samedi 7 février 2026

Le "Livre des Morts de Youya" : 19 mètres de formules pour l'éternité !

Livre des Morts de Youya - papyrus, encre, pigments - XVIIIe dynastie - provenant de la tombe de Youya et Touya (KV 46)
découverte le 5 février 1905 dans la Vallée des Rois par James Edward Quibell pour le compte de Theodore Monroe Davis et du Service des Antiquités
Musée Egyptien du Caire - CG 51189 - feuille 1


La tombe de Youya et Touya a été mise au jour, le 5 février 1905,  dans la Vallée des Rois, par James Edward Quibell qui travaillait alors pour le compte du mécène américain Theodore Monroe Davis.  


Quel était donc ce couple qui avait eu le privilège d'être enterré dans la nécropole royale ? Dans "12 reines d'Egypte qui ont changé l'histoire", Pierre Tallet le présente ainsi : "Youya était originaire d'Akhmim en Moyenne-Egypte et portait les titres de 'directeur des écuries royales' et de 'père divin'" ; Touya était 'ornement royal' et 'chanteuse d'Amon'. Il a même été proposé - sans que l'on puisse en apporter la preuve définitive -  que cette famille ait eu des liens de parenté avec Moutemouia la mère du roi". Ce qui est avéré, c'est qu'ils étaient les parents de la grande reine Tiyi, épouse bien aimée du grand Amenhotep III et, par là-même, beaux-parents du grand pharaon qui régna plus de trente ans sur les Deux Terres. Ils se trouvent ainsi, de fait, être les grands-parents d'Amenhotep IV - Akhenaton…

Masques funéraires de Touya (Musée du Caire JE 95254 - CG 51009) et Youya (Musée du Caire JE 95316- CG 51008)
tissu stuqué, feuille d'or, pâte de verre, albâtre - XVIIIe dynastie
provenant de leur tombe KV 46 découverte le 5 février 1905 dans la Vallée des Rois 
par James Edward Quibell pour le compte de Theodore Monroe Davis et du Service des Antiquités

 

James Edward Quibell nous livre ce merveilleux récit de la découverte de l'hypogée qui sera numéroté "KV 46" et qui avait, rappelons-le, été violé, par trois fois dans l'antiquité : "Imaginez-vous entrer dans une maison qui est demeurée fermée pendant tout l'été, imaginez-vous la pièce étouffante, l'apparence figée et silencieuse des meubles, avec ce sentiment de déranger les occupants fantomatiques des chaises vides, et ce désir d'ouvrir les fenêtres, afin de laisser à nouveau entrer la vie. C'était peut-être cela que nous ressentions le plus fort, alors que nous étions totalement abasourdis, regardant autour de nous les reliques de la vie d'il y a plus de trois mille ans, presque aussi intactes que lorsqu'elles honoraient le palais du prince Yuaa..." Les momies du couple reposaient à l'intérieur de la tombe, mais avaient été sorties de leurs sarcophages afin d'être plus facilement dépouillées de leurs bijoux. "Les corps étaient si bien conservés qu'ils semblaient simplement endormis et prêts à s'éveiller d'un moment à l'autre. Le vieux couple fixait les visiteurs d'un air paisible…"


Malgré les pillages antiques, la tombe livra un magnifique mobilier funéraire : cercueils, masques, oushebtis, bijoux, scarabées et sceaux, vases, instruments de musique, … Les artefacts seront décrits et référencés par leur découvreur dans le "Catalogue Général des Antiquités Égyptiennes du Musée du Caire - Tomb of Yuaa and Thuiu", sous les numéros allant de 51001 à 51191.


Parmi eux figure, sous le CG 51189, le "Livre des Morts" de Youya. Ce papyrus est exposé dans l'une des salles que le musée de Tahrir consacre au trésor du couple. D'une longueur initiale de 19,79 m et d'une hauteur de 0,65 m, il a été scindé en trente-cinq feuillets déclinant quarante chapitres.


