Le monastère Saint-Siméon - Deir Amba Samaan - rive occidentale d'Assouan |
Le monastère Saint-Siméon, Deir Amba Samaan, se trouve sur la rive occidentale d'Assouan sur une dune proche du Mausolée de l'Agha Khan. Fondé au VI-VIIe, il était consacré à saint Hatre, Amba Hatre, un anachorète qui devint évêque d'Assouan vers 400. Ce sont, semble-t-il, de lointains voyageurs qui l'attribuèrent ensuite à saint Siméon. Reconstruit au Xe siècle, ce haut lieu de la religion copte a accueilli jusqu'à 300 moines et une foule de pèlerins venaient y prier. Abandonné au XIIe siècle, ses ruines s'élèvent aujourd'hui dans le désert, comme un bastion témoignant de son importance et de sa grandeur passées.
C'est un endroit magnifique de romantisme, empreint de paix, avec pour seul bruit le chant des oiseaux. C'est la preuve, à nouveau, que la foi (qu'elle soit de toute religion) est toujours une grande inspiratrice et qu'elle porte les hommes à se surpasser pour honorer leur dieu.
En janvier 1905, dans Ruines et paysages d'Égypte, Maspero se fait guide pour nous y conduire : "C'est vers trois heures qu'il faut s'embarquer, au moment où la chaleur du jour commençant à mollir, la rade a repris son animation coutumière... L'anse où nous abordons devait être souvent encombrée et tumultueuse aux jours de la prospérité du couvent. Tout y aboutissait forcément qui venait du dehors pour les moines : convois de provisions et de bestiaux, troupes de pèlerins, soldats chargés de la police du désert, marchands, fermiers, collecteurs d'impôts." On débarque sur un "désert stérile et nu. L'ouady s'en va cheminant par une pente lente entre deux collines qui s'effritent, et en face de nous, au point culminant, le monastère découpe sur le ciel le profil renfrogné de ses murailles. La roche perce par endroits, noire et grise, mais partout dans les creux un sable d'or ruisselle, le sable fluide qui résulte de la décomposition des grès au soleil."
De façon plus prosaïque, et plus "terre à terre", à peine "débarqué", les pieds s'enfoncent dans le sable et deviennent de plus en plus lourds. La première partie de la montée peut paraître un peu épouvante, mais le terrain devient ensuite plus solide. C'est le cœur battant, les joues échauffées, qu'après une demi-heure de marche, on découvre les hautes ruines brunes.
Mais laissons place à nouveau aux mots de Maspero : "Le couvent occupe une assiette très forte. Il est bâti partie en étage sur le penchant de la colline, partie en lisière sur le promontoire rocheux qui commande le dernier tournant de l'ouady. Il dessine en plan la figure d'un trapèze irrégulier, dont le plus grand axe marche du sud au nord, et comme tous les monastères de l'Égypte, il était, en même temps qu'un asile de prière, une forteresse capable de résister des semaines aux assauts les plus violents. L'enceinte extérieure se déploie en ligne droite, presque sans avancées de tours ni de bastions, et elle mesure encore par endroits sept ou huit mètres de hauteur."
On pénètre par une poterne où s'achète le ticket pour la visite. Dans la partie inférieure, à gauche, se trouve l'église du IXe siècle. "Il s’agissait d’une église oblongue à dôme typique de la période fatimide." Elle est désormais à ciel ouvert, ses colonnes ayant été renversées, mais elle conserve de magnifiques arcades. Dans les niches, ayant survécu au temps, au vent et au sable, se laissent découvrir des peintures de saints et de personnages assis, dont chacun est désigné par une lettre de l'alphabet copte.
Dans la niche centrale, se trouve une belle fresque du Christ Pantocrator, entouré d'anges. Au plafond d'une minuscule chapelle rupestre subsistent des peintures de têtes de saints, placés dans un décor à motifs des plus géométriques et colorés. "En 1893, la mission de Jacques de Morgan avait permis à Georges Legrain d’aquareller l’abside orientale de l’église et de dessiner à la sanguine quelques autres spécimens de peinture." Un autre égyptologue, Jean Clédat, viendra lui aussi, en 1903 "avec une nouvelle mission du Comité de conservation des monuments de l’art arabe, exécuter une vingtaine d’aquarelles et prendre autant de photographies que possible, tant des peintures que du bâtiment".
Au même niveau, à droite, de nombreuses pièces étaient destinées à recevoir les pèlerins. On trouve également ce qui devait être une boulangerie.
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| Le monastère Saint-Siméon - Deir Amba Samaan - rive occidentale d'Assouan |
Un escalier de pierre, très raide, permet l'accès à l'étage supérieur. De chaque côté d'un vaste et long couloir voûté, éclairé seulement par des petites fenêtre arrondies, sont réparties les cellules des moines. La conception de ce que les religieux appellent "se retirer au désert" prend ici toute sa symbolique, sa puissance et sa force. Se retirer au désert, pour méditer, prier, dans le calme et la tranquillité, afin de chercher la communion avec son Dieu, voilà bien la base de l'idéal monastique.
À ce même niveau, se trouvent aussi le réfectoire, la cuisine, le four et des ateliers. Lorsque l'on ressort et que l'on s'apprête à réemprunter l'escalier, nos yeux, habitués à la relative pénombre, sont éblouis de soleil et par la vue magnifique… Des dunes de sables descendent en vagues jaunes et dorées, vers le Nil, un Nil extraordinairement bleu animé des voiles blanches des felouques. Et puis, au-delà, sur l'autre rive, Assouan…
Tout à côté, entouré de très hautes grilles, un nouveau monastère copte, totalement blanc, a récemment vu le jour. Afin d'apporter les matériaux de construction pour cet immense chantier, une route a été ouverte, de l'autre côté, par le désert. Elle est accessible par un "contournement" d'Assouan, une solution plus "confortable" et peut-être plus pratique pour visiter l'endroit.
Deir Amba Samaan semble cependant aujourd'hui quelque peu oublié des touristes qui privilégient les sites pharaoniques. Cette période de l'antiquité, si belle et merveilleuse soit-elle, ne doit pas faire oublier que l'histoire de l'Égypte s'est poursuivie… Qu'elle a été chrétienne, puis musulmane, et que les arts qui ont éclos et se sont épanouis pendant ces périodes sont également une richesse, une partie intégrante de son identité et de son patrimoine.
marie grillot
Ruines et paysages d'Égypte, Gaston Maspero http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1062073
http://www.jstor.org/discover/10.2307/41214115?uid=3738016&uid=2129&uid=2&uid=70&uid=4&sid=21106502532473
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1975_num_188_1_6077
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1976_num_120_3_13291
http://www.ifao.egnet.net/image/44/


Estupenda narración. Muy interesante. Merci
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