samedi 21 juin 2014

Gabriel Lékégian, l'artiste photographe



D'origine arménienne, Gabriel Lékégian naît à la fin des années 1850 dans l'Empire Ottoman. Sa passion le porte tout d'abord vers la peinture qu'il apprend auprès d'un artiste italien expatrié, Salvatore Valeri. Il produit des aquarelles de facture soignée et précise, empreintes, tout comme celles de son maître, d'une touche orientaliste très "tendance" à cette époque-là.

Comment de la peinture glisse-t-il vers la photographie ? Quand et pourquoi s'installe-t-il au Caire ? Des questions… et autant de réponses suggérées, mais qui restent "floues". La photographie lui permet-elle d'atteindre un réalisme qu'il ne peut qu'approcher en peinture ? Son côté artiste est doublé d'un bon sens des affaires. Lékégian, "business man" latent, a-t-il senti, ou même mieux flairé, une belle opportunité de faire fortune ? 

A-t-il voulu changer de vie, entreprendre un nouveau métier, découvrir un nouveau pays ?

Toujours est-il qu'en 1887, il exerce au Caire ! Son studio est situé près de l'Hôtel Shepheard et les touristes s'y pressent.

Il se qualifie clairement de photographe artistique, comme en témoigne cette appellation "Photog. Artistique G. Lékégian & Co" apposée sur les clichés albuminés. Quant à ce "& Co", il implique une équipe, des collaborateurs, mais aucune information n'est connue sur leurs noms ou leur nombre.

Son travail est excellent : sa sensibilité d'artiste se conjugue à sa parfaite maîtrise technique de la photographie. Cette expérience, cette "maestria", laissent à penser qu'il a acquis cette pratique en se formant auprès d'autres professionnels.

Ainsi, ses photographies sont belles, bien composées, extrêmement variées. Il propose bien sûr les merveilleux sites, monuments et statues antiques, mais il se positionne aussi sur les scènes de la vie quotidienne. Les rues du Caire, les cimetières, les intérieurs des mosquées, côtoient les travaux des champs, les sakiehs, les villages de Haute-Égypte.

Il propose aussi de nombreuses photos à caractère “social” : les différentes professions (porteurs d'eau, forgerons, marchands de paniers…) ou encore des personnages de différentes "ethnies" ou "tribus" revêtus de leurs typiques habits.

Il est, par ce côté-là, un photographe "humaniste" qui a su regarder une société, dans sa diversité, dans sa richesse (et sa pauvreté).

Et il est bien sûr ce photographe "commercial" totalement en phase avec l’attrait de l'Occident pour l'Orient, très conscient de ce qui plaît ou peut plaire, répondant ou précédant les demandes d'une clientèle sans cesse grandissante.

La renommée de Lékégian est désormais acquise et assise. Il est convié à des expositions internationales où la profession lui rend hommage : une médaille d'or à Paris en 1892, un grand prix à Chicago en 1893…

Dans le "golden triangle of Cairo photography" où il est installé, sa carrière atteint son sommet lorsqu'il qu'il devient le photographe de la famille royale. On lui doit de magnifiques portraits, notamment de la princesse Nazli, et l'on peut dès lors imaginer que son studio est très prisé par la bonne société cairote.

Il travaille ensuite comme photographe officiel de l'armée britannique. Un travail totalement différent mais que là encore, il accomplit à la perfection.

Il semble qu'il ait exercé jusque dans années 1910 - 1920 se lançant aussi dans l'édition de cartes postales.

Les photos de Lékégian conservent un charme aussi exquis que suranné. Elles nous livrent des témoignages précieux qui nous éclairent sur l'Égypte fin XIXe - début XXe, ses multiples facettes, ses nombreuses composantes et son histoire en plein évolution.

Et, clin d'oeil magnifique, les photographies de l'ancien peintre ont inspiré bon nombre de peintres orientalistes, leur réalisme nourrissant ainsi leur imaginaire.

marie grillot

sources  :
http://lusadaran.org/artists/gabriel-lekegian/
http://histclo.com/photo/photo/photog/pho-lek.html
http://commons.wikimedia.org/wiki/Category:G._Lekegian

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