Dans "The tomb of Iouiya and Touiyou : the finding of the tomb" (de Theodore Monroe Davis, Gaston Maspero et Percy Edward Newberry), il est ainsi  présenté : "Le début du rouleau est malheureusement rongé par les vers, mais les trente-deux dernières feuilles sont intactes. L'écriture est en hiéroglyphes linéaires, finement tracés à l'encre noire avec des rubriques à l'encre rouge. Les vignettes illustrant les différents chapitres sont magnifiquement exécutées en couleur et constituent de splendides exemples de l'art de l'enluminure égyptienne". 

Livre des Morts de Youya - papyrus, encre, pigments - XVIIIe dynastie - provenant de la tombe de Youya et Touya (KV 46)
découverte le 5 février 1905 dans la Vallée des Rois par James Edward Quibell pour le compte de Theodore Monroe Davis et du Service des Antiquités
Musée Egyptien du Caire - CG 51189 - Feuille 12 - chapitre CXLVIII - avec une série de vaches peintes en vert

Ils décrivent ensuite avec précision le premier feuillet : "Youya et Touiyou adorent Osiris et lui présentent des offrandes. Youya est représenté debout, les bras levés en signe d'adoration, vêtu d'un vêtement transparent, d'un pagne et d'une longue chemise. Sur sa tête se trouve une perruque blanche. Il porte une fausse barbe courte au menton. Autour de son cou est accroché un large collier de perles de différentes couleurs avec un pendentif en forme de cœur. À ses bras, des bracelets en or et à ses poignets, des bracelets en or incrustés de couleurs. Derrière lui se tient Touiyou, vêtue d'une longue robe blanche plissée et transparente, ample en bas mais cintrée à la taille. Sur sa tête, une longue perruque noire et de grandes boucles d'oreilles circulaires en or. Autour de son cou, un large collier, des bracelets de bras et de poignet. Dans sa main droite, elle tient un sistre et dans sa main gauche, une grande guirlande de papyrus, de fleurs de lotus et de fruits de persea. Devant Youya se trouve une natte sur laquelle sont disposées des offrandes de morceaux de viande, de canards, de pain, de raisins et de légumes ; et à côté de la natte, trois jarres à vin scellées, entourées de fleurs de lotus.Devant les offrandes se trouve Osiris assis sur un trône sur une estrade. Le dieu porte la couronne blanche ornée de plumes de chaque côté et une longue fausse barbe. Autour de son cou se trouve un large collier composé de rangs de perles de différentes couleurs. Il est vêtu d'un long vêtement ajusté, porte des bracelets aux poignets et tient le sceptre et le fléau. Au-dessus de lui, trois lignes verticales mutilées de hiéroglyphes le nomment et donnent ses titres…" Suivent d'autres chapitres du Livre, dont celui des confessions négatives (feuillets 26 - 28)…

Livre des Morts de Youya - papyrus, encre, pigments - XVIIIe dynastie - provenant de la tombe de Youya et Touya (KV 46)
découverte le 5 février 1905 dans la Vallée des Rois par James Edward Quibell pour le compte de Theodore Monroe Davis et du Service des Antiquités
Musée Egyptien du Caire - CG 51189 - détail de la feuille 1


Le "Livre des Morts", était nommé à l'origine "Livre pour sortir le jour". On doit cette appellation beaucoup plus "récente" à l'égyptologue Richard Lepsius qui, en 1842, alors qu'il effectuait la traduction d'un papyrus de ce type conservé au Musée de Turin, l'appela "Todtenbuch".


