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Le khédive Ismaïl a longuement hésité… mais finalement l'Égypte sera bien présente à l'Exposition de 1867. Il charge : "son directeur des antiquités de concevoir les représentations égyptiennes, d'élaborer un pavillon égyptien et un programme de manifestations culturelles". Auguste Mariette se passionne pour cette mission. Il a un budget limité, mais un nombre impressionnant d'idées.
Le pavillon égyptien (6000 m2) sera constitué d'un : "ensemble de plusieurs bâtiments illustrant tout à la fois l'Égypte pharaonique, l'Égypte musulmane et l'Égypte moderne. Un armée de savants, d'architectes et de décorateurs a été mobilisée pour en faire une œuvre pédagogique, mais éclatante" (Edmond About, "Le Fellah").
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On y trouve un temple pharaonique, précédé d'un dromos de 10 sphinx "en simili-granit" (dont deux "rescapés" se trouvent au château de Verduron à Marly-le-Roy), haut de 10 m, inspiré du mammisi de Philae. Réalisé en "faux grès" (du plâtre saupoudré de sable), il est peint de couleurs vives.
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| Dans le pavillon égyptien de l'Exposition universelle de 1867 à Paris : le caravansérail (okel) Photo Pierre Petit. Exposition Universelle de 1867 à Paris. Okel (Egypte). Egypt. |
Le caravansérail (okel) attenant, comporte un restaurant, des boutiques, ainsi que la reproduction d'une demeure du vieux Caire. Des artisans égyptiens y présentent leurs créations.
Un pavillon est consacré au canal de Suez : "Ferdinand de Lesseps en personne explique le projet, à l'aide d'un immense plan en relief sur lequel figurent, en modèle réduit, des dagues, des chalands, des wagonnets..." (Robert Solé, "L'Égypte une passion").
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| Les statues apportées de Boulaq par Auguste Mariette sont exposées à l'ntérieur du temple égyptien Gravure de l'Exposition Universelle 1867 |
Mariette souhaite également exposer des antiquités et fait venir de Boulaq "le Cheikh el-Beled", des statues de l'Ancien Empire, de grands sphinx du Moyen Empire, les bijoux de la reine Ahhotep. Par prudence, ce n'est qu'un moulage du Chéphren en diorite qui est prêté.
Arrivent aussi, dans les cartons, des momies provenant de Deir el-Bahari, dont l'une se trouve dans son sarcophage : "On pourra démailloter la momie à Paris… Sa majesté l'Empereur pourra y assister. Ce sera une excellente étude à faire sur le vif des procédés d'embaumement de l'ancienne Égypte."
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| La statue de Champollion, réalisée par Auguste Bartholdi, est exposée devant le temple égyptien |
Le sculpteur Bartholdi est mandaté pour réaliser une statue de Champollion : "L'illustre fondateur de l'égyptologie est dans la pose de la méditation. Le sphinx égyptien, si longtemps et si obstinément muet, va ouvrir la bouche. Encore quelques efforts de cette pensée profonde, et le voile qui couvre quarante siècles d'histoire sera déchiré" (Auguste Mariette, Description du Parc égyptien). Reproduite en plusieurs exemplaires, on la retrouve ainsi au Collège de France et au musée de Grenoble.
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| Construction du temple égyptien pour l'Exposition universelle de 1867 |
Afin de superviser au mieux les travaux, Mariette s'installe à Paris, 44 rue La Fontaine. "C'est là qu'il rencontre, en avril 1867, un étudiant de vingt et ans que l'on dit prometteur. Il lui soumet des textes délicats, et s'ébahit de l'aisance avec laquelle le jeune homme se tire de l'éprouve : 'Il ira loin', dit-il, le garçon s'appelait Gaston Maspero" (Elisabeth David "Mariette Pacha").
Chaque matin, il se rend sur le Champ-de-Mars afin d'inspecter le chantier, accompagné de ses collaborateurs, Henri Brugsch et Théodule Devéria.
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| Exposition universelle de 1867 : Réception des souverains par la famille impériale (Napoléon III, Eugènie et leur fils) |
L'inauguration a lieu le 1er avril 1867. "De toutes les têtes couronnées en visite à Paris, l'arrivée en France du vice-roi d'Egypte est celle qui, par sa flamboyance orientale, fascina le plus les Français. Le petit-fils de Méhémet Ali n'avait rien laissé au hasard pour impressionner non seulement la France, mais aussi tous les souverains d'Europe sur lesquels il comptait pour sortir son pays du naufrage économique. Le 15 juin, il entrait en rade de Toulon à bord du somptueux Mahroussa, accueilli par des salves d'artillerie et des vaisseaux pavoisés. Le train impérial le conduisit jusqu'à Paris où l'attendaient le baron Haussmann, alors préfet de la Seine, ainsi qu'Auguste Mariette se pliant, en bon fonctionnaire égyptien, aux règles voulues par le protocole. Un fastueux cortège de carrosses en grande livrée, escorté de lanciers, l'emmena au palais des Tuileries où il fut présenté à l'Impératrice. Entourée de tous les hauts dignitaires de la cour dans le salon du Premier Consul, Eugénie, d'un sourire, d'un regard, troubla le vice-roi" relate de façon si vivante Claudine Le Tourneur d'Ison dans "Mariette pacha ou le rêve égyptien".
