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Francis Frith, photographe "orientaliste" (Chesterfield, 7 octobre 1822 - Cannes, le 15 février 1898)
Actif en Egypte entre 1856 et 1860 - photo © Francis Frith
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Francis Frith, l'un des pionniers de la photographie "orientaliste", naît le 7 octobre 1822, à Chesterfield, dans une famille de quakers du Derbyshire. Les études qu'il suit dans un pensionnat de Birmingham ne le passionneront pas, pas plus que le court apprentissage dans la coutellerie qui les suivra… Il apparaît clairement que ses centres d'intérêt sont plus artistiques : le dessin ou la peinture…
Mais la réalité est là, il faut bien gagner sa vie … Aussi décide-t-il de se lancer dans les affaires. En 1845, il "fonde une société d'alimentation en gros à Liverpool" qui deviendra vite florissante.
Parallèlement, 1839 a vu les débuts de la photographie dont la paternité de l'invention est généralement attribuée à Nicéphore Niépce et Louis Daguerre pour le daguerréotype ou à William Henry Fox Talbot pour le calotype… Ces procédés se diffusent rapidement, se développent et évoluent…
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Pyramides de Dashour par Francis Frith, photographe "orientaliste"
Chesterfield, 7 octobre 1822 - Cannes, le 15 février 1898
Actif en Egypte entre 1856 et 1860 - photo © Francis Frith
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Dès 1850, Frith s'intéresse et se passionne pour cet "art nouveau" : "il participe à la fondation de la Liverpool Photographic Society (1853). Il crée sa propre imprimerie qui atteint rapidement un chiffre d'affaires annuel de 200.000 livres… Il établit des liens féconds entre l'imprimerie et la photographie" (L'Egypte à la chambre noire").
La réussite est au rendez-vous et, trois années plus tard, ses moyens financiers lui permettent de s'éloigner du monde des affaires pour voyager et "exercer" sa passion…
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| Colosses d'Abou Simbel par Francis Frith, photographe "orientaliste"
Chesterfield, 7 octobre 1822 - Cannes, le 15 février 1898
Actif en Egypte entre 1856 et 1860 - photo © Francis Frith
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On ne sait qui l'initia aux techniques compliquées de la photographie d'alors mais ce qui est certain, c'est qu'il devint très vite un excellent praticien… Il fallait bien sûr un sens artistique associé à une maîtrise de la lumière, des temps d'exposition, mais aussi une connaissance parfaite des procédés chimiques… "Dans les années 1850 et pour les vingt années suivantes la photographie exige une bonne forme physique, du temps et des connaissances en chimie. Les plaques de verre doivent être nettoyées, polies, enduites à la main d'une solution visqueuse de collodion, mélange dangereux de nitrocellulose ou fulmicoton, dissous dans de l'éther et de l'alcool éthylique auxquels on a ajouté des sels de bromure et de iodure"…
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Francis Frith (British, Chesterfield, Derbyshire 1822 - 1898 Cannes, France 1857)
Albumen silver print from glass negative - Metropolitan Museum of Art New York © Francis Frith
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Francis Frith part pour le Moyen-Orient. Le procédé au "collodion" qu'il utilise l'amène à voyager avec de très grandes caméras (16 "x 20"), ce qui signifie un matériel à la fois lourd et fragile (les plaques de verre). A cela s'ajoute le transport des produits chimiques qui sont à manipuler avec précaution…
Il sait que l'Egypte recèle des sites merveilleux, que ses photos auront du succès et qu'il pourra en faire ce que l'on nommerait de nos jours un "business" !
Bien sûr il n'est pas le seul à suivre cette voie … On se souvient que c'est Frédéric Goupil-Fesquet qui réalisa la première photo en Egypte : "Le 7 novembre 1839, j’ai fait à Alexandrie devant le pacha d’Égypte Méhémet Ali, une belle épreuve de son harem en deux minutes 1/2 de 10 à 11 heures du matin". Les grands pionniers, véritables photo-reporters, comme Joseph Girault de Prangey, Félix Teynard, Gustave Le Gray, Maxime du Camp, John B. Greene, Pascal Sébah, Antonio Beato, Edouard de Campigneulles, Luigi Fiorillo, Félix Bonfils, Hippolyte Arnoux, Wilhelm Hammerschmidt, Frank Mason Good, Gabriel Lekegian, les frères Zangaki, Abdullah Frères, … constitueront, au fil des années et de leurs voyages, le courant "orientaliste" auquel il sera rattaché.
