un de ses discours qui semblent, à quelques mots près, d'une si puissante actualité : "Mon devoir est celui de libérer la nation du colonialisme et de restaurer la souveraineté du Peuple. Les martyrs qui ont continué à tomber ont consolidé ma conviction quant à l'importance de la libération de l'Egypte."
Christiane Duquesne - marie grillot
sources :
Gamal Abdel Nasser (Jean Lacouture) - Larousse encyclopédie -


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