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| La dahabiah "La fille du Nil", offerte par Ismaël Pacha à l'empereur des Français est amarrée pont d'Iéna Photo Pierre Petit. Exposition Universelle 1867 Paris. Yacht égyptien. Egypte. Egypt. |
Il a, par ailleurs, offert une luxueuse dahabiah à la famille royale : remorquée depuis Alexandrie, "La fille du Nil" est amarrée au pont d'Iéna et entretenue par des matelots nubiens.
Les "démaillotages" de momies suscitent une grande curiosité… Napoléon III, Eugénie, le prince impérial (qui emportera une partie des bandelettes !) y assisteront, ainsi que le khédive, François Chabas, ou bien encore de Théophile Gautier, Maxime du Camp, Alexandre Dumas fils, les frères Goncourt…
Si Mariette reçoit de nombreux honneurs (il est notamment fait commandeur de la Légion d'honneur), il devra aussi faire face à son lot d'ennuis.
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| Exposition universelle de 1867 : La famille impériale fait son entrée dans le temple égyptien |
L'impératrice Eugénie se montrera très attirée par les bijoux de la reine Ahhotep. Elle ira jusqu'à demander à Ismaël Pacha de conserver le "collier aux trois mouches d’or". Embarrassé, ne sachant comment lui refuser, il répond ainsi : "Il y a quelqu'un de plus puissant que moi à Boulaq, c'est à lui qu'il faut vous adresser." Il se décharge ainsi sur Mariette qui aura le courage de s'opposer, avec une extrême diplomatie, à ce souhait impérial. Il y parviendra, non sans mal, et les bijoux retrouveront le chemin de l'Égypte.
Autres contrariétés lorsqu'il déballera les caisses d'antiquités de retour à Boulaq : beaucoup d'objets, mal protégés, sont cassés… La statue de la reine Aménirdis, notamment, a été brisée… Quant au "Cheikh el-Beled", il a été victime, à Paris, d'un moulage clandestin ("La tête a énormément souffert. Les substances qui forment les yeux se sont comme voilées et le regard s'est éteint…" constatera-t-il avec tristesse).
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| Exposition universelle de 1867 : vue d'ensemble du pavillon égyptien Le Monde IIlustré 1867 - n° 522 - Inauguration de l'Exposition universelle de 1867 |
L'exposition a connu un énorme succès : entre le 1er avril et le 3 novembre, elle a accueilli 11 millions de visiteurs ! Il fallait parfois trois heures d'attente avant de pouvoir entrer dans le pavillon égyptien !
marie grillot
sources :
Elisabeth David, Mariette Pacha, 1821-1881, Pygmalion, 1994
Claudine Le Tourneur d’Ison, Mariette Pacha, Plon, 1999
Robert Solé, L'Egypte passion française, Seuil, 1997
Des dieux, des tombeaux, un savant : en Égypte sur les pas de Mariette pacha, Somogy, éditions d'art, 2004
Jean-Louis Podvin, AUGUSTE MARIETTE (1821-1881), Des berges de la Liane aux rives du Nil - L'Harmattan 2020
Auguste Mariette, Exposition universelle de 1867: description du parc égyptien
https://books.google.fr/books?id=OqgfyAEACAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=illlustre&f=false
Les sphinx de Mariette et le parc égyptien.
http://expositions-universelles.fr/1867-sphinx-egypte
Charles Edmond Chojecki, Présentation du Pavillon égyptien lors de l'Exposition universelle de 1867 à Paris par le commissaire général de "l'Exposition vice-royale d'Égypte"
https://pyramidales.blogspot.com/2010/02/des-philosophes-de-notre-temps-sont-en.html
Zeynep Çelik, Displaying the Orient Architecture of Islam at Nineteenth-Century World's Fairs,
UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS , Berkeley · Los Angeles · Oxford
© 1992 The Regents of the University of California
https://publishing.cdlib.org/ucpressebooks/view?docId=ft8x0nb62g&chunk.id=d0e2475&toc.id=d0e2091&brand=ucpress











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