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| Les pyramides de Guizeh par Francis Frith, photographe "orientaliste"
Chesterfield, 7 octobre 1822 - Cannes, le 15 février 1898
Actif en Egypte entre 1856 et 1860 - photo © Francis Frith
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Lorsqu'en ce mois de septembre 1856 la dahabieh de Francis Frith remonte le Nil, l'archéologie, tout comme la photographie, en est encore à ses débuts… Il y a peu (fin 1851), Auguste Mariette a découvert le Sérapéum. Cependant, ce n'est qu'en 1857, que, de retour en Egypte, il pourra sensibiliser Saïd Pacha à la notion de préservation et sauvegarde des monuments pharaoniques. Bientôt trente-cinq chantiers de fouilles employant plus de 2.500 hommes seront ouverts à Memphis, Saqqarah, Thèbes, Deir el-Bahari, Esnah, Edfou, Denderah, Abydos, Tanis … C'est dire qu'à cette époque, les vestiges de l'Egypte antique sont encore endormis sous les sables, le sphinx émerge à peine du désert, les temples n'offrent à la vue qu'une partie d'eux-mêmes, et bien des trésors architecturaux qui s'offrent à nos yeux aujourd'hui sont encore enfouis …
Les colonnes hathoriques de Denderah, hautes de 18 m, sont ensablées jusqu'à hauteur de l'entrecolonnement… La salle hypostyle de Karnak est bien évidemment imposante mais, il faut le reconnaître, tellement moins majestueuse avec plusieurs de ses colonnes effondrées… Des colosses du temple de Louqsor, seules les têtes sont visibles, alors que les colosses de Memnon semblent isolés de tout… Le temple d'Esnah n'émerge quasiment qu'au niveau de ses chapiteaux … Il en va de même pour Kom Ombo où de grands pans de corniches sont effondrés… La cour du temple de Philae est jonchée de vestiges, mais toujours sur son site "originel" … tout comme les temples de Nubie dont certains ont été noyés depuis par le lac Nasser …
Et voilà bien ce qui nous fascine ! Combien de fois nous étonnons-nous en admirant ses photos, combien elles nous touchent !
Si l'on se focalise sur le sujet principal, on ne cesse également de s'émerveiller sur un détail, sur le souci de la mise en scène, sur le soin apporté à un premier plan, sur la présence d'un personnage pour donner une idée de l'échelle du monument, ou tout simplement pour "animer" la prise de vue.
Ce que l'on ressent aussi aujourd'hui, c'est que ces photos ont dépassé leur rôle premier, elles sont devenues des témoignages, constituant un apport historique immense… Elles nous enseignent "une" Egypte d'hier, tout à la fois disparue et révélée… Elles nous ouvrent les yeux sur le travail colossal réalisé par les égyptologues pour redonner son identité et son entité au passé …
"Frith n'est ni architecte, ni égyptologue. Son point de vue n'est pas historique, mais sentimental. Il s'imprègne de l'esprit des lieux, restes éloquents d'une autre culture, des aspirations à la perfection … Cette empathie pour l'Egypte s'infiltre dans ses photographies avec l'insouciance paradisiaque du romanesque".
Entre 1856 et 1860, il viendra trois fois en Egypte, la parcourant en dahabieh, ou bien encore à dos de chameau, allant ainsi jusqu'en Nubie…
Celui qui confessait "Il n'existe pas de substitut efficace à un voyage réel" - s'excusant presque ainsi que ces photos ne rendent pas la réalité -, s'éteint à Cannes, le 15 février 1898.
marie grillot
sources :
L'Egypte à la chambre noire, Francis Frith, photographe de l'Egypte retrouvée, Découvertes Gallimard albums
https://blog.bibliotheque.inha.fr/fr/posts/francis-frith-1.html
http://www.kronobase.org/chronologie-categorie-Francis+Frith.html
http://ndmagazine.net/photographer/francis-frith/









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