Ce précieux recueil devant assurer le bien-être du défunt, véritable guide pour la vie éternelle, était déposé dans les sépultures de la sphère royale, tout comme dans celles des particuliers. Il contenait des prières pour les divinités, des textes religieux et magiques, recensait les formules permettant de franchir les portes pour accéder à l'au-delà, d'être "justifié", de faire face aux dangers et menaces, de bénéficier des offrandes, de se nourrir, de sortir sur terre le jour après avoir, pendant la nuit, traversé le monde souterrain d'Osiris…

Livre des Morts de Youya - papyrus, encre, pigments - XVIIIe dynastie - provenant de la tombe de Youya et Touya (KV 46)
découverte le 5 février 1905 dans la Vallée des Rois par James Edward Quibell pour le compte de Theodore Monroe Davis et du Service des Antiquités
Musée Egyptien du Caire - CG 51189 - Feuilles 26-28 - chapitre CXX - Confessions négatives - psychostasie

Le nombre total de formules énoncées est parfois indiqué comme étant de 150, de 165, parfois même de 194, cette différence étant vraisemblablement due aux époques… Les exemplaires qui nous sont parvenus ne sont pas tous identiques, ils varient en effet dans le nombre de formules tout comme dans celui des "vignettes". Ainsi indique Florence Maruejol, les anciens Égyptiens demandaient "aux scribes des Maisons de vie un choix de chapitres. Ou alors ce sont les scribes eux-mêmes qui font la sélection… Les plus courts mesurent 1 ou 2 mètres de longueur, la majorité atteignent une quinzaine de mètres et les plus longs dépassent 25 mètres. Les chapitres sont généralement illustrés par des vignettes dessinées au trait ou peintes par un artiste qui prend le relais du scribe".


Comme le précisent Françoise Dunand et Roger Lichtenberg dans "Les Égyptiens", celui qui connaîtra les formules "ira sur terre parmi les vivants… Il sortira tous les jours qu'il voudra et rentrera sans sa tombe sans être arrêté… Ainsi, alors que le corps reste dans la tombe, l'âme ba (représentée comme un oiseau à tête humaine) est censée le quitter pour se promener à son gré sur terre puis le retrouver"… 


marie grillot

 

sources :

Theodore Monroe Davis, Gaston Maspero, Percy Edward Newberry, Howard Carter, The Tomb of Iouiya And Touiyou, London, Archibald Constable and Co.. Lt, 1907 

https://archive.org/stream/tombofiouiyatoui03davi/tombofiouiyatoui03davi_djvu.txt

https://archive.org/details/tombofiouiyatoui03davi

James Edward Quibell, Tomb of Yuaa and Thuiu, Catalogue Général des Antiquités Égyptiennes du Musée du Caire, Institut français d'archéologie orientale, Le Caire, 1908

https://archive.org/details/tombofyuaathuiu00quib

Paul Barguet, Le Livre des Morts des anciens Égyptiens, Éditions du Cerf, Paris 1967

John Romer, Histoire de la Vallée des Rois, Vernal - Philippe Lebaud, 1991

Nicholas Reeves, Richard H. Wilkinson, The complete Valley of the kings, The American University in Cairo Press, 1996

Isabelle Franco, Dictionnaire de mythologie égyptienne, Pygmalion 1999

Egypte, le Livres des Morts, version abrégée, traduit de l'égyptien par E. A. Wallis Budge, Hazan, 2001

Nicholas Reeves, Ancient Egypt. The great discoveries, Thames & Hudson, 2002, Les Grandes découvertes de l'Egypte ancienne Editions du Rocher, 2001

Françoise Dunand, Roger Lichtenberg, Les Égyptiens, Éditions du Chêne, 2004

Jean-Pierre Corteggiani, L'Egypte ancienne et ses dieux, Fayard, 2007

Christian Leblanc, Reines du Nil, La bibliothèque des introuvables, 2009

Pierre Tallet, 12 reines d'Egypte qui ont changé l'histoire, Pygmalion, 2013

Florence Maruéjol, L'Egypte ancienne pour les Nuls, First Editions, 2017

Gallica, Le Livre pour sortir au jour ou Livre des Morts des Anciens Égyptiens, mai 2020

https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/le-livre-pour-sortir-au-jour-ou-livre-des-morts-des-anciens-egyptiens

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